Quelles priorités pour un féminisme responsable en Afrique ? Tour d’horizon de la question.

Par Lanre Olagunju.
Un article de Libre Afrique.

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Les féministes à travers le monde ont besoin de s’attaquer à des questions ciblées permettant d’améliorer la vie des femmes vulnérables. Sur l’échelle des priorités, des questions comme le mariage des enfants, l’éducation des jeunes filles et les mutilations génitales féminines (MGF), qui réduisent le droit de la femme à disposer de leur corps sont plus sensibles que la plupart des autres discussions préoccupant les féministes.

Lutter contre des pratiques dégradantes

Faire de ces questions une priorité apportera des solutions durables pour beaucoup d’autres pratiques dégradantes et injustes. L’une de ces absurdités encore vivantes voit près de 14 millions de jeunes filles contraintes au mariage, non seulement avant d’y être préparées, mais avant même que leurs corps n’y soient prêts.

Sur la question des mutilations génitales féminines, il est difficile de les faire disparaître pour plus de 120 millions de femmes et filles africaines qui ont déjà vécu cette expérience douloureuse et dégradante. Mais les statistiques attestent que, dans les dix prochaines années, 30 millions de filles courent toujours le risque de subir de telles mutilations. En réalité, c’est sur ce point qu’il faut travailler. On ne devrait pas laisser des innocents subir un traumatisme physique et psychologique inutile. Les MGF sont une des formes les plus graves de violence perpétrées contre les petites filles/femmes, et jusqu’à présent, elles sont encore pratiquées dans 28 pays africains.

Tout d’abord, il est très important de comprendre que la pratique est nocive pour les filles et les femmes. Tant que ce fait n’est pas bien établi et reconnu, aucune des mesures correctives ne pourra empêcher la pratique de se développer. Traditionnellement, l’ablation chirurgicale d’une partie du vagin d’une fille est considérée comme une façon de contrôler et de fixer des limites à sa sexualité future. Parmi les raisons identifiées comme justifiant cette pratique, on note l’initiation des filles à la féminité, à l’hygiène et des raisons esthétiques pour ceux qui pensent que l’organe externe de la femme est impur, ce qui les laisse penser que l’enlever augmentera l’attrait esthétique du vagin.

Des usages d’un autre temps

Médicalement parlant, il n’y a aucun avantage à cette pratique. Toutefois, l’acte est la plupart du temps réalisé avec des objets non stérilisés qui mettent en danger la santé des femmes. Les communautés et familles ne s’y engagent que pour des raisons culturelles et non thérapeutiques. Et quand bien même dans certains cas les individus comprennent que la pratique n’est pas bonne, ils soumettent quand même leur fille à cette pratique par impératif social. D’où la nécessité que nous plaidions tous pour l’éducation des petites filles.

Puisque nous sommes en plein compte à rebours pour l’échéance des OMD de 2015, l’éducation des filles devrait à nouveau être au top de l’agenda de l’après 2015. Pour pouvoir réussir dans ce domaine, il est très important de s’attaquer sérieusement à l’analphabétisme des jeunes filles qui est un terreau permettant la progression de ces pratiques archaïques. L’éducation aidera les filles et les femmes à défendre elles-mêmes leurs droits. Elle aidera également les femmes plus âgées à comprendre la raison pour laquelle ces pratiques nuisibles devraient être abandonnées.

Éduquer à la sexualité

L’essence de l’éducation sexuelle ne peut être négligée. Si les parents et les jeunes filles ont accès à une éducation sexuelle de qualité démontrant clairement l’inutilité de l’excision, la plupart des mythes sans fondement seront ensuite démystifiés et effacés. Cette éducation doit aussi être délivrée aux dirigeants communautaires et autres personnes influentes, de sorte que la sensibilisation puisse avoir des effets d’entrainement sur leurs adeptes. Lorsque cela sera fait, on pourra alors espérer que cette pratique reculera.

On ne peut exclure le rôle de la pauvreté dans cette discussion. Par exemple, beaucoup de femmes âgées qui effectuent l’excision ont été impliquées dans ce « business » depuis des lustres. Et c’est la seule source de revenus dont elles disposent. On ne peut pas négliger l’influence de ces femmes plus âgées dans ces communautés pauvres, surtout que pour elles, cette pratique est leur source de subsistance. Pour mettre fin aux mutilations génitales féminines, il faudra fournir une autre source de revenus pour ces femmes importantes dans la communauté.

Le droit des jeunes femmes est parmi ceux qui doivent être respectés et protégés, et pour ce faire nous devons mettre en place des mesures juridiques strictes interdisant la pratique des MGF. Cela exigera un effort collectif des défenseurs de droits de la santé reproductive, des organismes donateurs, et toutes les personnes impliquées dans la défense des droits des enfants. Ils doivent pousser les gouvernements à édicter des lois strictes qui dissuaderont ceux qui pratiquent les MGF et qui promeuvent le mariage précoce. Des sanctions sévères pour les contrevenants devraient être prévues.

Source: Contrepoints

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