DiabyKaramba Diaby, Sénégalais d’origine, est un homme politique allemand et parle de la culture d’accueil en Allemagne. À 14 ans déjà, Karamba Diaby s’engageait politiquement en étant représentant des élèves au Sénégal qui était sa patrie. Plus tard, il s’est engagé à l’université pour obtenir de meilleures conditions d’études dans ce pays d’Afrique. Grâce à une bourse, le jeune homme est venu étudier à Halle/Saale qui était alors en RDA. Après la réunification, ce chimiste qui avait passé son doctorat est entré au conseil consultatif pour les étrangers de sa ville d’adoption et au SPD. Son admiration pour Willy Brandt, ancien chancelier et chef du parti, l’a incité à devenir social-démocrate. En 2001, il a été nommé chargé de mission au ministère du Travail et des Affaires sociales du Land de Saxe-Anhalt, auprès de la déléguée à l’intégration. En 2013, Diaby a été candidat au Bundestag et a été élu au parlement par sa circonscription.

Monsieur Diaby, au cours des prochaines années l’Allemagne aura besoin davantage d’immigrés, surtout de personnes qualifiées. L’Allemagne est-elle attractive pour les immigrants ?

Oui, l’Allemagne est attractive pour les immigrants. On le voit déjà avec l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers. Mais on n’a pas encore atteint le but recherché. Le GOUVERNEMENT FÉDÉRAL a décidé d’encourager une CULTURE d’accueil en Allemagne. Cela fait aussi partie du contrat de coalition. Mais au niveau des structures, il y a encore beaucoup à faire; cela concerne surtout les services chargés de l’immigration mais aussi les consulats allemands à l’étranger.

Qu’entendez-vous par CULTURE d’accueil ?

Pour moi, la CULTURE d’accueil signifie que les personnes se sentent les bienvenues en Allemagne. Il faut donner aux enfants qui sont nés et qui ont grandi ici le sentiment qu’ils sont intégrés. Il est important aussi que nous employions davantage d’immigrés dans le service public. Jusqu’à maintenant, seulement entre 8 et 10 pour cent des employés sont issus de l’immigration. Quelque chose ne va pas. Les premiers contacts qu’ont la plupart des personnes sont ceux avec les ?services de l’immigration et elles font souvent de mauvaises expériences.

Pourquoi ?

Ces services manquent malheureusement souvent de compétences interculturelles.  Je n’attends pas qu’on y parle les langues du monde entier mais il devrait y avoir des employés parlant les principales langues de leurs interlocuteurs. Des pays tels que le Canada cultivent cette CULTURE d’accueil depuis longtemps déjà.

Pourquoi est-ce que l’Allemagne est à la traîne ?

C’est parce qu’en Allemagne on a mis trop longtemps à reconnaître que nous sommes un pays d’immigration. Ce n’est qu’en 2002, avec la nouvelle loi sur l’immigration de la coalition rouge-verte, qu’il y a eu un changement de perspective.

Jusqu’alors, on ne parlait que de quelque six millions d’étrangers en Allemagne. Entre-temps, on compte quelque 16 millions de personnes issues de l’immigration. Nous sommes sur la bonne voie mais le chemin est encore long.

Y a-t-il une différence entre l’est et l’ouest de l’Allemagne ? Vous êtes député de la circonscription de Halle/Saale dans l’est de l’Allemagne. Faut-il y faire davantage que dans l’ouest ?

Non, au contraire. J’ai l’impression qu’au cours des 20 dernières années des structures modernes ont été établies dans l’est. À Halle/Saale, nous sommes bien positionnés et travaillons de manière professionnelle. Dans ma circonscription, on compte quatre à cinq pour cent de personnes issues de l’immigration et nous avons 19 organisations d’immigrants qui sont réunies dans un réseau d’intégration. Naturellement il y a moins d’immigrés dans l’est et on manque parfois d’expérience au quotidien. C’est pourquoi il y a encore quelques réserves dans certaines parties de la société.

Il y a cependant beaucoup de personnes issues de l’immigration qui ont peur de se rendre dans l’est de l’Allemagne.

N’est-ce qu’un cliché ou un préjugé ?

Oui, il y a du racisme et des groupes organisés dans certaines régions. Il ne faut pas minimiser le thème de l’extrême droite. Mais cette extrême droite est un problème dans toute l’Allemagne et même dans toute l’Europe, ce n’est pas un phénomène propre à l’est de l’Allemagne. La région n’est pas le centre de l’extrême droite. Regardez-moi : je suis conseiller municipal à Halle depuis 2009 et les HABITANTS m’ont élu au Bundestag avec un bon score.

Après votre élection au Bundestag, vous avez tout d’abord été lié aux thèmes de l’intégration mais vous avez choisi sciemment d’autres priorités politiques. Les hommes politiques issus de l’immigration doivent-ils tout d’abord surmonter les préjugés ?

C’est un problème connu. Les femmes qui font de la politique doivent aussi combattre car on leur attribue les thèmes concernant les femmes. C’est la même chose pour les personnes issues de l’immigration. Au début, on voulait toujours m’affecter à l’intégration. Je m’y suis opposé avec succès. Aujourd’hui, au parlement, je suis membre de la commission pour l’éducation, la recherche et l’évaluation des retombées technologiques, à la commission pour les droits de l’homme et l’aide humanitaire, je suis vice-président et membre du sous-comité pour l’engagement citoyen. L’intégration est un thème transversal qui est abordé aussi bien à la commission pour l’éducation que dans d’autres domaines.

L’immigration des personnes qualifiées est largement acceptée. Mais il y a actuellement aussi de nombreux réfugiés qui viennent en Allemagne. Est-ce plus difficile de le faire accepter par la population ?

D’un côté on manque de personnel qualifié, de l’autre on a des réfugiés qui quittent leur pays dans la détresse. Parmi les réfugiés il y a aussi des personnes très qualifiées. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait de l’hostilité vis-à-vis des réfugiés. Toutefois, nous devons apporter un plus grand soutien aux communes qui les accueillent et mieux informer la population. Ce thème va nous occuper bien longtemps encore car les crises dans le monde augmentent. 

 

 Interview réalisée par Gemma Pörzgen

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