Enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au département d’histoire à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Abderrahmane Ngaidé suit de près l’actualité mauritanienne. L’originaire de Boghé, refugié depuis les événements de 1989 au Sénégal, revendique à chaque fois que l’occasion se présente son origine mauritanienne. Il a publié plusieurs livres sur le pays à titre d’exemple : La Mauritanie à l’épreuve du millénaire : Ma foi de « citoyen ». Bassel réclame « un deuil national, la reconnaissance des sépultures et la mise en place des monuments » pour permettre aux gens de prier sur les tombes de leurs proches à l’occasion de la célébration du 57ème anniversaire de l’indépendance de la République Islamique de Mauritanie à Kaédi, capital régionale du Gorgol.

En quoi le choix de Dimbé est-il important pour le Président de célébrer le 57ème anniversaire de l’indépendance du pays ?

Aziz est logique avec lui-même puisqu’il a fait une prière, dès le début de son premier mandat dans cette ville, adressée aux morts des années 1990. Il a tenté un repentir pour lui et pour l’ensemble de la communauté maure qui a été malheureusement emballée par des gens qui pensaient bien faire pour leur communauté alors qu’ils commettaient les erreurs les plus graves qu’un État puisse commettre envers ses citoyens.

Kaédi était le centre du Fouta et un dispositif important qui n’est pas loin de la pleine de bilbassi, la zone des diniyanké où la bravoure et la guerre étaient au centre de cette zone. Démontre-t-il par là qu’il maîtrise une partie importante de cet espace et de notre imaginaire ? S’il pouvait utiliser cette maîtrise pour appeler à une meilleure coopération de nos communautés, ça  serrait une bonne chose. Si c’est juste une politique politicienne, nous ne pouvons pas accepter de cette manière. Ce ne sont pas des manifestations érigées dans des régions qui ont souffert  qui effacent l’événement mais le rendent plus solennel. C’est pourquoi les populations doivent sortir dans le silence le plus total et écouter le Président sans crier ni applaudir pour dire : nous t’écoutons dans la mort, est-ce que tu peux comprendre notre silence ?

Les populations doivent y aller pour démonter que Kaédi c’est chez elles, sans se résigner dans les maisons, et montrer qu’elles peuvent accueillir même des gens qui les égorgent. C’est symboliquement important de montrer son appartenance au pays. C’est ce symbolisme qui démontre que : nous sommes avec vous et sommes indignées par vos actes et ceux de votre administration.

« Les noirs doivent profiter du lancement des nouveaux symboles et de la régionalisation pour s’imposer davantage et récupérer cet événement. »

Détruire les noirs en Mauritanie ou nier leur existence en tant que citoyen nie l’image des maures. Elle peut être avec Kaédi extrêmement importante dans la relance de la confiance mutuelle qui doit être générée entre les différentes communautés et permettre aux futures générations de comprendre réellement le cheminement historique du pays et comprendre qu’elles doivent vivre ensemble.

Dimbé a été un élément important très avancé par rapport au reste de la vallée.  Parce que cette ville a abrité la première école moderne, les premiers intellectuels, administrateurs et opposants. Les noirs doivent respecter aujourd’hui la ville, de la donner sa force nécessaire pour qu’elle soit notre point de ralliement vers la vraie lutte, l’appartenance irréversible au dispositif mauritanien. C’est un symbole et c’est à nous de l’utiliser. Aziz l’a déjà fait à des fins politiques. C’est à nous de l’utiliser, de tourner le symbole contre les travers de son utilisation. Et les noirs doivent profiter du lancement des nouveaux symboles et de la régionalisation pour s’imposer davantage et récupérer cet événement.

Quel message les mauritaniens attendent du discours à la nation du Président ?

C’est de rassurer l’ensemble des populations mauritaniennes, pas seulement les négro-africaines, qu’il ne va pas manipuler la constitution, ne va pas s’arranger pour que son fils ne soit un phare de demain, à faire une transition douce en mettant quelqu’un qu’il peut manipuler et qu’il a assumé ses responsabilités avec ses deux mandats sans toucher à la constitution pour un troisième mandat. Il s’en va sans pour autant mettre son doit dans l’urne. Est-ce possible ? C’est très difficile pour un politicien, pour un militaire qui a failli mourir d’une balle.

