L’histoire récente nous montre que l’Etat Mauritanien a décidé de ne pas écouter et entendre sa jeunesse. Cette dernière multiplie les colères, des tensions, des mécontentements face à sa situation et à son avenir au pays des millions de poètes. Le pessimisme qui y règne est presque une négation de la volonté de toute la génération qui milite pour toute action de changement. La jeunesse mauritanienne s’engage pour un avenir meilleur, mais elle est momentanément affaiblie par les violences policières. Elle est en mesure de se relever, de prendre la voie du succès, dans l’exercice de la citoyenneté et dans la représentation politique. Elle est insoumise, elle regarde son pays en profondeur pour se connaitre et commencer à se comprendre dans sa complexité et à travers sa diversité. Elle écrit son histoire, sans préjugés et sans complaisance mais avec lucidité en jugeant l’incapacité des politiques à prendre des décisions fortes, courageuses pour l’avenir de la jeunesse Mauritanienne. Elle évite de raté le train, en tout cas le rendez-vous de l’Histoire, sans laissé propager ou s’agrandir le sentiment de crispation, de méfiance, de mépris ou le déni des pouvoirs  sur les violences policières, les discriminations dans l’emploi, l’esclavages et ses séquelles, et  les actes homophobes dans tous leurs états. Elle doit continuer son chemin en affrontant les politicards et la police politique dans leur système qui a créé une situation de défiance entre les communautés qui aspirent à vivre dignement. La jeunesse mauritanienne est lucide et promeut le changement profond basé sur l’égalité de droits entre les citoyens et quant à leur rapport aux politiques. Elle veut une liberté d’expression et de proposition des projets d’avenir. Elle veut concrétiser le sens de ses actions qui lui permet de comprendre l’origine du changement. Elle veut dénoncer  la privation de ses droits. Elle veut planifier son devoir de citoyenneté, non pas seulement en visant l’objectif et s’en donnant  les moyens mais aussi en gérant  la transition entre les étapes d’alternatives vers le chemin du progrès. Cette jeunesse veut émanciper et anticiper toute idée de projets de la construction de sa Nation. Elle a une parfaite connaissance de ses valeurs traditionnelles : d’humanisme, de solidarité, de tolérance, de patriotisme, de partage, le sens de la responsabilité et de la réflexion qui lui permet de s’affirmer et de pratiquer la citoyenneté et le vivre-ensemble sans complaisance. A travers les manifestations, elle est en mesure d’écrire une nouvelle histoire, de prendre sa destinée et le pouvoir en main pour la nécessité du changement profond dont le pays a besoin. Or, la jeunesse mauritanienne est privée de ses droits les plus élémentaires : l’emploi, l’accès à certains types de concours, à l’insertion pour une meilleure condition de vie, mais pas seulement…

Le politiquement incorrect !

La pratique politique en Mauritanie résonne avec les politiques ségrégationnistes, communautaires, sectorielles, partisanes et le déni des pratiques discriminatoires qui s’associent aux inégalités, à l’exclusion, à la xénophobie, à la négrophobie et aux discriminations institutionnelles qui gangrènent le pays, et singulièrement un segment de la population qui souffre en profondeur. Ces politiques Jacobines, « tous Jacobins, tous Jacobins » refusent de partager  le pouvoir économique, politique et judiciaire. De cette manière, « Ils montrent leurs inaptitudes à incarner la démocratie participative, qui reste formelle en ne produisant qu’une aristocratie d’élus insoucieux du peuple ». [Michel Onfray, Editions Observatoires et Flammarion, 2017]. De même, ils ne sont pas sensibles à la revendication du peuple qui manifeste ses droits à la formation, à l’emploi, à l’éducation, à l’accès aux soins, à l’eau potable et à la reconnaissance sociale dans les institutions. Le pouvoir en place est insoucieux de sa jeunesse dans d’une plus large mesure, du peuple, en montrant son incapacité à incarner la démocratie et le partage du pouvoir : notamment exécutif, législatif et judicaire. Ces bureaucrates qui font la loi dans les bureaux, loin du réel et du terrain ne font rien pour la  jeunesse. Ils n’ont aucun discours qui relève de la vérité. Pour autant, cette génération veut une vraie alternative pour son futur et celui de ses enfants. Les politiques ont manqué à jouer pleinement leur rôle en s’interrogeant sur leur ancrage et leur maintien au pouvoir. C’est ainsi que les propos de Barack  Obama ont une résonnance particulière en notant que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais de fortes institutions. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la progression des droits de l’homme pour tous les peuples ». [Extrait du Discours au Ghana, 2009]. Pour cela, il faut inclure les jeunes diplômés dans les institutions et il faut qu’ils puissent participer à la prise de décisions politiques, économiques et sociale, c’est-à-dire participer aux affaires de la cité. Mais ces vieux politicards préfèrent confisquer le pouvoir et les ressources du pays, en privatisant  toute perspective de projet de développement social. Ils militent constamment en faveur de leurs postes respectifs et de leurs intérêts personnel dans la promotion de la politique de clan, de  clientélisme et de favoritisme qui prend en otage et marginalise le reste de la population.

Heureusement des « politiques de partage » existent mais ne demeurent pas suffisantes en Mauritanie, a priori, dans l’inconscient collectif des professionnels de la politique, disons-le clairement,  car on peut ne pas vouloir trancher entre la peste et le choléra. C’est-à-dire entre  les politiques de favoritisme et de clientélisme qui prennent de l’ampleur, dans la mesure où les différents types de concours et l’accès aux postes de haute responsabilité sont discriminants et inégalitaires envers  certains types de population.

