WP_20141029_039Dr.P.Herzberger-Fofana Tunis 15.11.14

©Dr. Pierrette Herzberger-Fofana, conseillère municipale, Erlangen «Les Verts. Bündnis 90/Die Grünen».Marraine Régionale pour Sousse. Tunis 15.11.2014

Le nom de la Tunisie est associé au changement démocratique dans le monde arabo- musulman. Le rôle des femmes dans ce processus démocratique est indéniable. Elles en sont le moteur. En effet, leur engagement au sein de la société a permis d’aboutir à une révolution pacifique en Tunisie. Les femmes étaient aux premières loges en tant que militantes actives de ce mouvement. Leur rôle est aujourd’hui reconnu et accepté par tous les membres de la société tunisienne.

« La Démocratie a besoin des femmes »

Ce slogan est à lui seul tout un programme. C’est aussi le projet tuniso-allemand réalisé par L’Académie Européenne des Femmes en politique et en business (EAF-Berlin. Diversity in Leadership) avec le concours du ministère allemand de la Famille et des Affaires Etrangères, en partenariat avec Nissa: Fondation pour la Culture et la Démocratie (Tunis). Le projet est financé sur place par l’ambassade d’Allemagne. Trois organisations en Tunisie ont participé à ce projet: Nissa; Femmes et Leadership, et Horizons.

A Sousse, le projet a été entièrement réalisé par l’association « Pacte de la Cité » qui en était responsable à tous les niveaux. Sousse, ville portuaire est située à 150 Kilomètres de Tunis. Elle est surnommée parfois « La perle du Sahel », 3ème agglomération de la Tunisie avec près de 400 000 habitants. La ville de Sousse possède une place « Léopold Sédar Senghor » et de célèbres catacombes. Les catacombes ou cimetières souterrains des premiers martyrs chrétiens ont également servi de lieu de culte et de refuge pour les premiers adeptes du christianisme. Ils ont été utilisés jusqu’à la fin du IVe siècle. La Médina de Sousse est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988.

« La démocratie a besoin des femmes », ce projet avait pour objectif majeur: la formation des femmes militantes, engagées dans la vie active et dans la société civile en vue de postes politiques. Il vise également à promouvoir l’égalité des droits et la bonne gouvernance. L’Allemagne assure un soutien logistique en ce qui concerne la qualification des candidates par le biais de l’Académie Européenne des Femmes (EAF-Berlin ) qui facilite un échange d’expériences et de connaissances sur les bonnes pratiques entre les militantes tunisiennes et les politiciennes des deux pays dans le cadre d’un mentorat. Ce projet, dont la session finale a eu lieu le 15 novembre á l’Hôtel Majestic de Tunis a réuni toutes les participantes. Il était parrainé par les marraines régionales, conseillères municipales dans leurs villes respectives: Mme Cécile Bonnet pour Sfax et Dr. Pierrette Herzberger-Fofana pour la Sousse. Ces dernières fortes de leurs expériences politiques en Allemagne étaient à même, d’être des partenaires compétentes en mesure de s’identifier aux problèmes des candidates tunisiennes. Les 3 marraines issues de la diversité culturelles en Allemagne donnent également une image positive de l’Allemagne dans ce pays d’Afrique du nord.

Les élections législatives en Tunisie

Les législatives ont eu lieu le 26 octobre et elles ont été saluées comme “crédibles et transparentes” par les observateurs de l’Union européenne. La Tunisie devient ainsi un modèle et une exception dans l’univers arabo-musulman puisque Ennahdha (soit arakat an-nahati de tendance islamiste a appelé ses militants à célébrer la « fête démocratique ». L’enjeu de ces élections est de doter la Tunisie d’institutions pérennes, quatre ans après la révolution qui a mis fin à la dictature de Zine El Abidine Ben Ali. La Tunisie a en effet vécu des années difficiles depuis « le printemps arabe ». La crise politique et économique a fortement ébranlé la stabilité du pays. Le problème de la sécurité est au cœur de tous les débats car la Tunisie a connu une année 2013 mouvementée, marquée par l’essor de groupes jihadistes et les meurtres de deux opposants à Ennahda.

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Mme Sana Ghenima «Femmes et Leadership» et Dr. Pierrette Herzberger-Fofana .Tunis 15.11.2014

La nouvelle Constitution Tunisienne

Votée par une majorité écrasante, le préambule de la Constitution s’inscrit dans une dynamique démocratique qui consacre « les objectifs de la révolution, de la liberté et de la dignité, révolution du 17 décembre 2010-14 janvier 2011. »

Le préambule de la Constitution instaure « un régime républicain démocratique et participatif dans le cadre d’un Etat civil et gouverné par le droit et dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui l’exerce sur la base de l’alternance pacifique à travers des élections libres, et du principe de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs »

L’article 1 précise le caractère de l’Etat qui garantit les libertés fondamentales. « La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, l’islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. Il n’est pas permis d’amender cet article.»

