emeutes-pillage-senegalA quelques jours des élections locales du 29 juin 2014, la violence prend de l´ampleur au Sénégal. Depuis l´installation du multipartisme en 1974 dans le pays, par Senghor, la violence politique devient en substance une arme des faibles. L´assassinat de Me Babacar Séye, vice président du conseil constitutionnel, en date du 15 mai 1993 reste aggravé dans les mémoires des sénégalais. Les commanditaires du meurtre scabreux restent toujours impunis.

L´arrivée au pouvoir du libéral Me Abdoulaye Wade en 2000 ne change pas également  les choses. La violence politique franchit un nouveau cap en devenant comme mode de règlement politique entre différentes tendances politiques. Cela a engendré des dégâts considérables á Bambey et aux devantures des maisons de Niasse et de Tanor, patron du parti de l´Alliance pour le progrès (APF) et du parti socialiste. Le Parquet ne s´est pas autorisé á l´époque pour situer les responsabilités des uns et des autres.

Le maire socialiste Barthélémy Dias avait aussi volontairement assassiné en 2012 un jeune sénégalais au nom de Ndiaga Diouf suite á des accrochages prés de la mairie de Sacré-Cœur-Mermoz, un quartier de Dakar dont il dirige. Lors de cette altercation avec des hommes de mains, le jeune maire avait répliqué en se servant de son arme. Le supposé assassin devenu aujourd´hui jeune député socialiste á l´Assemblée nationale sénégalaise encourt aucune peine privative de liberté. Il n´a jamais été jugé par la Cour d´assise de Dakar pour homicide volontaire.

L´autre jeune opposant politique et leader de l´Alliance Jef-Jef, Talla Sylla, a failli confirmer un rendez-vous avec la mort le 5 octobre 2003. Il a été sauvagement agressé par des nervis supposés appartenir au clan Wade. L´impunité continue aussi car les présumés n´ont jamais été arrêtés jusqu´á ce jour. En 2008, Souleymane Jules Diop, journaliste indépendant et ancien conseiller en communication de l´ex Premier ministre Idrissa Seck, exilé au Canada, a été aussi sauvagement agressé par les militants de Wade suite á des propos provocateurs lors d´une intervention au McCormick Place Convention Center de Chicago sous la présence effective du Président Wade . Souleymane Jules Diop  disait« I wanna speak in the name of my people, I wanna speak on behalf of all senegalese, What this man is saying is untrue… »

Farba Senghor, conseiller spécial du Président Abdoulaye Wade et ministre de l´agriculture á l´époque, avait poussé des nervis pour le saccage des rédactions de l´As et de 24h Chrono, deux organes de presse privée sénégalaise. Un acte impuni qui est toujours aussi resté dans la mémoire des sénégalais.

Durant la campagne présidentielle de 2012, Macky Sall, actuel président du Sénégal, avait promis de mettre fin á l´impunité qui règne au sein de la société sénégalaise poussant ainsi n´importe qui á faire n´importe quoi. Le Président Sall avait bien débuté son mandat avec l´arrestation du marabout influent Béthio Thioune. Cette arrestation reste exemplaire dans la mesure oú les chefs religieux du pays (Mouride, tidiane, layéne ou autres) sont très puissants au Sénégal, un pays composé plus de 93% de musulmans. Les marabouts jouent un rôle crucial dans les décisions politiques. L´ancien Président Abdoulaye Wade avait donné á ces chefs religieux une force extraordinaire et une place primordiale dans la République. Il s´est même publiquement déclaré un fervent mouride. Ce que aucun Président sénégalais n´a jamais fait.

A l´approche des locales du 29 juin 2014, la violence politique continue á inquiéter les sénégalais avec tout récemment l´incendie sauvage des maisons du vice président de l´Assemblée nationale sénégalaise, Moustapha CISSE LO, situées á la ville sainte de Touba, á quelques kilomètres de Dakar. Les jeunes armés, supposés fidèles á la confrérie mouride, ont saccagé les maisons appartenant au député, sous l´impuissance des forces de l´ordre. Les 19 personnes arrêtées et supposées coupables ont été purement relaxées deux jours plus tard. Dans la région du nord plus précisément dans la communauté d´Ogo (département de Matam), des jeunes avaient notamment kidnappé et séquestré un dignitaire politique appartenant á la mouvance présidentielle. Cette forfaiture a entrainé le limogeage de Monsieur Abou Lô, directeur de l’Agence pour la régulation des télécommunications et des postes (ARTP), qui a été cité dans l´affaire. Les jeunes coupables ont été condamnés á 2 ans de prison avec sursis.

Dans une société démocratique, paisible, et harmonieuse, l´importance de savoir s´exprimer est source de paix et d´apaisement. Apprendre á penser, á réfléchir, á être précis, á peser les termes et mots de son discours, á échanger des concepts, á écouter l´autre, c´est être capable de dialoguer, c´est le seul moyen d´endiguer la violence effrayante qui est en train de prendre une grande ampleur au Sénégal. La parole est un rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas parler correctement, quand on ne manie que de vagues approximations, comme le font beaucoup de nos politiciens ou militants, quand la parole n´est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, les actes barbares, la violence fruste, stupide, aveugle.

La violence est l´usage non réglé de la force, propre aux faibles et aux barbares. Elle n´a pas sa place dans une démocratie moderne. Le droit du plus fort n´est pas un droit, écrivait Rousseau, qui rappelait dans le contrat social que nul « n´est jamais assez fort pour être toujours le maître, s´il ne transforme sa force en droit et l´obéissance en devoir ». L´objectif premier de la politique, selon les philosophes contractuelles, consiste á sortir de l´injustice naturelle en passant du fait au droit, et donc en substituant l´état civil, régi par des lois, á l´état de nature dans lequel régnait la force. Ainsi, la politique et le droit viendraient, á l´origine, introduire l´égalité et la justice lá oú la nature n´avait mis que de l´injustice et de l´inégalité.

C´est la justice qui rend juste une action, pas l´institution dont elle dépend. L´Etat instaure l´ordre du droit et met fin á celui de la force. Il incombe á l´Etat de droit de faire régner la loi par des institutions judiciaires indépendantes et fortes. Ce qui met fin á la violence car si le droit et la justice règnent, c´est non celui d´une force comme la majorité ou les puissances d´argent ou des citoyens favorisés á l´instar des marabouts ou des disciples, qui impose sa volonté. La démocratie est fondée sur la primauté du droit et l´exercice des droits de l´homme. Dans un Etat démocratique, nul n´est au dessus de la loi et tous les citoyens sont égaux devant elle. L´Etat doit assurer la sécurité de son peuple grâce aux compétences et aux prérogatives indiscutées par les individus qu´elles sont en charge de protéger. Force doit rester á la loi. 

 

 

Africpost  

 

 

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