Shabazz

Jeune intellectuel (36 ans), guidé par le panafricanisme des pères, Tahéruka Shabazz compte rentrer en Centrafrique. Dans son pays, il entend se frotter au combat politique en engageant son parti (Pnp)dans la bataille électorale que la feuille de route prévoit pour 2015.

Vous êtes jeune, mais quel a été votre parcours jusque-là ?

Je suis Tahéruka Shabazz, né en République Centrafricaine il y a 36 ans de cela. Mon père a été envoyé en France ou plutôt exilé, car c’était un étudiant un peu bouillonnant à l’époque de Bokassa. Donc, en 1986, je suis venu en France où j’ai fait mes études et y est également enseigné à l’Université de Pau dans le sud du pays. J’ai également produit pas mal de livres sur la question panafricaine au niveau de l’histoire, de la philosophie et de la science politique. J’ai été durant une dizaine d’années un activiste du mouvement panafricain en France avec un frère avec qui je ne suis plus aujourd’hui, Kémi Séba. Je suis venu au Sénégal en 2011 et me suis lancé dans l’activité agro-alimentaire.

Je produis de cultures maraîchères du côté de Thiès et de Sangalkam, j’évolue aussi dans le domaine halieutique à Thiaroye-sur-Mer. Je voulais allier engagement panafricaniste et entrepreneurial, une dimension qui manque au mouvement panafricain, car une fois dépassée l’idéologie, c’est le vide sidéral. Je voulais poursuivre cet engagement sur le terrain politique et en 2013, on va dire que les évènements ont précipité cette volonté. J’ai pas mal de partisans, des jeunes qui m’ont sollicité pour apporter ma pierre à l’édifice. Ils connaissent mon parcours, savent que j’ai produit et voir les mêmes hommes politiques se présenter pour 2015 avec les mêmes promesses, les mêmes incompétences et irresponsabilités nous est devenu insupportable. Notre mouvement, initialement civil, souhaite donc investir le champ politique national. Le Parti du renouveau panafricain (Pnp) est mu par l’ambition de la transformation de la société selon un idéal panafricain qui veut que trop souvent les idées importées et l’incompétence de certains font qu’on a mis au cœur de notre pensée en Afrique la sacralisation du matériel. Sans le mépriser, quand par exemple on évoque la Centrafrique ou le Niger, les mots diamant ou uranium sont avant tout les principales richesses mises en exergue. Le Japon, troisième puissance économique mondiale, est assis sur un volcan et tire son influence du fait qu’il ait misé sur l’humain en premier lieu. Pour nous, le capital humain prime et avant tout l’importance de la femme dans le développement d’une Nation.

Vous évoquez les femmes, quelle opinion avez-vous de l’action de la Présidente de la transition, Catherine Samba-Panza ?

C’est quelqu’un qui était connu dans la vie civile et pas dans la politique. Comme beaucoup j’avais bon espoir, mais là où elle devait faire preuve de fermeté elle a fait preuve de laxisme et le porte comme un boulet aujourd’hui. Quand elle est arrivée aux affaires, au lieu de négocier avec les modérés, ceux qui sont prompts à discuter et qui ont une parole, elle a tout simplement ouvert la porte à tout un chacun sans condition aucune. Si bien que dans son gouvernement présidentiel, vous trouvez des miliciens Séléka, des miliciens anti-Balakas et ceux qui discutent avec elle sont les mêmes qui parlent de partition. Notre reproche, c’est son manque de clarté et de vision. On aurait aimé qu’elle soit plus tranchante et ce n’est absolument pas le cas. Par exemple, à l’heure actuelle, un Premier ministre vient d’être nommé, le remaniement avait été annoncé en juin, donc quasiment deux mois pour faire son choix et depuis deux semaines que l’annonce a été faite, le gouvernement est paralysé. Elle dit ne pas avoir les moyens de sa politique de conciliation pour agir, mais je pense que les moyens politiques il faut les arracher.

N’est-elle pas prisonnière de ceux qui détiennent le vrai pouvoir politique à l’heure actuelle, les principaux chefs Séléka et anti-Balaka ?