L’article 1 reconnaît la place de l’islam comme religion de la Tunisie mais la loi islamique (la Charia) n’est pas mentionnée comme source de droit et les lois ne reposent pas sur la Charia. Pour la première fois, dans le monde arabe est introduit un objectif de parité hommes-femmes dans les assemblées élues. L’article 45, article sur la parité hommes-femmes est la grande innovation dans le cadre de la Constitution.

« L’État œuvre à la réalisation de la parité des hommes et des femmes dans les assemblées élues ». L’article 45 stipule que “L’État garantit les droits acquis des femmes et travaille à les soutenir et les développer“. Il note aussi que “L’État garantit l’égalité des chances entre les femmes et les hommes” et qu’il “prend les mesures nécessaires pour éliminer les violences faites aux femmes ».

La Tunisie sans consacrer l’égalité des sexes, est depuis 1956 le pays arabe qui accorde le plus de droits aux femmes. L’homme reste cependant privilégié, notamment concernant l’héritage.

Plusieurs conférenciers ont pris la parole au cours de cette cérémonie à Tunis. Selon les chiffres avancés par Hassen Zargouni (Sigma Conseil): 47,48% des femmes dont 42% ont voté Nidaa et 21% des femmes pour Ennahdha, lors des élections législatives d’octobre 2014. Ceci est une première et marque l’intérêt que les femmes ont pour la respublica ce qui a fait dire à la députée (ANC), Samira Marai: « Si la Tunisie a réussi sa transition démocratique, c’est grâce aux femmes !»

Si la parité homme-femme est inscrite dans la Constitution, les résultats montrent qu’elle n’est pas entrée dans les habitudes de vote des citoyens. Actuellement, le gouvernement se compose de 2 femmes-ministres, 1 secrétaire d’Etat et 66 députées. Le ministère de la Femme a été transformé en secrétariat d’Etat. Pour Aziza Dargouth, les femmes ne rament pas à contre-courant comme l’a dit l’un des conférenciers mais plutôt comme elle affirme avec aplomb « Nous avons fait et crée la vague mais ce sont les hommes qui ont surfé dessus. »

Sa phrase résume le décalage entre la loi et la réalité au quotidien. Les hommes détiennent encore tous les postes-clés politiques en Tunisie.

Le professeur Dalenda Larguèche, présidente de Nissa, donne comme explication à cette situation peu satisfaisante. Les femmes se sont retirées de la scène politique et cela est dû, en majeure partie, aux violences qu’elles subissent. On les attaque sur leur vie privée et on les vilipende. Malgré le vent de libéralisme qui souffle en Tunisie, l’image de la femme véhicule la notion d’honneur, que certains souhaitent voir confinées aux tâches traditionnelles, même si le pays compte un très grand nombre de femmes-cadres qui évoluent dans un milieu progressiste et libéral.

L’article 45 de la Constitution ne peut pas changer les mentalités du jour au lendemain. La société tunisienne malgré tous les bouleversements demeure une société patriarcale, une société d’hommes à qui incombe le privilège d’apparaitre sur la scène politique pour tenir les rênes du pays.

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©Les futures parlementaires tunisiennes de Sousse avec leur marraine Dr. Pierrette Herzberger-Fofana.

Les prochaines municipales qui auront probablement lieu en fin 2015, soulèvent beaucoup d’espoir, car elles donnent plus de chances aux femmes qui sont reconnues au niveau de leur commune. Il est donc probable que le taux de conseillères municipales sera nettement plus élevé que celui des élections législatives.

La cérémonie de clôture du projet « La Démocratie a besoin de femmes » s’est achevée par la remise de certificats aux futures candidates qui ont pris part à cette formation. Nous félicitons toutes ces femmes engagées qui en dépit des nombreux obstacles qui se dressent sur leur passage ont décidé de se jeter dans l’arène politique, car la « Démocratie a besoin des femmes.»

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©Dr. Pierrette Herzberger-Fofana conseillère municipale. Erlangen « Les Verts»et Mme Cécile Bonnet. Conseillère municipale. Schwerin (FDP). Toutes les deux sont marraines régionales.Tunis 15.11.2014

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une participante * Dr. P. Herzberger-Fofana 

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© Dr. Pierrette Herzberger-Fofana+Dr. Helga Lukoschat (EAF-Berlin)Tunis 15.11.14

 

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 ©Dr. Herzberger-Fofana et les candidates aux élections communales de Sousse.Tunis 15.11.14 

 

 

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana: Conseillère municipale, Erlangen, Baviére « Les Verts. Bündnis 90/Die Grünen ». Marraine Régionale pour Sousse-Tunis.

 

 

 

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