soldat

L’annonce du ministre sénégalais des affaires étrangères du déploiement de 2 100 militaires sénégalais en sol saoudien pour protéger les lieux saints de l’islam n’a pas convaincu les observateurs aguerris. Malgré une annonce faite à l’assemblée nationale devant les députés dont la plupart, y compris ceux de la coalition présidentielle, ont montré leur désaccord, et malgré un communiqué fait en direction des chefs religieux pour se faire un peu de crédibilité, les sénégalais restent sceptiques quant à l’envoi d’une force d’environ trois bataillons sur les terres saintes de l’islam.

D’abord, aucune information n’a été donnée sur la destination exacte des Diambars ; seront-ils basés en Arabie Saoudite plus précisément à Médine et à la Mecque pour sécuriser les lieux saints de l’islam contre une guerre civile qui se déroulent de l’autre côté du sud de la frontière saoudienne et dont les risques d’anéantir ces lieux sont quasi inexistants ? Ou bien seront-ils déployés en sol yéménite au milieu des combats où ils courront le risque de se faire bombardés par les tirs de rafales d’un pilote saoudien dans les aires loin de tout danger? Cette question mérite d’être élucidée pour une meilleure compréhension des citoyens car les propos avancés par le chef de la diplomatie sénégalaise ne sont pas très convaincants.

Ensuite, si selon « The military balance » la seule garde nationale saoudienne est forte de 140 mille hommes, soit plus de 7 fois les effectifs globaux de l’armée sénégalaise, qu’elles poids les Diambars peuvent-ils vraiment avoir en sein de ces forces. En plus c’est un pays sous la garde de la première puissance mondiale à travers le pacte militaire vieux de plus d’un demi-siècle scellé entre le Roi Ibn Séoud et le Président Franklin Roosevelt en 1945. Cet accord américano-saoudien qui a été renouvelé en 2005, a pour contrepartie la garantit de l’approvisionnement énergétique de l’Amérique par l’Arabie Saoudite. En quoi est ce que ce pays dont la première puissance militaire du monde assure la sécurité, a-t-il besoin d’une aide d’un pays tel que le Sénégal qui a un budget national qui est trois fois plus petit que le seul budget de son armée nationale.

Comparaison n’est pas raison. L’acte posé par le Président Diouf, en 1991 lors de l’occupation du Koweït par l’Irak se justifie par des raisons diplomatiques. Le Sénégal y était pour stopper l’expansionnisme irakien sous l’égide des Nations-Unies au même titre que les Américains, Japonais, Français, Canadiens, Australiens etc.. Alors que dans cette guerre Yémeno-saoudienne, l’ONU affiche une certaine réserve contrairement au Sénégal pourtant membre de la dite organisation. Un pays de la ligue arabe comme l’Oman qui partage la même frontière avec l’Arabie Saoudite n’a pas envoyé une force militaire à ce front. Même le Pakistan, qui n’est pas moins musulman que le Sénégal, a refusé que son armée soit mêlée à ce conflit qui n’est pas contre l’islam mais plutôt entre deux sectes de l’islam (chiites et sunnites). Parmi les 10 pays de cette coalition, seul l’Egypte et le Sénégal ont envoyé autant d’hommes.

Tout laisse croire que cette alliance militaire a des dessous inconnus qui seraient plus économico-politiques que stratégiques ou religieuses. Alors, si le président Macky Sall, dans le but de faire plaisir à Ryad pour bénéficier des pétrodollars saoudiens qui peuvent l’aider à réaliser son fameux Plan Sénégal Emergent et en même temps assurer un improbable second mandat, va jusqu’à mettre la vie des braves soldats sénégalais en danger en les laissant à la merci des services secrets iraniens, du Hezbollah libanais, d’Al-Qaïda et d’autres groupes terroristes qui méconnaissent totalement les conventions de Genève et qui sont peu respectueux des protocoles humanitaires ou de guerre tel que la capture de prisonniers, alors il fait la plus grande erreur de sa vie en tant que président car ces gens n’hésiteront pas à exécuter publiquement ou même devant des caméras un quelconque soldat qui serait attrapé, qu’il soit sénégalais ou d’une autre nation. En tout cas le député Oumar Sy a ouvertement avancé l’hypothèse d’une contrepartie financière promise par Ryad en affirmant au micro de RFI que « Si L’Arabie Saoudite a promis d’investir au Sénégal contre un soutien militaire, c’est extrêmement dangereux. Nous ne devons pas échanger les vies de nos soldats contre des pétrodollars ». Rappelons que le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud avait promis un investissement de 108 milliards pour la réalisation d’opérations du PSE en plus des 157 milliards de francs déjà injectés par Ryad au Sénégal. Avait-il fait cette promesse dans le but de faciliter une future demande de soutien militaire qu’il avait déjà envisagé de faire? On n’en est pas aussi certain mais si c’est le cas il a belle et bien réussi son jeu.