C’est elle-même qui s’est mise dans son propre piège en intégrant sans réflexion et sans condition des hommes et des femmes qui avaient du sang sur les mains. Ce sont des chefs de guerre et Barack Obama, qui a dû faire deux déclarations sur la Centrafrique, a formulé à chaque fois le même reproche de vouloir recommencer avec le même personnel. La situation n’est pas rédhibitoire. Si elle veut changer la donne, elle peut toujours se défaire de ce carcan dans lequel elle s’est mise.

A l’heure actuelle, les forces africaines de la Misca passent le relais à 7 500 casques bleus des Nations-Unies. Quel impact va avoir ce déploiement ?

Normalement, c’est 12 mille casques bleus. Je ne sais pas si ce total sera atteint, mais il me semble que le volet sécuritaire et militaire dépend du volet politique. L’Armée n’est que le prolongement d’une vision politique. Sans vision, c’est l’enlisement sur le terrain où il y a quelques jours de cela des altercations entre l’Eufor, la force européenne et des milices armées du 5ème arrondissement. On est en guerre, mais on ne sait pas contre qui. Par rapport à Sangaris, l’erreur qui a été commise par l’Etat-major français, c’est de ne pas définir l’ennemi contre qui on se bat. Je ne vois pas d’issue à l’ivoirienne ou les autorités ont pris leurs responsabilités avec une vision politique. Il n’y a pas de leadership en Centrafrique, ce qui résulte de l’habitude que les choses soient gérées par l’ambassadeur de France sur place.

La tenue des élections prévues pour 2015 est-elle envisageable ?

Cela ne se fera pas étant donné que les conditions de paix ne sont pas requises aujourd’hui.

Dernièrement, l’attaque d’une localité a défrayé la chronique de manière tragique.

C’est vrai qu’il y a des Comzones qui font la pluie et le beau temps dans le secteur où ils se trouvent. C’est une zone où j’ai vécu, à Mbéré, qui se trouve à 400 km de Bangui. Ce sont des Comzones qui ont lancé cette attaque en prévision de l’arrivée de la Minusca afin de nettoyer les lieux de telle sorte que leur pouvoir soit un fait acquis. On évoque le vol de bétail, mais c’est une opération pour poser un avantage sur une zone. Des forces souterraines travaillent à maintenir la transition le plus longtemps possible tout simplement parce qu’elle leur profite à travers les zones diamantifères et les couloirs commerciaux qui sont contrôlés par les miliciens.

La dimension confessionnelle est-elle prépondérante dans ce qui a précipité la crise ?

Elle n’a pas été une revendication initiale. Si on regarde le chronogramme de l’arrivée des Sélékas en 2012, il n’y a aucune trace de demande confessionnelle. Ils demandent leurs soldes d’anciens militaires et le partage du pouvoir. Il n’y a aucune demande d’amélioration des conditions de vie pour les musulmans, car bien qu’ils soient minoritaires, ils dominent majoritairement l’économie du pays. Donc, parler de l’oppression des musulmans en Centrafrique est une aberration. En revanche, il est vrai que le nord de la Centrafrique est délaissé, mais ce n’est pas propre à cette région. C’est l’ensemble du pays hormis Bangui et je peux vous assurer que Thiès est plus développé que Bangui. Ensuite, les anti-Balakas ne se sont pas présentés comme des chrétiens mandatés par une autorité religieuse. Allez faire un tour au camp Roux où ont été cantonnés ces miliciens «musulmans anti-chrétiens», vous ne verrez que des casiers de bière. Les rebelles soudanais et tchadiens qui composent les Sélékas ont auparavant commis des crimes de guerre au Soudan sur des populations musulmanes. Ces pillards ont visé les églises, ordinairement plus ornées que les mosquées en Centrafrique.

Un retour des Sénégalais qui résidaient auparavant dans ce pays est-il possible à l’avenir ?

Vous savez, ils n’ont pas été tous rapatriés au Sénégal. Beaucoup se sont réfugiés au Cameroun ou au Congo et déjà ils sont en voie de retour bien que les conditions de sécurité ne soient pas vraiment réunies.

Sources: Africpost, lequotidien.sn

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