kagamé

Le Rwanda est au bord de l’isolement diplomatique. Après les condamnations des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne relativement aux violations répétées des libertés publiques, l’Onu vient, à son tour, de donner de la voix, abondant dans le même sens. L’accentuation de la pression sonne le glas pour cet ex-« meilleur élève » de la communauté internationale.

Crédité « meilleur élève » depuis plus d’une décennie en termes de stabilité, le Rwanda a bénéficié de la condescendance de la communauté internationale quant aux graves crimes commis en RDC. Encouragé par ce soutien circonstanciel, du entre autres au fameux génocide de 1994, le régime de Kigali s’est cru tout permis. Seulement Voilà, les masques sont tombés. La roue de l’histoire tourne aujourd’hui en défaveur du pays aux Mille collines. Kigali paie le prix de ses propres turpitudes. C’est la fin d’une époque.

Ce que l’homme fort de Kigali avait oublié dans son hébétude c’est qu’en matière de droits fondamentaux, la communauté internationale ne transige pas. Il avait cru que celle-ci continuerait de fermer les yeux sur les graves déviations du pouvoir en place à Kigali. Et pourtant, le charme du célèbre génocide, utilisé comme de fonds de commerce, a cessé d’emporter la communauté internationale qui a fini par se soumettre à l’exercice de l’exorcisme.

Ayant porté ses fruits durant de longues années, la recette a fini par tomber caduque. Sans que Kigali ne cherche à lire les signes du temps. Au contraire, il a radicalisé son régime, violant et foulant aux pieds tous les instruments internationaux en matière de respect de droits humains et des libertés fondamentales.

La violence ayant atteint les proportions inquiétantes, les Etats-Unis ont été les premiers à tourner le dos à leur protégé. La Grande-Bretagne, présentée de tout temps comme le plus fidèle des alliés du Rwanda, n’a pas pu se retenir face aux violations des droits de l’Homme qui se multiplient à Kigali. Elle a, elle aussi, tapé du poing sur la table, dénonçant ouvertement les égarements du pouvoir de Kigali.

Le président rwandais l’apprend désormais à ses dépens. Les Nations unies viennent également de lever le ton et de joindre leur voix à celles de Washington et Londres. Ce n’est donc pas le fait du hasard que ces communiqués et prises de position fusent de partout. Une volonté manifeste « de descendre le régime de Kigali » est en train de prendre corps. Cette succession de coups de semonces sont des signes précurseurs d’une chute certaine de l’albatros.

Le régime rwandais en a fait tellement que s’afficher publiquement avec l’homme fort de Kigali parait démodé et immoral. Les performances dont ce dernier de réclamait sont désormais sapées par les agissements barbares érigés en système de gouvernance. Le rapporteur spécial de l’ONU pour la liberté de réunion et d’association vient d’entrer en danse après avoir rendu public son rapport sur le Rwanda cette semaine.

Hasard du calendrier ? Certainement pas. Maïna Kiai a séjourné à Kigali en janvier dernier pour évaluer à la fois la législation et les pratiques en matière de liberté des réunions et d’association. Les conclusions de ses investigations crucifient le régime de Kigali.

Les inquiétudes du rapporteur spécial

Les données récoltées par le rapporteur spécial sont extrêmement graves. La législation en cette matière est de plus restrictive. La reconnaissance des partis politiques au Rwanda est un vrai parcours de combattant tant il est parsemé d’embuches. Maïna Kiai trouve, en effet, « troublant que pratiquement tous les chefs politiques qui se montrent critiques soient en exil ou en prison ». Au Rwanda, en fait, les opposants doivent opérer leur choix : l’exil ou la prison ! Dans un Etat moderne, en plein 21ème siècle, cette situation est inacceptable.

Le rapporteur spécial n’oublie pas l’histoire récente du Rwanda. Il estime que « ce recours à la criminalisation de tout désaccord public pacifique inculque la peur, empêche toute dissidence et pluralisme. Ce qui se fait au détriment des intérêts du Rwanda et de ses habitants ». Le calme apparent qui règne au Rwanda ne rassure personne. Pendant ce temps, la marmite rwandaise bouillonne jusqu’à faire exploser le couvercle avec les conséquences négatives qui en découlent. « La peur d’un nouveau génocide ne peut pas être invoquée pour réduire les libertés fondamentales, car elles sont nécessaires à la prévention des conflits », écrit encore Maïna Kiai.

