Dans le cadre des consultations avec la société civile et les organisations non gouvernementales, la 62ème session de la «Commission de la condition de la femme» a lieu au siège des Nations-Unies – à New York du12 au 23 mars 2018. Des représentants des Etats membres, des entités des Nations Unies et des organisations non gouvernementales accrédités par le Conseil Economique et Social (ECOSOC) de toutes les régions du monde prennent part aux travaux de cette session.

Madame Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, Sous-secrétaire général des Nations Unies et Directrice exécutive de ONU-Femmes a inauguré l’ouverture de la session. Elle a  dirigé plusieurs ateliers, entre autre celui sur la parité au sein de l’ONU et dans les instances étatiques. L’un d’entre eux s’intitulait «Strategy on Gender Parity. How to walk the walk»

©  Dr.P Herzberger-Fofana

Les thèmes de la 2ème session

 

© Avec Mme Madame Chantal SAFU LOPUSA, Ministre nationale du genre, enfant et famille de la RDCongo.

Le thème prioritaire de la 62ème session tourne autour des défis et des priorités à exploiter pour parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles en milieu rural. Les divers ateliers traitaient des thèmes suivants: la question de la violence domestique, conjugale, sexuelle et numérique, les mutilations génitales féminines, les mariages précoces et d’enfants, l’éducation des filles en milieu rural et leur égalité des chances pour parvenir à l’autonomisation, la participation et l’accès des femmes aux médias et aux technologies de l’information et des communications. ©Dr.P Herzberger-Fofana.New-York.Mission permanente de l’Allemagne à New-York

Dr.P Herzberger-Fofana.New-York.Mission permanente de l’Allemagne à New-York

La délégation sénégalaise à New-York

Mme le ministre de la Femme, de la Famille et du Genre du Sénégal, Salimata Diop Dieng, participe aux travaux de cette 62e édition. Elle est à la tête de la délégation sénégalaise composée de représentants des institutions de la République, des déléguées des organisations de femmes rurales et des jeunes femmes entrepreneures dans les domaines des technologies de l’information et de la communication. Elle était accompagnée de l’ambassadeur, S.E. Fodé Seck, représentant permanent du Sénégal auprès de l’ONU.

Lors de cette rencontre internationale, Madame le Ministre a accordé, une entrevue à Madame Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, Sous-secrétaire général des Nations Unies et Directrice exécutive de ONU Femmes qui était accompagnée de la Directrice Régionale de l’agence ONU-Femmes pour l’Afrique Centrale et de l’Ouest, Madame Diana Louise Ofwona.

Au cours de cette audience, Madame le Ministre a apprécié à sa juste valeur, la collaboration avec ONU-FEMME qui vient de s’illustrer à nouveau, en accompagnant l’élaboration de la stratégie nationale pour l’autonomisation économique de la femme au Sénégal. Une visite est programmée en fin juillet 2018 de la Secrétaire Exécutive de ONU FEMME à Dakar en vue de renforcer les relations déjà très solides entre l’organisation onusienne et l’Etat du Sénégal.

©Dr.P Herzberger-Fofana.ONU.New York 

La délégation allemande à l’ONU

Dans le cadre du renforcement des capacités, le gouvernement allemand a invité une dizaine de membres actifs de la société civile, dont l’auteur de ces lignes, première femme Africaine à avoir été élue Conseillère Municipale en Allemagne en 2005 et Présidente de la Fédération des Associations de Femmes Migrantes d’Allemagne (DaMigra. Dachverband der Migrantinnenorganisationen.) .

