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INFOGRAPHIE – Après l’opération «Serval», à Paris, on souhaiterait aller plus loin dans la coopération avec les Américains.

«Jamais les États-Unis n’ont autant contribué à nos opérations extérieures», se félicite-t-on dans l’entourage de Jean-Yves Le Drian. Fin janvier, le ministre de la Défense s’est rendu à Washington pour préparer la visite de François Hollande. La lutte contre le terrorisme et les trafics dans la bande sahélo-saharienne figureront en bonne place dans les entretiens du président de la République avec Barack Obama.

En 2013, l’intervention française au Mali a scellé entre les deux pays un partenariat durable dans la région. Partage du renseignement, partage de capacités – des drones américains ont été affectés aux opérations françaises -, transport logistique et surtout ravitaillement en vol: à plusieurs moments clés de l’intervention, les Américains ont apporté leur soutien opérationnel et tactique aux forces françaises de «Serval». «Sans notre soutien en matière de ravitaillement aérien, cela aurait été très difficile», affirme une source américaine en rappelant que, du point de vue de Washington, cette contribution s’apparente à un «acte de guerre». En Centrafrique, les États-Unis ont mis à disposition leurs avions gros-porteurs C-17 pour acheminer certains contingents de la force africaine, la Misca, notamment les Rwandais. Cette coopération s’incarne aussi à Niamey, où se croisent militaires français et américains. C’est dans la capitale nigérienne que sont stationnés les deux Reaper, des drones américains de surveillance à moyenne altitude, achetés par la France et qui ont effectué leur premier vol le mois dernier.

«Casser les usines» du terrorisme

À la source des flux qui alimentent l’instabilité dans le Sahel, le sud de la Libye inquiète tant les Français que les Américains. Cette région est un «trou noir qui absorbe l’antimatière», selon un haut responsable militaire français. D’après cette source, l’objectif est de «casser les usines» du terrorisme (bases, camps…), mettre des «péages» sur la route empruntée par les activistes et les trafiquants, et enfin «construire un mur» – comprendre une ligne de défense – au sud de la frontière libyenne. Une «stratégie longue», nécessitant une «approche globale» et l’implication des pays de la région, notamment le Tchad et le Niger. «Les attentes américaines sont fortes. L’assassinat de leur ambassadeur en Libye Christopher Stevens (à Benghazi, en septembre 2012, NDLR) a servi de détonateur», commente un diplomate. Côté français, on a le sentiment d’avoir suscité l’admiration des Américains grâce au succès de «Serval» et d’avoir «gagné leur confiance» en montrant «réactivité et volonté» politique. «Les Américains nous apportent toute l’aide dont nous avons besoin», apprécie un haut diplomate français. Un éditorial du Washington Post, publié le 25 janvier, a été lu avec délectation à l’hôtel de Brienne: «Les opérations contre-terroristes en Afrique méritent un fort soutien des États-Unis.»

À Paris, on souhaiterait donc aller plus loin. «“Serval” a permis de casser les bases terroristes mais pas l’enkystement de certaines d’entre elles», relève-t-on dans l’entourage du ministre de la Défense où l’on souligne le besoin de «passer avec Américains d’une posture de soutien à une posture de relation stratégique». Jean-Yves Le Drian a convenu avec son homologue Chuck Hagel de la mise en place d’un groupe de haut niveau pour échanger des informations. Côté français, on souhaite qu’une telle coopération permette, à terme, d’identifier les opérations à conduire, de les préparer et de déterminer ceux qui les mèneront, Français, Américains et Africains.

Diplomates et militaires français sont bien conscients que les priorités stratégiques de Washington, dont l’Afrique ne fait pas partie, limitent l’horizon de la coopération. «Que les Américains soient en soutien plus actif tout en ayant une présence de moindre visibilité ne nous gêne pas», dit-on dans l’entourage de Jean-Yves Le Drian. Hormis éventuellement quelques forces spéciales, l’envoi de troupes au sol est peu probable, le renseignement demeurant la pierre angulaire de la coopération. «Entre nous, c’est Tordesillas (le traité de 1494 divisant le Nouveau Monde entre les Espagnols et les Portugais, NDLR), commente une source militaire bien placée. Ils mettent l’accent sur l’est de l’Afrique et ne souhaitent pas avoir une empreinte trop forte à l’Ouest». Façon de dire qu’ils nous laissent «faire le job»… Cette posture est-elle satisfaisante? Peut-on véritablement compter sur le soutien américain au Sahel? Les responsables militaires français en sont convaincus. Attention, prévient pour sa part Étienne de Durand, le directeur du centre des études de sécurité de l’Ifri. «Nous sommes dans un cycle de long terme de retranchement des Américains. Ils sont contents de nous voir en avant mais ils vont nous aider de moins en moins à l’avenir», estime cet expert.

lefigaro.fr

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