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Le premier ministre tunisien Mehdi Jomaa a mis en garde, lundi 3 mars au soir, contre une situation économique qui risque de devenir « catastrophique ». « En toute franchise, la situation est plus difficile que ce que nous ne le croyions », a-t-il dit dans une interview à la chaîne publique Wataniya et à la télévision privée Nessma, un mois après avoir pris ses fonctions. « Il va nous falloir faire des sacrifices (…). On peut ignorer la réalité, mais la réalité ne nous ignorera pas », a-t-il insisté.
Le premier ministre, qui a formé à la fin de janvier un gouvernement apolitique après le départ du pouvoir de la coalition menée par le parti islamiste Ennahda, a expliqué qu’il manquait 4 milliards de dinars (1,8 milliard d’euros) dans le budget de l’Etat. « Nous ne savons pas d’où les ramener, il faut que nous trouvions les ressources. Nous avons l’intention de lancer une souscription pour financer les caisses de l’Etat, mais ce n’est pas suffisant. J’ai l’intention d’aller dans les pays du Golfe, aux Etats-Unis et en France. Nous allons emprunter encore plus », a-t-il dit.

M. Jomaa a affirmé que le gouvernement allait examiner « au cas par cas » la situation des compagnies publiques en difficulté, comme la compagnie aérienne nationale Tunisair, qui demande une aide équivalant à « quatre fois son chiffre d’affaires ». « Nous n’allons pas baisser les salaires, mais il n’y aura pas de nouveaux recrutements dans la fonction publique. Nous n’avons pas de quoi les financer », a-t-il ajouté.

« Il faut que nous soyons sincères : pendant ces trois dernières années [depuis la révolution], nous n’avons pas travaillé. L’administration n’a pas travaillé, les compagnies n’ont pas travaillé, nous n’avons pas respecté les lois. Ce n’était pas ce que nous attendions de la révolution […]. Une autre révolution nous attend, celle des mentalités », a-t-il affirmé.

« TOURNER LA PAGE DE LA TRANSITION POLITIQUE »

Des conflits sociaux alimentés par la pauvreté et le chômage ont sans cesse agité le pays depuis la révolution. Environ 15 % de la population active est sans emploi, un taux qui dépasse les 30 % chez les diplômés.

La Tunisie a de plus connu une année 2013 mouvementée, marquée par l’assassinat de deux opposants de gauche, la mort d’une vingtaine de militaires et de gendarmes dans des heurts avec des groupes djihadistes et une paralysie institutionnelle de plusieurs mois.

M. Jomaa a estimé que la situation sécuritaire était en amélioration, mais que la vigilance restait de mise. « La Tunisie est plus sûre qu’hier, mais nous n’en avons pas fini avec le terrorisme. Restons prudents […], le terroriste est traître, le terrorisme ne pardonne pas. Il faut que nous soyons préparés à d’autres coups », a-t-il dit.

Le premier ministre a par ailleurs réitéré l’engagement de son gouvernement à respecter son mandat, à savoir l’organisation d’élections « transparentes » devant se tenir avant la fin de l’année. « Notre conviction est qu’il est de l’intérêt du pays de tourner la dernière page du processus de transition politique », a-t-il déclaré.

lemonde.fr

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