La population de la vallée doit-elle participer à la célébration du 57ème anniversaire de l’indépendance ?

En tant que Abderrahmane ou Bassel (surnom à Boghé) et simple humain, cet événement est dangereux puisqu’il nous a démontré que le paganisme existe au sein de l’islam pratiqué par des gens, qui chaque matin, chaque jour et quotidiennement évitent de toucher les femmes dans les bus, peuvent pendre des individus comme eux, 28 noirs pendus la nuit du 27 au 28 novembre pour fêter l’indépendance en 1990. Comment des lors une population dont leurs enfants sont pendus comme des poulets peuvent avoir les mêmes réactions par rapports au 28 novembre ? Si le deuil était familial au départ, il est devenu communautaire, régional, local et pas encore national car les maures ne prennent pas ça au sérieux alors qu’il fait partie de l’histoire du pays maintenant. C’est à partir de cet événement qu’on doit réfléchir davantage comment l’islam n’arrive pas à souder les populations mauritaniennes alors qu’on est à 100% musulman. Si on suit l’islam tel que c’est édicté, on n’allait pas avoir des problèmes.

« On voulait éliminer les halpoular de la Mauritanie parce qu’ils sont arrogants et veulent prendre le pouvoir »

En tant que chercheur, c’est un événement qui doit participer maintenant, pas à créer un ressentiment ni chez les halpulars ou les autres, à souder davantage le pays. Et si le deuil devenait national, ya quelque chose d’autre de plus symbolique à faire qu’on puisse comprendre comment les hommes ont fait ça à leurs semblables ? Mon cousin qui a mémorisé le coran a été assassiné à Inal. Il était parti pour rejoindre une armée « nationale » et ce sont les éléments avec qui il compose l’armée qui se sont retournés contre lui pour simplement éliminer les halpulars de la Mauritanie parce qu’ils sont arrogants et veulent prendre le pouvoir. Cet événement est important, mais malheureusement les gens n’auront plus la même sensation.

Il faut vraiment un deuil national normal, reconnaitre les sépultures, aller sur les tombes des individus pour mettre des sanctuaires pour que les gens puissent prier sur les tombes de leurs proches qui ont disparu comme un monument. Que les auteurs reconnaissent et qu’on enseigne dans les universités et écoles ce qui s’est passé pendant ces trente ans.

La pendaison des 28 négro-africains et l’esclavage en Lybie sont-ils comparables ?

Le marché de l’esclavage existe depuis très longtemps, les émigrés ont été toujours vendus par des passeurs. Le problème en Lybie, c’est la torture. Il faut réfléchir sur les origines de tout cela. Pendant ces faits, Robert Mugabe-trente ans au pouvoir- s’accrochait au pouvoir. C’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez les nègres et qui doit être régler. Ces gens ont choisi d’aller dans les pays en guerre pour pouvoir se retrouver en Europe et malheureusement ce sont les faibles qui soufrent de plus. On a toujours vendu des gens au Niger, en Mauritanie et au Mali. Ce qu’il faut combattre c’est les exactions. Pourquoi attendre que les européens nous disent qu’il y a vente des esclaves pour qu’on réagisse ? L’esclavage en Mauritanie et la diaspora noire dans les pays arabes, personne n’en parle. On ne parle que de la diaspora américaine, parce que ça rapporte de l’argent alors que les noirs qui vivent dans les pays arabes souffrent plus que les noirs américains aujourd’hui. On ne parle pas aussi de la fermeture des frontières européennes. On doit réfléchir pour trouver notre mot autre que « la vente des esclaves » utilisé par les occidentaux.

Si j’étais Président de la République, j’allais demander une marche sur la Lybie puisque les actes commis méritent une colonisation de notre part et pas de laisser les européens continuer à bombarder le pays et que nos enfants qui veulent aller en Europe, confrontés à la fermeture des frontières, soient transformés en marchandise.

BA Oumar

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