Merkel poses after recording her New Year's speech in the Chancellery in Berlin

En réponse aux attaques de Pegida, la chancelière a rappelé, lors de ses vœux, que l’Allemagne aurait besoin de plus d’immigration à l’avenir.

Pour la onzième fois depuis la création du mouvement et la première de l’année 2015, les manifestants de «Pegida» se retrouveront lundi dans les rues de Dresde. Depuis près de trois mois, ces “patriotes européens”, comme ils se désignent, dénoncent “l’islamisation de l’Allemagne” et s’inquiètent du nombre croissant de demandeurs d’asile dans le pays. Le mouvement, qui avait pris de l’ampleur avant les fêtes, préoccupe le gouvernement. Selon un sondage Forsa publié jeudi, 29 % des Allemands trouvent justifiées les préoccupations de Pegida.

Mais dans ses vœux, la chancelière Angela Merkel a mis en garde sans équivoque et la moindre empathie ceux qui sont tentés de rejoindre le mouvement. “Je dis à tous ceux qui vont à ces manifestations: ne suivez pas ceux qui appellent à y participer! Car trop souvent, leurs cœurs sont remplis de préjugés, de froideur, voire de haine”, a déclaré Angela Merkel. Autour d’elle, le décor est coloré et festif, mais le ton est sévère. La chancelière n’accepte pas que les manifestants de Pegida anti-immigration aient repris le slogan de la révolution pacifique de 1989: “Nous sommes le peuple”. “En réalité, ils veulent dire: vous n’appartenez pas au peuple, à cause de la couleur de votre peau ou votre religion”, a-t-elle regretté. Pour elle, il n’y a “pas de plus beau compliment” pour le pays que d’être perçu comme sûr et accueillant.

La chancelière a aussi rappelé que l’Allemagne aurait besoin, quoi qu’il en soit, de plus d’immigration à l’avenir pour répondre à ses besoins de main-d’œuvre: compte tenu d’un taux de natalité plus faible, le pays vieillit plus rapidement que les autres en Europe. L’immigration est un “gain pour tous” en Allemagne, a-t-elle déclaré.

Pegida tente de s’étendre à d’autres villes. Mais l’opposition s’organise aussi. Les élites politiques dénoncent presque unanimement le mouvement. Dans son discours de vœux, le président fédéral Joachim Gauck a notamment clairement pris position pour les opposants à Pegida, en frôlant les limites de sa fonction. “Voir que la plupart d’entre nous ne suivent pas ceux qui veulent isoler l’Allemagne, cela a été pour moi une expérience vraiment encourageante cette année”, a-t-il déclaré.

Quelques voix discordantes se font entendre. La semaine dernière, dans une interview au Spiegel, l’ex-ministre de l’Intérieur Hans-Peter Friedrich, membre de la CSU, le parti bavarois associé à la CDU, a mis en cause Angela Merkel dans l’essor de Pegida: à ses yeux, en ayant recentré le parti conservateur sur la scène politique, la chancelière aurait ouvert un espace à sa droite pour des mouvements plus radicaux.

 lefigaro

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