« Le triomphe électoral de Aziz exprime la volonté des Mauritaniens de le récompenser pour les performances réalisées durant son mandat »; « l’opposition est à la fin d’un cycle biologique ; elle n’a pas de projet et son personnel doit être renouvelé».

Dans un entretien accordé au service francophone de la Voix de L’Amérique le 23 Juin 2014, le Professeur Zekeria Ould Ahmed Salem Denna est revenu sur les principales leçons politiques du scrutin présidentiel du 21 Juin 2014. Il a en particulier proposé une lecture du triomphe du président Aziz, du boycott de l’opposition et de la «percée relative» selon lui du candidat Birame Ould Dah Ould Abeid.

Au cours de cette émission intitulée « Le Monde Aujourd’hui-Afrique de l’Ouest», l’analyste a attribué le succès de Ould Abdel Aziz à l’adhésion d’une large partie de Mauritaniens non seulement au bilan selon lui « positif » du président sortant, mais aussi à son approche de la vie publique emprunte selon lui « de transparence et de contact direct avec la population ».

Il a notamment cité les résultats de la lutte contre le terrorisme, la réforme de la sécurité, la lutte contre la corruption et les performances économiques du régime.

Selon Ould Ahmed Salem Denna, le mot d’ordre du boycott donné par l’opposition était d’autant plus appelé à échouer que cette dernière avait déjà adopté la même position lors des élections précédentes. Or, pour lui, les Mauritaniens auraient mal compris cette politique de la chaise vide permanente qui serait le signe que « les partis d’opposition se complaisent dans une posture de critique et de protestation davantage que dans une position de proposition ».

Selon lui, l’opposition n’aurait pas de projet identifiable par les citoyens ni des idées autour desquelles elle pourrait fédérer les électeurs. Attribuant cette situation au fait que l’opposition se trouve « à la fin d’un cycle », le chercheur a expliqué qu’il y a un « décalage biologique » considérable entre les dirigeants de l’opposition actuelle, souvent anciens ministres ou anciens dirigeants des années 1960 et 1970, et la majorité d’une population mauritanienne âgée en moyenne de moins de 30 ans.

Abordant le score de Birame Ould Abeid, le professeur Ould Ahmed Salem a contesté qu’on puisse parler de « percée » malgré le caractère « honorable » de ce résultat en comparaison avec les autres candidats malheureux. Selon lui, on aurait pu parler de « percée » si le candidat Birame avait pu rivaliser avec le score réalisé par l’opposition (Messaoud et Ould Daddah réunis) en 2009, soit près de 33%. Quant à Ibrahima Mokhtar Sarr, son léctorat resterait stable par rapport aux scrutins passés.

Interrogé sur les défis, l’expert a jugé qu’ils consistent notamment pour le nouveau régime à « maintenir les acquis » et à réformer la justice et l’éducation. En outre, d’après lui, l’un des défis politiques majeurs sera également de pouvoir réaliser la promesse faite par le candidat Aziz de renouveler la classe politique, y compris au sein de l’opposition.

Selon lui, la Mauritanie ne pourra continuer à profiter d’un climat de stabilité politique que si le régime dispose d’une « nouvelle opposition » susceptible de jouer son rôle de « partenaire » du dialogue ou de candidate potentielle à l’alternance. Or d’après lui, une telle opposition « n’existe pas » pour le moment.

Avec CRIDEM

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