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©P.Herzberger-Fofana. Buchenwald 12.4.2015. Gert Schramm, unique survivant métis allemand 

70 ans après la libération du camp de concentration de Buchenwald.

Le 12 avril 2015 a eu lieu à Buchenwald la commémoration de la libération du camp de concentration de Buchenwald, en présence du Président de l’Union européenne, l’Allemand Martin Schulz et des survivants de toute l’Europe.

Buchenwald l’un des plus grands camps de concentration allemands fut le premier camp à avoir été libéré lors de l’avancée des troupes américaines.

Le 11 avril 1945, les soldats américains atteignent d’abord la ville de Weimar puis le camp de Buchenwald, situé à 5kms de Weimar, mettant en fuite la plupart des SS chargés de sa surveillance. Certains prisonniers ont alors sorti des armes cachées en vue d’une éventuelle insurrection et ont achevé la libération du camp.

Située en Thuringe, en Allemagne de l’est, Buchenwald est synonyme de camp de la mort. En effet, entre 1937 et 1945 plus de 56 000 personnes ont péri dans ce camp dont 907 enfants et adolescents et plus de 250 000 personnes y ont été incarcérés par les Nazis. 21000 prisonniers ont survécu à cet enfer. De nombreux prisonniers sont morts de faim, de maladie, après avoir été gazés ou à la suite d’expérimentations médicales qui ont été effectués.

En tête viennent les Juifs, suivis des Roms et Sinti appelés à l’époque «tsiganes», des politiciens allemands d’obédience socialistes ou communistes, les témoins de Jéhovah, les prêtres et pasteurs catholiques, les résistants, les homosexuels et les lesbiennes. Mais aussi des hommes originaires du Maghreb, surtout de l’Algérie, de l’Afrique subsaharienne, des Antilles: Martinique, Guyane, Guadeloupe, de la Réunion, de la nouvelle Calédonie et de Tahiti soit de tous les anciens territoires sous domination française et de Surinam.

La commémoration du 70 ème anniversaire de la libération du camp de Buchenwald était empreinte d’émotion. Auparavant tous les participants soit environ 10 000 personnes ont observé samedi une minute de silence sur le site de l’ancien camp de concentration. La minute de silence a eu lieu à 15h15, une heure choisie qui correspondait à celle de la libération.

Sous la porte du camp, marquée du cynique «Jedem das Seine» («A chacun son dû»), la foule a déposé des couronnes de fleurs composées d’ œillets rouges et des roses blanches et de tournesol jaunes sur les plaques commémoratives.

Au milieu des larmes, certains participants portaient des uniformes de détenus, en souvenir des 250.000 personnes qui ont été emprisonnées entre 1937 et 1945 à Buchenwald, à l’instar du prix Nobel de la paix: Elie Wiesel, de l’écrivain français Stéphane Hessel, auteur du best-seller «Indignez-vous », du maire français, d’origine antillaise, Raphaël Elize, de Baba Diallo et de tous les détenus.

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©P.Herzberger-Fofana. Weimar 12.4.2015.Gert Schramm et Dr.P.Herzberger-Fofana

Gert Schramm, métis allemand, unique survivant de Buchenwald

L’unique survivant, métis Allemand du camp de concentration d’origine afro-américaine est Gert Schramm. Il est né le 25 novembre 1928 à Erfurt (Allemagne) d’un père Africain-Américain et d’une mère Allemande. A l’âge de 14 ans, il est arrêté par la GESTAPO alors qu’il se trouvait à son lieu d’apprentissage. Il est d’abord incarcéré dans plusieurs prisons. Puis il est déporté au camp de concentration de Buchenwald où il travaillait dans les carrières :

Der Morgen des 6.Mai 1943 versprach einen sonnigen warmen Frühlingstag (…) Ohne irgendeine Erklärung wurde ich mitgenommen , als wäre ich ein Verbrecher“ (Le matin du 6 mai 1943 promettait d’être une belle journée de printemps….Sans aucune explication, on m’emmena comme si j’étais un criminel.“ (p. 53.ma traduction de « Wer hat Angst vorm schwarzen Mann » PHF)

Schramm est membre du conseil des prisonniers auprès du comité international des détenus de Buchenwald-Dora. En tant que témoin oculaire du National-Socialisme Gert Schramm raconte, dans sa biographie, «Wer hat Angst vorm schwarzen Mann» (Qui a peur de l’homme Noir?) son odyssée dans plusieurs prisons de la Gestapo et au camp de concentration de Buchenwald où il est le plus jeune prisonnier allemand.

A l’âge de 14 ans, il est incarcéré au camp de concentration de Buchenwald en raison des “lois sur l’infâmie raciale”.

« Un pouvoir quelconque avait envahi ma vie et m’avait, moi un jeune de 14 ans, arraché d’un coup et de façon arbitraire à mon entourage. Je n’avais jamais pensé que les lois sur l’infâmie raciale me menaçaient. » (p.54( ma Traduction).

Durant des mois, il vit isolé du monde sans connaître le motif de son arrestation, car il est trop jeune pour comprendre que les lois sur “L’infâmie raciale“ (Rassengesetzte) s’appliquent à tous ceux que le pouvoir nazi ne considère pas comme des aryens. En effet, comme il est né d’un père Afro-Américain et d’une mère Allemande, Gert tombe sous le coup de cette loi discriminatoire et ignoble. Gert Schramm parle également de sa vie en tant que métis Allemand dans un environnement entièrement blanc et de son père, qu’il n’a pas connu.

