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Son destin panafricaniste est au zénith avec l’Union africaine. Son destin national en Afrique du Sud n’a pas encore dit son dernier mot.

C’est un poids lourd sud-africain qui, en 2012, a pris la tête de l’Union africaine (UA), d’ordinaire présidée par des ressortissants de pays francophones. Une victoire pour la puissance anglophone qu’est l’Afrique du Sud qui, du même coup, s’est délestée d’une de ses figures politiques les plus imposantes. Nkosazana Dlamini-Zuma est aujourd’hui la femme forte du Continent. Son arrivée à la tête de l’ancienne Organisation de l’unité africaine, organisme panafricain par excellence mis en place pour une meilleure entente entre pays africains mais aussi pour leur développement dans la paix, n’était pourtant pas gagnée d’avance. D’ailleurs, aujourd’hui encore, Nkosazana Dlamini-Zuma est soutenue par les uns et… critiquée par les autres. C’est dire.

Son idéal panafricain est intact

Lors du 23e sommet de l’UA qui s’est déroulé en juin à Malabo, en Guinée équatoriale, l’ancienne diplomate a choisi de mettre en avant des thèmes économiques plutôt que les questions politiques délicates qui secouent le Continent. Les discussions ont en effet fait la part belle à l’agriculture et à la sécurité alimentaire. Si ces dossiers importants ont été abordés, Nkosazana Dlamini-Zuma est restée silencieuse sur les crises du moment, la Centrafrique, le Sud Soudan et surtout le danger Boko Haram au Nigeria et au Cameroun. Il faut reconnaître que le Nigeria, grand rival de l’Afrique du Sud, s’emploie à la tenir à l’écart.

Après des débuts chahutés à la tête de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma a fini par insuffler un vent d’optimisme à l’organisation continentale. Elle s’est en effet résolument mise dans une perspective de long terme. Lors du 22e sommet à Addis-Abeba, elle a en effet porté un projet ambitieux : faire de l’Afrit long ique la troisième puissance mondiale d’ici 2063. En s’adressant au défunt Kwame Nkrumah, premier président du Ghana et chantre du panafricanisme, qu’elle a exposé son rêve de langue commune, d’échanges intra-africains plus florissants et de rayonnement culturel accru pour le Continent. Un discours certes teinté d’idéalisme mais qui a l’avantage d’accompagner un dessein de plus en plus partagé par la majeure partie de la jeunesse Africaine.

Un parcours politique qui en dit long align

C’est là la preuve que Nkosazana Dlamini-Zuma est avant tout un animal politique chevronné. Avec son caractère trempé, elle n’a jamais attendu qu’on lui tende une perche. Diplomate aguerrie doublée d’une panafricaine convaincue, elle s’est illustrée au cours d’une carrière ministérielle hors norme. Militante de longue date de l’African National Congress (ANC), cette pédiatre de formation a été nommée ministre de la Santé par Nelson Mandela en 1994. Elle a mis en oeuvre toute la politique de déségrégation du système de santé et introduit des réformes radicales qui ont permis un meilleur accès aux soins pour les plus pauvres et les enfants grâce à des mesures pour une plus large gratuité.

C’est lors de son passage à la Santé qu’on découvre son caractère autoritaire. Elle se met à dos un partie du personnel de santé. Une grosse ombre vient assombrir cette étape de sa carrière : un scandale avec la commande d’une pièce de théâtre qui aura coûté plusieurs millions d’euros au contribuable, pour un spectacle jamais montré.

En 1999, elle est nommée ministre des Affaires étrangères par le président Thabo Mbek. Elle est l’une des premières femmes à accéder à ce poste en Afrique, après Gaositwe Chiepe au Botswana en 1984 et Ekila Liyonda au Zaïre en 1987. Elle s’affaire à la défense des droits de l’homme, la stabilité et la paix sur le continent. C’est au cours de son mandat que la paix progresse en RD Congo et au Burundi. En Afrique du Sud, elle permet aussi la nomination de nombreuses femmes à des postes d’ambassadeur. Elle échoue cependant avec sa “diplomatie silencieuse” face au Zimbabwe de Robert Mugabe. Ce qui ne va pas l’empêcher d’accéder, en 2009, au poste de ministre de l’Intérieur. Avec ce portefeuille, elle va mener des opérations “propreté” remarquées à travers le pays.

Après la présidence de l’UA, celle de l’Afrique du Sud ?

Avec ce poste à l’Intérieur, elle a été en contact avec le pays profond, une réalité qui l’habite depuis très longtemps avec son ancrage étroit avec l’ANC. En effet, en 1972, elle est devenue la deuxième épouse de Jacob Zuma, zoulou comme elle. Ils auront quatre filles. Divorcée en 1998, elle n’a pas eu besoin de lui pour s’imposer dans les structures du parti. Autant dire qu’elle ne lui doit en rien sa carrière politique. Sur un autre plan, il y a lieu de rappeler que lui n’a pas terminé l’école primaire alors que Nkosazana Dlamini-Zuma a décroché en 1985 un diplôme de médecine spécialisé en maladies tropicales infantiles.

De fait, d’aucuns disent que Nkosazana Dlamini-Zuma aurait pu être présidente de la nation arc-en-ciel. Ainsi, l’appui de son ex-mari quand elle a souhaité prendre la tête de la Commission de l’Union africaine est apparu comme un moyen de l’éloigner pour dégager le chemin des récentes élections de 2014. Preuve que son parcours politique n’est pas encore fini en Afrique du Sud : des rumeurs ont couru sur son éventuel retour au pays pour reprendre du service au sein du nouveau gouvernement. Quoi qu’il en soit, Addis-Abeba et son poste de présidente de la Commission de l’Union africaine ne la desservent pas dans sa posture de réserviste de luxe à de hautes fonctions en Afrique du Sud. De quoi renforcer l’aura de cette femme d’envergure qui joue sa partition comme n’importe quel acteur politique de premier plan. Pas de doute, l’Afrique et la nation arc-en-ciel n’ont pas fini d’entendre parler de Nkosazana Dlamini-Zuma.

Ces femmes qui gouvernent en Afrique:

Nkosazana Dlamini-Zuma – Présidente de la Commission de l’Union africaine depuis octobre 2012, elle mène une brillante carrière qu’elle ne doit en rien à son ex-mari, le président Jacob Zuma. Militante de l’ANC, elle est nommée ministre de la Santé par Nelson Mandela en 1994, puis ministre des Affaires étrangères avant de passer à l’Intérieur

2

Aminata Touré (avec Michelle Bachelet) – Premier ministre du Sénégal depuis septembre 2013, elle est la seule femme à occuper ce poste en Afrique actuellement. Femme de confiance du Président, elle était auparavant Garde des Sceaux. Elle a notamment géré le dossier de la ” traque des biens mal acquis “, mettant en cause des responsables de l’ancien régime

3

Ngozi Okonjo-Iweala – Ministre nigériane des Finances, elle accepte ce poste en 2011 alors qu’elle est directrice générale de la Banque mondiale depuis 2007. Elle réussit un tour de force en effaçant la dette de 18 milliards de dollars du Nigeria. Avec un PIB de 510 milliards de dollars en 2013, ” le Nigeria est devenu la plus grande économie en Afrique en terme de PIB “, a-t-elle récemment déclaré

4

Cina Lawson – Ministre des Postes et de l’Économie numérique du Togo, elle était, avant sa nomination, Directrice de la stratégie et du développement commercial chez Orange. Diplômée de Harvard et de l’Institut d’études politiques de Paris, elle a commencé sa carrière à la Banque mondiale à Washington

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Source: lepoint

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