Le père de la nation Mauritanienne, Moktar Ould Daddah martèle : « la Mauritanie de demain sera ce qu’en fera sa jeunesse d’aujourd’hui ». Dans  notre sens, aujourd’hui la jeunesse mauritanienne fait preuve de courage pour affronter des épreuves de tout ordre politique ou autre. La jeunesse mauritanienne refuse de se livrer au hasard des impressions, des violences, des agressions en répondant par des sourires que prodigue la vie quotidienne. Elle continue son chemin pour aller à l’idéal, pour comprendre le réel, pour agir et se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense est réservée à son effort de lutte contre les inégalités  de traitement, contre l’esclavage et ses séquelles, contre les discriminations ethniques et des violences policières. Elle propose le changement pour ne pas dire la révolution pacifique. Cette jeunesse aspire à vivre humainement pour concrétiser ses ambitions d’avenir et construire une société harmonieuse basée sur les valeurs d’égalité, de liberté et de droit. Elle veut être responsabilisée pour ne pas subir des formules creuses et des discours anti-démocratiques, vides de sens qui n’ont aucun fondement de vérité.

Pour autant, elle est courageuse avec une volonté d’amorcer les débats politiques pour l’inclusion des sans voix et des personnes opprimées. Elle s’approprie les espaces pour manifester sa colère, refuse de se figer par les agressions et les violences policières mortifères, dont personne ne se reconnait. Les périodes de xénophobie, de négrophobie, de discriminations sectorielles dans certains quartiers, le racisme institutionnel auxquels s’ajoute l’esclavage, l’injustice…  Il existe une façon d’éradiquer, en tout cas de lutter ou de réduire les pratiques d’exclusions et les actes homophobes de haut niveau. Certaines élites politiques prennent en otage la majorité de la population en la marginalisant et en la stigmatisant. Le pouvoir exécutif confisque  toute idée de développement économique du pays et refuse toute action qui contribue à la lutte contre les discriminations institutionnelles et les inégalités sociales qui y sont associées.

Que faire… ?

Pour que la démocratie trouve pleinement son sens en Mauritanie : nous proposons de lutter contre les politiques de la bureaucratie, les pratiques de racisme, les séquelles de l’esclavage et de discriminations qui en découlent et qui  prennent une place grandissante et croissante. Nous proposons du dialogue politique avec une vraie valeur ajoutée qui contribue à la vie démocratique. Il faut aussi des assises avec les associations endogènes, des défenseurs de droit, des instances judiciaires et des personnes de bonne volonté pour corriger les carences habituelles de la part des politiques en place. Il faut prévenir toute forme d’intimidation et avoir le goût d’agir ensemble dans une perspective de promotion de l’égalité entre les citoyens. Il faut  démocratiser l’égalité entre les hommes et les femmes pour  construire une politique régionale, locale et nationale qui ne produisent pas les stéréotypes et les discriminations raciales. Nous savons que l’esclavage et ses séquelles sont des pratiques courantes en Mauritanie, donc nous proposons de mettre fin à cette barbarie réelle en dépit de son interdiction formelle.  Nous suggérons de respecter l’expression de la dignité humaine, de sortir du déni. Il faut labéliser les institutions pour veiller et mesurer l’égalité entre les citoyens. De même, renforcer  les lois visant à lutter contre l’esclavage. Mettre en place des programmes de sensibilisation et de prévention  des actes discriminatoires et d’esclavagisme. Pour cela, nous proposons une autre pratique politique et une conception nouvelle des politiques qui aujourd’hui amplifient ces fléaux. Nous proposons d’enlever le voile sur ce qui est publiquement connu en Mauritanie et faire de bonnes actions pour parvenir à contrecarrer ces fléaux. Il faut respecter le droit de la non-discrimination, les articles de loi, les accords, les chartes et les directives, les traités de l’Union Européenne relative à l’Egalité entre les Citoyens et la lutte contre les discriminations.

Les phénomènes d’esclavagisme sont avérés par les organismes nationaux dont l’organisation anti-esclavagiste IRA Mauritanie (Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste) qui se revendique comme première instance en Mauritanie dans la lutte contre toutes les formes d’esclavage moderne. Cette dernière intervient, sensibilise et conscientise tant bien que mal, la jeunesse mauritanienne à travers les actions des militants et les déplacements de leur président à l’international. Le mérite en revient à ces derniers.  De même, l’association IRA, en effet, est considérée comme le précurseur en matière de lutte contre les pratiques esclavagistes dans les familles et au sein des institutions mauritaniennes. Cependant, la question qui se pose, est de savoir si la jeunesse mauritanienne à travers sa diversité ethnique, culturelle et linguistique est en mesure de lutter contre toutes les formes des discriminations et d’esclavages, remettant en cause le droit mauritanien. Nous sommes convaincu que cette jeunesse incarne le renouveau et le sens de la volonté fortement musclée ces derniers temps. Elle est prête pour dénoncer toutes les pratiques néfastes, les fléaux et les carences nuisibles au développement des institutions et du pays. Elle a le goût de prendre des engagements, des initiatives et d’émettre des propositions d’actions concrètes en matière de manifestations légitimes à travers l’envie de revendiquer ses droits, de liberté, d’égalité et de fraternité.

 
 
Abdoulaye SY
Université Lyon II

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