Gauche à droit. Avec  Mme Elke Ferner, Secrétaire d’Etat et Mme Küppers, Présidente du Conseil des Femmes Allemandes-«Deutscher Frauenrat » ,Dr.P Herzberger-Fofana.ONU

© Dr.P Herzberger-Fofana.ONU.New York

L’Allemagne et les Mutilations Génitales Féminines

Le Dr. Herzberger-Fofana a présenté la situation actuelle en Allemagne au cours de l’atelier sur les mariages précoces et les mutilations génitales Son exposé avait pour titre « Les Réfugiées Africaines en Allemagne et les Mutilations Génitales Féminines.» Selon une étude récente (2017) du ministère de la famille, le nombre de femmes excisées et vivant en Allemagne a sensiblement augmenté. Il s’élève actuellement à 50 000. L’arrivée massive de femmes réfugiées de la corne de l’Afrique (Somalie, Ethiopie et Erythrée) a posé un véritable dilemme aux gynécologues et sages-femmes allemands qui, en général, pour la première fois,  se trouvaient confrontés au problème des mutilations en relation avec une grossesse. Dans certains cas, les femmes Africaines excisées, exigeaient d’être ré-infibulées après de l’accouchement. Or l’éthique médicale interdit toute forme de mutilations. Les organisations féminines en faveur de la Tolérance Zéro ´pour les Mutilations ont dû redoubler d’efforts afin de faire comprendre à ces femmes qu’aucun médecin en Allemagne ne les ré-excisera même c’est elles le désirent absolument.

© avec Mme Sika Kabore, First Lady du Burkina-Faso, Ambassadrice de bonne volonté  du Comité Inter-Africain pour la campagne contre les mutilations génitales féminines et Présidente d’honneur du Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision au Burkina-Faso.

La loi votée en 2013 à Berlin  contre les mutilations interdit toutes formes de mutilations. Toutes les associations féminines en Allemagne soutiennent le corps médical qui fait preuve de beaucoup de sensibilité à l’égard de ces patientes qui, bien souvent subissent la pression de leur époux. C’était aussi l’avis de tous les participants à New York qui nous ont exprimé leur solidarité. Dans l’ensemble, ils étaient tous surpris d’apprendre que les mutilations génitales ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Afrique; et que si tous nous respectons la tradition et les cultures africaines, il est temps de faire comprendre aux sœurs mal informées qu’aucune religion du monde n’exigent d’elles qu’elles soient excisées ou infibulés. La présence d’une femme quinquagénaire, originaire de l’Ethiopie, mariée de force à 14 ans et infibulée, et  aujourd’hui avocate ardente pour la lutte contre les mariages forcés et les mutilations génitales conforte toutes celles qui souhaitent ardemment que les mutilations génitales féminines soient abolies dans le monde entier.

Le discours de Mme le Ministre du Sénégal

Parmi les délégations africaines, le discours du ministre de la Femme, de la Famille et du Genre du Sénégal, Mme Salimata Diop Dieng a suscité un vif intérêt. Le Sénégal s’est engagé dans la voie du développement et de l’autonomisation des filles et des femmes, particulièrement en zone rurale, car la population sénégalaise est majoritairement féminine en zone urbaine avec un taux de 50% et rurale à 54,8%.

Pour cela, le Sénégal a décidé d’adopter un nouveau modèle de développement pour accélérer sa marche vers l’émergence. Cette stratégie, dénommée « Plan Sénégal Émergent» (PSE), constitue le référentiel de la politique économique et sociale à  moyen à long terme.

Mme le Ministre Salimata Diop Dieng (Sénégal) et Dr. Pierrette Herzberger-Fofana

Le Sénégal a instauré la parité dans les instances électives et semi-électives. La représentation des femmes à l’Assemblée nationale tourne autour de 42% au niveau des collectivités locales, elle atteint même un taux de 47,2%. Dans l’ensemble, la baisse de l’incidence de la pauvreté s’est avérée particulièrement faible en milieu rural. Cette situation contraste avec les objectifs affichés dans le «Plan Emergent Sénégal». Il a fallu donc développer des initiatives qui favorisent les conditions de vie des populations en zone rurale.

Grâce au programme de développement comme le Programme d’Urgence de Développement communautaire (PUDC), il a été possible d’améliorer le cadre de vie des femmes par l’accès à l’eau potable, aux services sociaux de base, aux infrastructures, à l’électrification, par des équipements pour l’allègement des travaux champêtres. A cela s’ajoutent les soins de santé. C’est ainsi que les femmes en couches qui doivent subir une césarienne sont entièrement prises en charge par l’Etat ainsi que les enfants jusqu’à l’âge de cinq ans.

