Ces derniers temps l’ONU, créée initialement en tant qu’union de différentes nations, ressemble de plus en plus à un théâtre dans lequel un seul acteur se produit, à savoir les Etats-Unis.

Fort de son influence financière et de ses ressources économiques Washington fait adopter les décisions à son gré sans tenir compte de rien ni de personne. Son objectif majeur est de garder son leadership. Les experts notent que pour atteindre cet objectif tous les moyens sont bons.

Les Américains se prennent pour des maîtres tacites de l’ONU. Leurs cotisations constituent près d’un quart du budget et celui qui paie commande la musique. Les Etats-Unis ne s’arrêtent devant rien pour faire adopter leurs décisions. Alexandre Mikhaïlenko, professeur à la faculté de Sécurité nationale de l’Académie russe de l’économie nationale et de la fonction publique près le président de la Fédération de Russie, signale que si les Américains ne parviennent pas à lobbyiser leurs décisions ils cherchent des issues de secours :

«Les Américains cherchent comment contourner l’opposition des organisations réfractaires ou imposer leurs décisions. Les méthodes sont différentes. Ils laissent tomber certaines questions quand ils comprennent qu’elles ne seront pas approuvées par l’ONU. Ils tentent de régler eux-mêmes les problèmes qui sont du ressort du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale. Il s’agit notamment des bombardements de la Yougoslavie sans l’approbation de l’ONU. C’est aussi le cas de l’Afghanistan en 2001 : les Américains ont obtenu le mandat des Nations Unies plus tard. Il y a aussi un autre procédé : retirer certaines questions de la compétence de l’ONU en sorte qu’elles soient décidées par des organisations parrainées par les Etats-Unis. »

Cependant il est devenu beaucoup plus compliqué d’expédier de telles affaires. Si, après la désintégration de l’Union soviétique, les Etats-Unis ont exercé pendant longtemps leur hégémonie au sein de l’ONU, la situation a changé ces dernières années. Des acteurs nouveaux sont apparus dans l’arène mondiale, ce qui n’a pas l’heur de plaire à la Maison Blanche. Selon l’expert de l’Institut russe d’études stratégiques Sergueï Ermakov, ils ont l’habitude d’être l’unique leader :

«Du point de vue des Etats-Unis, ils ont le droit de dicter leurs conditions au monde. Cette conviction s’est profondément enracinée dans la tête de nombreux politiques américains. D’où leur mécontentement face au rôle trop important de la Chine et surtout de la Russie. De nombreux experts américains déclarent ouvertement que la Russie joue un rôle démesuré au sein de l’ONU. Ils tentent de modifier le système. D’autant plus qu’un acteur nouveau est apparu, la Chine, possédant une forte influence en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Il faut donc diminuer l’influence de la Chine et de la Russie. C’est pourquoi Washington invente des réformes qui sont contraires aux intérêts des autres Etats, mais qui devraient, du point de vue des Etats-Unis, garantir la défense de leurs intérêts nationaux ».

Les Etats-Unis n’ont jamais dissimulé qu’ils plaçaient leurs intérêts nationaux au-dessus des intérêts mondiaux. C’est pourquoi Washington considère l’ONU comme un instrument en vue de légaliser ses activités axées sur la satisfaction des intérêts des Etats-Unis. Pour les Américains il est tout à fait normal de faire fi de l’opinion d’autrui, dit Sergueï Ermakov :

« Seules les décisions répondant aux intérêts des Etats-Unis sont appuyées. Les exemples en ce sens se multiplient. Dans les enceintes de l’ONU, les Etats-Unis exercent la pression sur les pays neutres et font appel à leurs alliés directs pour faire adopter des décisions avantageuses pour eux. L’ONU regroupe un grand nombre de pays et les Américains les manipulent aisément, soit à coup d’intimidation, soit à coup d’aide financière ».

Ce n’est pas un hasard si les Etats-Unis soulèvent régulièrement la question de l’augmentation du nombre des membres permanents du Conseil de sécurité. L’Amérique mobilise ainsi ses alliés qui font front commun. A notre grand regret l’ONU est pour l’heure incapable de répondre. 

La Voix de la Russie

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