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Malick Noël Seck (Photo) est un politicien sénégalais, panafricain révolté. Il dirige le Front national de salut public, un parti politique de droit sénégalais. Sa colère fonde un engagement politique décidé depuis 2005, après que le journaliste Abdoul Latif Coulibaly a mis au jour les dessous de l’assassinat de l’ancien vice-président du Conseil constitutionnel Babacar Seye, en 1993. Un meurtre commandité, selon lui, par Abdoulaye Wade lui-même. Celui-là même pour qui il avait voté en 2000. Il est aussi celui qui incarne une nouvelle Afrique libre et prospére avec la fin immédiate de la Françafrique qui n´arrange que ceux qui sont au plus haut Sommet de l´Etat. Malick Noël Seck est le noyau dur des farouches opposants á la Francophonie dont le 15éme Sommet se tient á Dakar du 29 au 30 novembre 2014. Á 24h du Sommet, l´organisateur d´un contre-Sommet de la Francophonie a accordé une interview á Africpost. Il répond ici depuis Hambourg en Allemagne aux questions de Abdel Kader Niang.

Qu’entendez-vous par Francophonie ?

La Francophonie est l’institution politique qui parachève le colonialisme. Avant nous avions des gouverneurs français qui reportaient á la métropole, maintenant, nous élisons des représentants de commerce qui se rencontrent avec leurs supérieurs lors du sommet de la France-Afrique. La Francophonie est la branche politique de la France Afrique, c’est un crime contre l’humanité pour reprendre les propos de Boubacar Boris DIOP. Elle nous retarde, nous infantilise, nous empêche d’échanger entre pays du sud et d’avoir l’autonomie de décision pour développer nos pays.

Vous êtes le coordinateur du contre-Sommet de la francophonie contre la Francophonie. Êtes-vous sûr que vous ne faites pas d’amalgame entre d’un côté l’Organisation Internationale de la Francophonie et de l’autre la « Françafrique » ?

La Françafrique est la traduction concrète de toutes les duperies de nos indépendances octroyées. Elle repose sur des réseaux mafieux, des liens occultes, elle se traduit par le FCFA qui permet à la France d’acheter gratuitement nos matières premières en gardant 50% des devises de nos exportations, elle empêche toute possibilité d’accumulation de capital national en confinant des secteurs clés de nos entreprises au capital Français. Près de 80% des entreprises sénégalaises sont françaises. Toutes ces entreprises rapatrient l’intégralité de leurs bénéfices vers la métropole. Comment peut-on lutter contre le chômage et assurer le développement dans ces conditions. Aucun pays ne s’est développé en étant sous tutelle de domination. La zone des pays francophones est celle où on observe les plus faibles taux de croissance dans le continent africain. La France est intervenue près de 50 fois dans des pays africains depuis 1960 soit une fois par an en moyenne. Elle fait partie du problème et c’est parce que nous l’avons voulu et accepte, il est temps que cela cesse.

Votre discours se veut altermondialiste, contestataire et anticonformiste. Votre idéologie politique est plus comprise au niveau de la Diaspora africaine plus particulièrement sénégalaise qu´au niveau national. Cela n’est-il pas en déphasage d’avec les réalités socioculturelles sénégalaises ? Comment pouvez-vous expliquer cela ?

Je ne me retrouve pas dans les catégories que vous décrivez, je me définirais plutôt comme un Trans courant á la recherche de toutes les idées nouvelles qui peuvent faire avancer notre pays. Nous disons que la liberté est consubstantielle au développement. Aucun peuple ne peut se développer tant qu’il n’est pas libre. Nos idées existent encore et sommeillent en chaque sénégalais. Les travaux de Cheikh Anta Diop, les années de lutte de Majmout Diop et résistances du PAI, la vision de Mamadou Dia, le substrat culturel et le corps social sénégalais véhiculent quotidiennement les idées que nous portons. Il est vrai que la diaspora est en avance sur ces questions, c’est pourquoi nous comptons l’intégrer comme élément de noyautage et de structuration de notre combat politique.

Le mouvement que vous dirigez, Front National de Salut Public/ Mom Sa Rew est-il une structure capable d’exercer une fonction publique au sein d’un gouvernement par exemple ou êtes-vous plutôt un démembrement de la société civile ?

Nous sommes un parti d’opposition et sommes catégoriquement contre les coalitions. Nos mésaventures politiques, l’observation de l’espace politique sénégalaise nous ont emmené à penser qu’aucun changement réel ne sera possible au Sénégal tant que nous continuons à fonctionner avec le même système qui a perduré depuis les indépendances. Il faut nous débarrasser de toute la classe politique actuelle en partant sur de nouvelles bases qui prônent l’éthique, l’intégrité, le travail et le leadership par l’exemple.

On vous reproche au sein de votre propre parti politique que vous n´écoutez pas vos camarades et que vous décidez seul ?

Toutes les décisions relatives au fonctionnement de notre parti sont prises en conformité avec les principes démocratiques. Mon parcours personnel et mes principes m’interdisent d’agir différemment. Nous sommes une formation en gestation. Nous avons besoin de professionnaliser nos méthodes de travail, de faire parfois des réajustements qui demandent des choix difficiles. L’engagement demande des sacrifices, l’expérience nous démontre que nous sénégalais avons tendance à penser que parler c’est agir. Nous avons du mal à assumer les conséquences qu’imposent un engagement désintéressé, ou il faut faire don de soi pour faire triompher l’intérêt général.

Est-ce que vous pensez réellement qu’un jour une quelconque langue nationale puisse remplacer le français comme langue officielle au Sénégal ?

C’est une question qui est ouverte et à laquelle il appartient aux sénégalais de répondre. Des pays ont fait évoluer leurs systèmes politiques en passant par de nouvelles républiques. C’est ainsi que la France est passée de la 1ere á la 5e république. Notre modèle républicain n’a pas été revisite pour mieux être en conformité avec nos manières de vivre et de penser. Cette réflexion doit aller au-delà des assisses nationales : Il appartient aux sociologues,, historiens, philosophes et juristes entre autres de mener la réflexion. Nous sommes ouverts á tous types de réflexions qui nous permet de nous réconcilier avec nous-mêmes.

Ne pensez-vous pas le français soit devenue une langue nationale au Sénégal ?

Le Français est une langue officielle parlée par une minorité de sénégalais qui ont eu la chance d’aller á l’école. L’illettrisme frappe près de 72% de notre population. Le français n’est pas une langue nationale. Nous avons plusieurs langues nationales dont la codification n’est toujours pas aboutie. Nous devons avoir un consensus sur l’enseignement et l’utilisation de nos langues nationales en utilisant surtout le développement des outils numériques comme outils de vulgarisation.

Quelle alternative voyez-vous à la Francophonie, si alternative il doit y avoir ?

Toute organisation qui permet un traitement équitable et égal entre ses membres est une alternative à la francophonie. Nous pensons que quel que soit le type d’organisations, nous ne pouvons rien faire tant que nous ne maitrisons pas les initiatives stratégiques pour traiter nos priorités entre pays africains d’abord pour développer une vraie politique de régionalisation.

 

 

 

Merci d’avoir bien voulu prendre part à cette interview

 

 

Africpost

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