Même s’il souligne la vitalité de l’économie rwandaise et ses progrès en termes d’infrastructures, le rapporteur spécial de l’ONU insiste sur le fait qu’une société qui ne laisse aucune place à la critique n’est « pas viable ». La viabilité de la démocratie et d’une société vouée au progrès se mesure à l’aune de l’expression des libertés fondamentales de ses citoyens. Ces inquiétudes exprimées par Maïna Kiai se traduisent désormais en pressions sur Kigali afin que la répression cesse.

Attitude suicidaire

La réaction du gouvernement rwandais n’a pas tardé. Kigali estime que le rapport de Human Rights Watch sur lequel se sont appuyés aussi bien les Etats-Unis que la Grande-Bretagne ne refléterait pas la réalité de la situation au Rwanda. Dans un document de six pages, Kigali a rappelé que toutes les libertés étaient garanties par la Constitution rwandaise et que la reconstruction au Rwanda, dont le rapporteur spécial reconnaissait la réussite est « un produit de plusieurs facteurs et cela inclut le droit dont jouissent les individus à critiquer ou à être en désaccord ». Un argumentaire creux.

Sur les traces de Mobutu

Les déclarations aussi bien de Washington que de Londres, appuyées aujourd’hui par la position des Nations unies, n’ont pas été perçues à leur juste valeur par l’homme fort de Kigali. Bien au contraire, le président rwandais s’est montré plutôt menaçant, réaffirmant sa ferme détermination à mater toute menace pour protéger son régime.

Juste après les premières déclarations émanant de Washington, Paul Kagame est sorti de sa tanière. Dans un style va-t-en-guerre, il a, devant les habitants du district rwandais de Nyabihu, balayé ces accusations. Encore une fois, il n’a pas mâché ses mots : « Nous ne pouvons laisser personne compromettre notre sécurité et notre développement ». Comme pour mobiliser la population à faire front contre les attaques de la communauté internationale. « Ceux qui n’ont pas été capables de diriger le pays et qui ont choisi de s’enfuir sont les mêmes que ceux qui cherchent à compromettre notre développement », a martelé Paul Kagame.

Selon plusieurs médias qui ont relayé ses déclarations, Paul Kagame est allé trop loin. Il a choisi de charger ceux qui le critiquent, notamment ses alliés traditionnels, américains et britanniques. « Et bien, nous en arrêterons davantage. Nous ne nous contenterons pas de les arrêter, mais nous les tuerons en plein jour. Si ces gens veulent savoir à quel point la sécurité est importante pour les Rwandais, nous allons leur montrer », a lancé l’homme fort de Kigali, tel dans un délire.

Et, comme si l’histoire se répétait, la région des Grands Lacs n’est pas à sa première expérience du genre. Avant Kagame, d’autres leaders de la région, particulièrement Mobutu dans l’ex-Zaïre (RDC, aujourd’hui) et Idi Amin en Ouganda ont subi le même sort. Au pouvoir pendant 32 ans, Mobutu a été de tous les coups de la communauté internationale. C’était l’homme à tout faire, garantissant le service après vente dans la région. Mais, ses égarements ne l’ont pas épargné. Il a été relâché et jeté en pâture, pour mourir dans l’anonymat le plus total au Maroc, loin de l’ex-Zaïre qu’il avait pourtant adulé.

Apparemment, le président rwandais est dans le même schéma. Il avait cru que l’invocation du génocide de 1994, lui donnait le droit de commettre de graves crimes dans les Grands Lacs, dont plus de six millions de morts dans l’Est de la RDC. Aujourd’hui, la communauté internationale – la même quoi a créé et façonné Kagame – a décidé de lui tourner le dos. Malheureusement, à Kigali, on a du mal à voir cette réalité en face. Un peu comme Mobutu qui, dans le temps, avait feint d’ignorer que la roue avait tourné en sa défaveur.

Sources: Africpost, lepotentielonline

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