Cette couverture sanitaire a eu des effets bénéfiques et a réduit ainsi la mortalité maternelle et infantile. Parallèlement au PUDC, le Sénégal a institué un programme d’Urgence et de Modernisation des Axes et Territoires Frontaliers (PUMA) qui s’applique aux femmes vivant dans les zones frontalières afin de faciliter leur mobilité.

Madame le ministre, Salimata Diop Dieng, a émis l’espoir que l’économie digitale va ouvrir de nouvelles opportunités pour les Femmes. C’est dans cette optique que, le Sénégal a lancé depuis 2016, le projet «Sénégal numérique 2025» dans une  perspective genre afin de faciliter l’accès des femmes aux médias et aux technologies de l’information et de la communication.

En conclusion, madame le Ministre a achevé son discours en déclarant qu’il convient le d’œuvrer à l’autonomisation et «d’exploiter en encourageant la création de Start up porté par les jeunes filles diplômées et les femmes menant des activités dans l’agrobusiness» ; afin de parvenir à réaliser les objectifs du Millénaire et à un développement durable pour les populations qui se traduisent par l’élimination de la pauvreté.

©Dr.Pierrette Herzberger-Fofana. La délégation allemande à l’ONU New-York

La voix de l’Allemagne à New-York

Au cours de l’assemblée plénière d’ouverture, L’Allemagne par la voix de Mme Elke Ferner, Secrétaire d’Etat auprès du ministère de la Famille, des Personnes Agées de la Femme et de la Jeunesse  a pris la parole. La secrétaire d’Etat a souligné les acquis en ce qui concerne le droit des femmes Allemandes en zones rurales. Il reste cependant encore beaucoup à faire, notamment le problème de la conciliation du travail et de la famille pour les femmes, la garde des enfants et l’accès à une place dans un jardin d’enfants à proximité du lieu de résidence, ainsi que les problèmes liés aux technologies modernes. Ce sont des problèmes  cruciaux pour les femmes qui vivent dans les campagnes, car bien souvent elles doivent renoncer à travailler au moins jusqu’à ce les enfants soient scolarisées. La question de l’égalité des salaires selon la devise «à travail égal, salaire égal » demeure l’une des revendications fortes des associations féminines allemandes ainsi que la parité dans les instances étatiques et économiques.

©Dr.Pierrette Herzberger-Fofana ONU.New-York

Projets allemands en Afrique

Parmi les projets que l’Allemagne a présentés, nous pouvons souligner celui du droit à la propriété pour les femmes en zones rurales de la Namibie et du Malawi. Le conflit entre les lois traditionnelles et la loi démocratique qui régit le pays se heurte aux mentalités de la population. Bien qu’elles soient majoritaires souvent les femmes ne sont pas propriétaires du lopin de terre qu’elles cultivent.

Mme Stephanie Braun, directrice de projets en Namibie et au Malawi

La mission permanente allemande à New York a organisé plusieurs débats afin de mettre en évidence la politique allemande de développement en Afrique. Ainsi le débat sur la question des mariages précoces a suscité un intérêt vif. Mme Bineta Diop, l’ Envoyé Spécial de L’Union africaine pour le Genre, la Paix et la Sécurité a donné le point de vue des pays concernés. Tous les participants étaient d’avis que ces mariages d’enfants ou précoces freinent l’émancipation des jeunes filles qui voient leur chance amoindrie de se bâtir un avenir, indépendant de leur état matrimonial. Les filles quittent les bancs de l’école et vont grossir la longue file des femmes sans profession. Or, l’éducation est comme le proclamait Nelson Mandela:

«L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde»

Conclusion

En un mot à New York, toutes les femmes ont plaidé pour un monde où la non-violence règne et où les revendications des femmes sont prises en compte ainsi que leurs droits inaliénables.

 

Dr.Pierrette Herzberger-Fofana
Website: http://pierrette-herzberger-fofana.de/
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