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Empêcher le monde entier de voyager n’est pas la solution pour endiguer la flambée de maladie à virus Ebola. Nous savons ce qu’il faut faire pour juguler cette épidémie et l’interdiction des voyages en provenance d’Afrique de l’Ouest vers les États-Unis d’Amérique ou l’Europe occidentale n’en fait pas partie. Les interdictions de ce type sont préjudiciables et inefficaces.

L’isolement des pays d’Afrique de l’Ouest aux abois serait catastrophique pour les familles et les économies. Les populations dans les pays éloignés de la zone de crise pourraient s’endormir dans un faux sentiment de sécurité, pensant que le virus Ebola ne pourra jamais les atteindre si les vols sont interrompus.

En réalité, il est impossible de stopper le mouvement des personnes qui cherchent à voir des êtres chers ou qui veulent trouver une meilleure vie pour leurs enfants.

Chaque jour, des millions de personnes se déplacent de part et d’autre de la planète, pas seulement en avion, mais aussi en traversant des frontières non contrôlées dans des zones isolées, ou comme équipage des milliers de bateaux transportant des marchandises le long des côtes du monde.

La vigilance mondiale est la clé pour interrompre la propagation internationale de cette maladie. Un rôle important de l’OMS consiste à préparer les pays à riposter efficacement aux menaces de portée internationale pesant sur la santé publique. Il ne s’agit pas seulement des flambées de maladie infectieuse, mais aussi des affections transmises par les aliments ou encore des dangers chimiques ou nucléaires.

Tous les pays doivent avoir mis en place de puissants systèmes pour identifier le plus tôt possible les personnes exposées au risque et appliquer des mesures strictes de prévention et de lutte dès qu’un cas est détecté.

Mesures pour interrompre la propagation internationale du virus Ebola
Les gouvernements peuvent choisir de mettre en place des dépistages systématiques, comme la mesure de la température ou la déclaration des antécédents de voyages pour chaque passager aux aéroports internationaux, aux points de passage des frontières et aux ports maritimes. Bien qu’il ne soit pas infaillible, le dépistage permettra d’identifier certains voyageurs à risque et servira certainement à renforcer les connaissances pour savoir comment préserver sa sécurité personnelle en ces temps d’insécurité.

Les points d’entrée doivent avoir mis en place des plans efficaces en cas de détection d’une fièvre ou d’autres symptômes chez un voyageur en provenance d’un pays touché par Ebola. L’OMS travaille en étroite collaboration avec les secteurs des transports aérien et maritime pour donner des orientations aux équipages des avions et des bateaux, ainsi qu’aux personnels travaillant aux points d’entrée, pour savoir comment reconnaître les symptômes d’Ebola et que faire pour protéger leur santé et celle des autres tout en s’occupant sans risque de la personne concernée.

Chaque agent de santé en première ligne doit être sur le qui-vive pour détecter toute personne présentant de la fièvre ou d’autres symptômes d’infection à Ebola (douleurs de type grippal, vomissements, diarrhée, éruption cutanée et saignements) et doit systématiquement demander au patient ses antécédents de déplacement.

Tous les personnels paramédicaux, les infirmiers et médecins dans chaque ambulance, salle d’urgence, service de soins d’urgence ou cabinet privé doivent être préparés. Les départements locaux de la santé devront être capables de retrouver chaque contact qu’un sujet infecté a eu au cours des 21 derniers jours et surveiller l’apparition éventuelle de symptômes chez ces personnes.

Tous les pays doivent également disposer de techniciens qualifiés pouvant, sans prendre de risques, prélever des échantillons sanguins, les transporter et les analyser dans un laboratoire de diagnostic compétent.

Les patients présentant des symptômes ont besoin de soins vitaux dans des services en isolement, dispensés par des agents de santé formés spécifiquement aux procédures méticuleuses de lutte contre l’infection indispensables pour leur propre protection et celle d’autrui. Une hydratation énergique, de façon à ce que le système immunitaire puisse combattre le virus, a fait ses preuves pour sauver des vies.

Préparation nécessaire pour la riposte
Pour compléter ces mesures, les pays doivent fournir à leurs ressortissants se rendant dans les pays touchés par Ebola des informations précises et pertinentes sur la flambée et sur les mesures à prendre pour réduire le risque d’exposition.

Ce sont des mesures efficaces, qui ont fait leur preuve, pour interrompre la propagation internationale du virus. Le Nigéria et le Sénégal les ont appliquées avec efficacité. Ces deux pays ont atteint les 42 jours sans notification de nouveaux cas d’Ebola, période exigée par l’OMS avant qu’un pays puisse déclarer qu’une flambée d’Ebola est terminée.

L’épidémie actuelle d’Ebola en Afrique de l’Ouest a atteint une ampleur sans précédent. Cette maladie est mortelle, mais on considère en réalité que ce virus est faible. En d’autres termes, il faut être en contact proche, direct avec les liquides biologiques d’un sujet infecté manifestant des symptômes pour courir un risque de contamination.

Pour mettre un terme à cette épidémie et éviter de nouvelles flambées à l’avenir, nous devons mettre moins l’accent sur les interdictions de voyage et viser davantage à ce que tous les pays soient prêts à agir face à un cas possible d’Ebola. Si le monde veut la sécurité, nous devons travailler ensemble pour renforcer les systèmes de santé dans les pays pauvres, y compris au niveau des systèmes d’alerte précoce pour signaler plus tôt les flambées.

Action de l’OMS
Pour l’instant, les pays ayant le risque potentiel le plus élevé de flambées d’Ebola sont la priorité de l’OMS au niveau de la préparation mondiale. Ces pays, proches de l’épicentre de la flambée, sont la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau et le Mali. Au moment où j’écris ces lignes au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique à Brazzaville (Congo), nous préparons des listes pratiques de contrôle à utiliser par les pays pour s’assurer qu’ils sont bien préparés à éviter, détecter l’introduction d’un cas d’Ebola et à agir si cette éventualité se produit.

On aura ainsi de solides fondations pour des systèmes qui perdureront au-delà de l’épidémie d’Ebola, de façon à ce que les pays soient mieux préparés à affronter toute autre urgence sanitaire susceptible de se présenter dans les prochaines années.

Dr Isabelle Nuttall, Directeur du Département Capacités mondiales, alerte et action de l’OMS

Source : OMS

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