L’ordre du mérite Allemand

Le 25 avril 2014, soit 70 ans plus tard, le gouvernement allemand lui a décerné la médaille avec le ruban de l’ordre du mérite allemand « Bundesverdienstkreuz am Band,» la plus haute distinction dans la hiérarchie des ordres. Cette distinction tardive, honore l’engagement de l’unique survivant métis allemand de ce camp de concentration.

Le maire de la ville a rendu hommage à Gert Schramm pour son travail de sensibilisation dans les écoles d’Eberswalde. La ville d’Eberswalde a été dans les années 1990, le théâtre d’émeutes raciales. C’est dans cette ville qu’a eu lieu l’un des premiers crimes racistes, juste après la Réunification. Amadeu Antonio Kiowa (1962-1990), originaire d’Angola a été sauvagement assassiné par une bande de jeunes délinquants racistes.

«C’est votre mérite, d’avoir initié les jeunes à connaitre l’histoire allemande. Je vous suis reconnaissant d’avoir contribué à modifier le climat politique à Eberswalde au cours des dernières 25 années afin que nous puissions vivre aujourd’hui dans une ville ouverte et tolérante» a déclaré le maire.

Le serment de Buchenwald

Dans son allocution de remerciement, Gert Schramm a rappelé le serment qu’ il avait prononcé le 19 avril 1945 lors d’une cérémonie funéraire pour les morts du camp de concentration de Buchenwald. Les survivants ont prêté un serment sur les lieux des crimes nazis. Ils jurent de lutter contre toutes formes de discrimination. Ils s’engagent à participer à la construction d’un monde nouveau libéré des démons du fascisme, du racisme et de la discrimination, dans la paix et la liberté. Le serment de Buchenwald prononcé par les rescapés du camp de Buchenwald est un document historique de haute envergure. Cette promesse solennelle est entrée dans l’histoire sous le nom de « serment de Buchenwald».

Plusieurs survivants ont renouvelé le serment de Buchenwald, dans leur langue maternelle, lors de la commémoration le 12 avril 2015.

Pour Harlem Désir, député au parlement européen. Le serment de Buchenwald devrait être lu dans les écoles « Si on ne pense pas ça, si on ne transmet pas ça, alors tout devient possible.»

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©P. Herzberger-Fofana Gert Schramm. 20.3.2012 Ohm-Gymnasium Erlangen

Gert Schramm a dédié son autobiographie:

«à la jeunesse de notre pays, car elle est le garant de l’avenir»

Gert Schramm a présenté son livre dans plusieurs écoles. Il a sillonné ces dernières années presque toute l’Allemagne pour prôner un message de paix à la jeunesse afin qu’elle:

«ne tombe jamais dans les griffes de ces bandits de Nazis racistes et qu‘elle ne soit pas sensible à leurs paroles marquées par la haine et la discrimination raciale.“

Le 20 mars 2012, Gert Schramm était l’invité du lycée Ohm à Erlangen dans le cadre de la « Semaine contre le racisme.»

Nous recommandons vivement la traduction de cette biographie dans toutes les langues de grande diffusion internationale. C’est l’un des rares documents d’un Allemand qui est né, a grandi en Allemagne et a vécu l’enfer des camps de concentration à une époque où la couleur de la peau était déterminante au point de provoquer l’incarcération d’un adolescent au sortir de l’enfance: Gert Schramm n’avait que 14 ans lorsqu’on l’a emmené à Buchenwald.

Une rose pour les Africains et leurs descendants: les oubliés de l’histoire

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©Pierrette Herzberger-Fofana Buchenwald 12.4.2015

Nous nous inclinons devant la mémoire des nombreux Africains et leurs descendants Africain-Américains, Antillais et métis Allemands décédés au camp de concentration de Buchenwald. Ils ont pour nom Antoine Bœuf, Antillais né le 1er août 1905 à Fort-de France, numéro de matricule 69 696 à Buchenwald y a séjourné du 6 août 1944 au 12 avril 1945, décédé lors d’une marche forcée à Elsdorf. Baba Diallo, né en 1908 à Baroueli, région de Ségou au Mali, chauffeur du gouverneur et ex ministre des colonies Georges Mandel, Raphaël Elize, né le 4 février 1891 au Lamentin (Martinique) déporté à Buchenwald le 19 janvier 1944 transféré au camp de Gutsloff-Weimar où il est décédé le 9 février 1945. Cet ancien vétérinaire fut le premier maire “de couleur” en France métropolitaine à Sablé-sur-Sarthe en 1929. La liste est longue des Africains et leurs descendants qui sont décédés dans les camps de concentration.

Les «Noirs», Africains ou descendants d’Africains sont les grands oubliés de toutes les cérémonies commémoratives qui ont eu lieu jusqu’à ce jour.

Nous rendons hommage à toutes ces victimes de la barbarie nazie en déposant une rose au milieu de la gerbe de fleurs du parti des «Verts» de cette région.

Buchenwald était le plus grand camp de concentration. Au cours du mois d’avril 1945, les autres camps: Bergen-Belsen, Ravensbrück, Dachau ont été libérés de la folie nazie.

Dr.Pierrette Herzberger-Fofana
Conseillère municipale, Erlangen, Baviére « Les Verts. Bündnis 90/Die Grünen »

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