6059849-9042052Depuis des années, les universités africaines sont paralysées par des gréves et des dysfonctionnements. De Dakar á Ouagadougou, en passant par Abidjan, Lagos, Douala et Bujumbura, le calvaire est le même. Des effectifs étudiants en forte hausse, des budgets universitaires qui stagnent, voire régressent… Les conditions d’études et d’enseignement ne cessent de se dégrader dans les universités africaines. Dès qu’ils en ont l’occasion, les étudiants n’hésitent pas à aller chercher en Europe ou aux Etats-Unis un environnement plus favorable.

Le gros problème des Universités en Afrique, c’est le surreffectif : il arrive qu’une Université, conçue au départ pour 5000 étudiants, en accueille aujourd’hui 25000 “ explique Komlavi Seddoh, directeur de la division de l’enseignement supérieur à l’Unesco et ancien recteur d’Université au Togo.. ” Dans mon université, à Abidjan, le plus grand amphithéâtre comptait 400 places alors que 600-700 étudiants y avaient cours, raconte pour sa partInnocent Kati-Coulibaly, étudiant ivoirien, venu en France préparer sa thèse d’histoire, faute de professeurs disponibles dans sa spécialité dans son pays. Du coup, les étudiants arrivaient plusieurs heures à l’avance ou se déplaçaient avec leur chaise ! “ Or, des situations de ce type se retrouvent partout en Afrique. Il est par exemple arrivé en République Démocratique du Congo que près de 2500 étudiants doivent se tasser dans une seule salle pour suivre leurs cours de médecine…

Manque de locaux, encadrement insuffisant, mais aussi matériel pédagogique pratiquement inexistant. ” Il n’y a aucun équipement pour réaliser des expériences en travaux pratiques, confirme le jeune ivoirien, nous n’avons même pas d’ouvrages pour étudier “. Car les fonds manquent pour alimenter les bibliothèques universitaires et le prix des livres est bien trop élevé pour que les étudiants puissent les acquérir eux-mêmes.

” Comment voulez-vous qu’un étudiant se paie un manuel qui coûte 200 FF, alors qu’il touche une bourse de 400FF ? s’interroge Innocent. ” Nous n’avons aucun accès aux publications et revues récentes. Ni les étudiants ni même les enseignants ne peuvent se tenir informés des dernières avancées de la recherche dans leur domaine “. Pas de livres donc, pas d’ordinateurs non plus et par conséquent pas d’accès à Internet…

Devant une salle d’amphithéâtre vétuste et poussiéreuse, Malick Cissé de l´Université Cheikh Anta Diop de Dakar nous dit son envie de voir les politiques améliorer les conditions d’études du supérieur. “Normalement, la capacité d’accueil de l’université est de 25.000 étudiants. Actuellement, souligne-t-il, nous sommes près de 60.000 étudiants, cela pose énormément de problèmes”. “En période normale, lorsqu’il y a cours, cet amphithéâtre est bondé : les étudiants font la queue une heure avant le cours, et une fois que le professeur est là, la salle est pleine ! Les étudiants s’assoient sur les escaliers, ils ne laissent aucun espace vide”, décrit Malick Cissé.

Cet étudiant en master II de droit propose qu’on “désengorge l’université”. A cause des grèves et de ce climat difficile, poursuit-il, “plusieurs étudiants qui en ont les moyens s’inscrivent dans des écoles privées pour être sûr d’obtenir leur diplôme”.

Depuis 8 mois les étudiants de Dakar et Saint-Louis sont privés de leurs bourses. A force d’attendre longtemps leur moyen de financement, les nouveaux bacheliers ont fini par perdre patience. Ils ont opté pour la violence pour taper dans l’œil des autorités de la direction des bourses en s’attaquant au calendrier universitaire. Les autorités sénégalaises sont incapables de régler la situation des étudiants et le problème d´orientation des nouveaux bacheliers pose aussi énormément de soucis. 

Près des trois-quart des étudiants africains échouent en premier cycle

Comme le reconnaît Komlavi Seddoh, ces mauvaises conditions d’études ne sont sans doute pas pour rien dans les taux d’échecs exorbitants : des taux, estime-t-il, qui peuvent atteindre 75% dans le premier cycle. Or, dans un grand nombre de pays, les étudiants ne sont autorisés à redoubler qu’une seule fois dans leurs premières années d’études universitaires. ” Il faut atteindre la licence pour être protégé par le ” parapluie atomique ” comme on dit entre nous “ sourit Innocent Kati-Coulibaly. Mais pour ceux qui ne l’atteignent pas, c’est l’exclusion, car comme le déplore Komlavi Seddoh, ” dans pratiquement aucun pays il n’existe de filière pour récupérer ces étudiants, c’est vraiment un manque qu’il faudrait combler. Ceux qui en ont les moyens peuvent toujours se tourner vers le privé, mais les autres… C’est vrai que ce n’est pas un tableau très réjouissant. “

Un tableau que dénoncent très régulièrement étudiants et enseignants. Les uns et les autres ne cessent de réclamer des moyens supplémentaires pour l’Université. ” On nous dit que c’est la crise, s’indigne Innocent Kati-Coulibaly, qui a été des premières manifestations étudiantes dans son pays dès janvier 1990, mais ce n’est pas la seule cause, il y a aussi et surtout un manque de volonté politique. Et puis, il y a énormément de gaspillages : par exemple, il y a quatre ou cinq ans, on a dépensé un demi-milliard de FCFA pour construire un mur d’enceinte autour d’une université à Abidjan. Est-ce qu’on n’aurait pas pu dépenser cet argent de façon plus utile ? “

Les Etats-Unis : une destination de plus en plus prisée par les étudiants africains

Du coup, grèves et manifestations rythment les années universitaires mais en perturbent aussi dans un grand nombre de cas le bon déroulement. Les années blanches se multiplient. Dernier exemple en date : celui du Burkina Faso où l’année universitaire 1999-2000 vient d’être annulée. Une fois de plus au détriment des étudiants.

Ceux qui le peuvent n’hésitent donc pas à partir étudier à l’étranger pour trouver de meilleures conditions matérielles d’études, échapper à ces troubles fréquents et obtenir des diplômes souvent plus réputés. ” Les familles sont prêtes à de très gros sacrifices pour cela “ souligne Innocent. Ainsi, en 1995, au Cameroun, indique Komlavi Seddoh, plus de 8500 jeunes étudiaient à l’étranger pour 47000 inscrits en université dans leur pays, ce qui représentait 18% (en France, la même année, ce pourcentage n’était que de 1,5%).

Parmi les destinations, les Etats-Unis semblent de plus en plus prisées, et cela malgré le coût élevé des études et de la vie. L’ambassade des Etats-Unis à Dakar vient ainsi d’indiquer que 23600 étudiants originaires d’Afrique subsaharienne étaient inscrits cette année dans les universités américaines. Un chiffre en hausse annuelle de 15%, taux de progression le plus important par rapport à toutes les autres régions du monde.

Tous cependant ne regagneront pas leur pays une fois leur diplôme en poche. ” C’est sûr que ceux à qui on propose un poste sur place choisissent pour la plupart de rester. Les salaires et les perspectives de carrière sont beaucoup plus intéressants que ceux qu’ils pourraient obtenir dans leur pays “ glisse l’étudiant ivoirien. Ainsi, aux Etats-Unis, on estime qu’environ un tiers des étudiants étrangers y restent après leurs études.

 

 

Catherine Le Palud et Africpost 

 

 

 

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