Le soldat sénégalais ne s’est pas engagé dans l’armée nationale pour secourir une autre armée 10 fois plus puissante que l’armée sénégalaise en terme d’effectif, de finance et d’armement puis dans des conditions et pour des raisons jusque-là connues que par l’élite dirigeante du pays. Le citoyen lambda et contribuable sénégalais dont les soldats se font payer par les taxes et impôts qu’il verse à l’état, à le droit d’être clarifié sur cette « mission suicide » à laquelle on envoie ses fils. Le motif avancé par Mankeur Ndiaye selon lequel ces soldats vont lutter contre les rebelles chiites installés au Yémen et contre toute attaque contre les lieux saints de l’islam est loin de faire l’unanimité.

Enfin, une armée est d’abord nationale avant d’être internationale, et même dans le cadre international, elle doit être sous régionale puis régionale. Le président Sall n’est pas très va-t’en guerre dans les crises qui frappent le continent africain. Le Sénégal n’est pas très présent dans les conflits « terroristes » qui frappent le continent. Il n’y a aucun soldat sénégalais dans la force antiterroriste formée par des pays africains sous l’égide de l’UA pour lutter contre Boko Haram et même les 800 hommes qui ont été tardivement déployés aux Mali, pays voisins envahis par des terroristes, sont très loin de l’effectif des 2100 qui vont au moyen orient. Si le président Macky veut vraiment sécuriser, il n’a qu’à commencer par sécuriser le Sénégal en le protégeant contre les terroristes qui frappent l’Afrique de l’ouest et qui menacent directement tous les pays de la sous-région, y compris le Sénégal. Mieux encore, la Casamance a besoin de ces hommes malgré l’accalmie qui s’y règne depuis un certain moment car les bandits, les braqueurs et les coupeurs de routes sont tout aussi dangereux que les rebelles. Au lieu de s’acquitter de leur mission première, ces soldats de l’Etat très et trop démocratique du Sénégal survoleront le Niger démocratique mais pauvre et sous les attaques permanentes de Boko Haram et le Mali où les djihadistes du nord n’ont pas encore dit leur dernier mot, pour sécuriser une monarchie rétrograde mais opulente où la sublime charia du Prophète Mohamed (PSL) est vantée mais pratiquée de façon discriminatoire, pour paraphraser le journaliste politologue Babacar Justin Ndiaye.

Il s’y ajoute qu’hier le président sénégalais est allé faire une marche en France au profit de Charlie Hebdo, un journal qui a été attaqué pour avoir caricature le prophète (PSL) et aujourd’hui il veut nous faire croire qu’il envoi nos militaires en Arabie Saoudite pour protéger le lieu où repose ce même prophète (PSL). Tout laisse croire qu’il y a un non-dit dans cette affaire. Pendant ce temps-là, pour une raison certainement liée à la rémunération, chaque soldat sénégalais souhaiterait être de cette force. On se rappelle des problèmes d’indemnisation des militaires sénégalais ayant perdus la vie dans une mission plus ou moins pareille il y a 25 ans. Les grandes victimes restent les familles qu’ils ont laissées. Cependant, la question qui me préoccupe par-dessus tout est celle de savoir si la défense des Lieux saints ou de la Terre sainte est réellement la véritable mission des soldats sénégalais.

Latyr TINE
Etudiant chercheur
Laboratoire d’Etudes Africaines et Postcoloniales
Ecole doctorale ARCIV
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Université Cheikh Anta Diop de Dakar
tinelatyr@yahoo.fr

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