Président

Une analyse de l’avenir économique du continent africain laisse entrevoir une situation peu flatteuse pour la région sub-saharienne. En effet on peut facilement observer une division progressive du continent en trois régions distinctes : Deux régions technologiquement et économiquement avancées, le nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte) et le Sud (République Sud-Africaine), et une région (Afrique sub-saharienne) tenaillée au milieu, incapable d’améliorer la qualité de vie de ses populations. Les régions nord et sud constitueront de facto les points d’entrée pour les compagnies étrangères cherchant à pénétrer le marché africain. Ils bénéficieront de ce fait du transfert de nouvelles technologies, et d’un constant flux d’investissements étrangers directs relatifs aux activités de ces compagnies, pendant ce temps la vaste région sub-saharienne au milieu sera maintenue dans un état de pauvreté continue.

Faire partie de ce club restreint des pays africains devenus «hubs» ou Pôles technologiques et récipiendaires de flux de capitaux est de l’ordre du possible pour le Sénégal et doit être notre priorité si nous désirons assurer a nos populations une qualité de vie meilleure. Cependant la transformation du Sénégal en hub technologique ne sera possible que si nous nous dotons d’un leadership de qualité capable de comprendre et d’implanter les étapes fondamentales suivantes :

Redéfinir le rôle de nos institutions universitaires

Jusqu’à un passé très récent le système éducatif sénégalais a été plus orienté vers la formation d’une élite issue des facultés liées aux sciences littéraires et humaines. Cette orientation qui a été une volonté politique du président poète L.S.Senghor, a malheureusement été perpétuée par ses successeurs. La grande majorité des jeunes sénégalais se sont vus orientés vers des formations qui les destinaient à des carrières de diplomates, d’administrateurs civils et d’avocats. Ce système éducatif inadapté est en partie responsable de la situation que vit aujourd’hui notre pays, car former des jeunes hommes et femmes qui ne seront pas à mesure d’accroitre la capacité productive d’un pays est un important facteur d’instabilité à long terme. Ainsi il est très important que nous procédions à un rééquilibrage du système éducatif au profit des sciences fondamentales et appliquées ainsi que de l’entrepreneuriat. Pour un pays en voie de développement comme le Sénégal, l’université doit servir en grande partie à la formation d’entrepreneurs, d’innovateurs et de main d’œuvre qualifiée capable de prendre part à la création de richesse.

Instauration d’une concertation entre l’académique et l’industriel

Une grande partie des programmes offerts aujourd’hui par nos universités ne sont pas adaptés à nos réalités économiques et même culturelles. Nombre de jeunes se retrouvent au chômage après de longues années d’études car ne pouvant trouver un emploi correspondant au profil acquis sur les bancs des universités. Vue la complémentarité entre l’université et l’industrie dans la société moderne, il est impératif de permettre aux entreprises de pouvoir influer sur la formation du capital humain nécessaire à leurs fonctionnement et leurs croissances. Cette concertation permettra aussi aux universités non seulement de bénéficier du soutien financier et matériel de l’industrie mais aussi de développer une meilleure connaissance des principaux défis rencontrés par les entreprises et par conséquent de calibrer les programmes d’études offerts. Il revient à l’état de jouer un rôle de facilitateur dans cette collaboration afin de s’assurer de sa continuité.

Introduire une culture de Recherche et Développement et d’entreprenariat

En cette époque de globalisation, se positionner comme un centre d’innovation et d’entreprenariat constituera un avantage compétitif au niveau continental et plus tard au niveau mondial. Notre leadership se doit d’élaborer une vision et une stratégie claire qui va dans ce sens. Cette strategie devra inclure tous les éléments indispensables à la réussite d’une entreprise moderne : une bonne politique fiscale et énergétique ainsi que la création d’infrastructures adéquates. Une fois ces éléments en place l’Etat sénégalais doit exiger des entreprises occupant des positions stratégiques telles que la Sonatel, la Senelec et la SDE ainsi que toute entreprise de plus de 1000 employés à investir un certain pourcentage de leurs bénéfices dans un département de R&D (Recherche et Développement). 3 objectifs sont recherchés à travers cette mesure:

– La création d’emploi pour nos jeunes diplômés; l’investissement dans la Recherche & Développement devra permettre à nos entreprises de mieux absorber les jeunes diplômes des facultés et autres institutions universitaires

– La production de technologies et de produits bas-prix beaucoup plus adaptées à nos réalités. Ces Technologies et produits ainsi produits bien que n’étant pas de qualité supérieure pourront être facilement exportés vers d’autres pays africains de la sous région, générant ainsi un flux de revenus qui sera réinvesti dans l’amélioration de la qualité des produits. L’exportation de ces produits vers les pays limitrophes pourra ainsi renforcer l’intégration économique sous régionale et africaine.

– L’introduction de la culture de R&D (Recherche et Développement) et une dynamique de création d’entreprises. Une fois un certain niveau d’expérience en recherche et développent acquis une partie de nos diplômés seront tentés par la création d’entreprises (Start-up) pour mettre en valeurs leurs expériences. Ces entreprises feront potentiellement l’objet d’acquisition ou de demande de partenariat par les compagnies étrangères cherchant à investir en Afrique, d’où le flux de capitaux avec tous les effets de débordement dans les autres secteurs de l’économie qui en découleront.

Transformer la fuite des cerveaux en Avantage compétitif

Le Sénégal comme beau nombre de pays d’afrique continue de souffrir de l’exode de ses cadres vers les pays plus nantis. Cette fuite des cerveaux est certes un handicap que l’on ne peut ignorer mais elle est aussi un handicap qui peut être transformé en avantage compétitif. En exemple l’on peut citer l’exemple de la compagnie chinoise d’ordinateur personnel Lenovo, qui a eu la brillante idée de recruter en une semaine 5 hauts managers de Dell d’origine chinoise. Le recrutement de ces experts aura permis à Lenovo de prendre à Dell la place de numéro 1 sur le marché chinois. L’état sénégalais doit développer une politique cohérente afin de tirer profit du nombre de sénégalais de la diaspora qui se distinguent tous les jours par leur professionnalisme et la maitrise de leurs domaines dans les Multinationales. L’un des facteurs fondamentaux de la réussite des pays asiatiques a été leur aptitude à utiliser leurs ressortissants dans les pays riches afin d’attirer le maximum d’investissements étrangers directs.

Améliorer la qualité de vie du sénégalais doit être la priorité de notre leadership dans un monde dominé par la créativité et l’innovation, mais aussi un monde où chaque état œuvre à assurer à sa population le maximum de confort au détriment des populations d’un autre pays; Un monde où les relations entre les pays sont régies par l’intérêt et non l’amitié. Notre leadership quelque soit son orientation ideologique et politique doit être créatif, entreprenant et garder à l’esprit qu’en nous maintenant dans état permanent de consommateurs de produits étrangers, il tourne le dos à la mise en valeur du génie que dieu a créé en nous. Le génie humain est partout il est européen, chinois, américain et certainement sénégalais aussi, nous devons juste croire en nous même. Je conclurai par cette phrase « Yes We Can if We Believe in Ourselves »

 

Ibnou Taymiya SYLLA – Président de Diiso-MED (Mouvement pour l’Espoir et le Développement) Sénégal NAAT

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