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Youssouf SYLLA

Entretien avec Youssouf SYLLA chargé de communication et de Abbass DIAGANA secrétaire général du mouvement « ne touche pas à ma nationalité »

Dans quel contexte est né le mouvement « Touche Pas à Ma Nationalité » ?

Youssouf SYLLA: En fait, Touche Pas à Ma Nationalité », ce mouvement est né dans un contexte très particulier. C’est-à-dire, au départ c’est des mouvements qui s’étaient réunis avec des associations dans le but de faire valoir les langues nationales, ici de manière à ce qu’on puisse les instituer à l’école. Voila, et juste au moment où les gens devaient faire leur premier sortie, il y a eu le problème de recensement et du coup, on a dit pourquoi pas faire une sortie déjà par rapport à cela et c’est de là qu’est né pratiquement le nom du mouvement Touche pas à ma nationalité. Donc, ya eu des sit-in qui ont été organisés devant les centres de recensements. Au départ, c’était des sit-in sur sit-in et quand on a eu suffisamment du monde, on a décidé de faire une marche, et c’est de là où tout est parti. C’est à peu prés le contexte dans le quel est né TPMN.

Quel est votre bilan et comment le qualifié ?

Youssouf SYLLA : Le bilan est positif.

Positif dans quel sens ?

Youssouf SYLLA : Ne se reste que par rapport au dialogue, on a été invité (et je sais que vous viendrez à la question). Voila donc si trois ans bientôt quatre ans après, on est invité pour participer à un début de dialogue, en fait ça vaut dire quelque part qu’ils reconnaissent notre exigence et notre existence et ils reconnaissent qu’on a eu quelque part un impact sur la vie sociale, économique et politique du pays. Autre bilan, on a permis à beaucoup de mauritaniens de pouvoir se recenser. C’est-à-dire qu’après les marches, les mouvements, (ya eu mort d’homme), à Maguama,une ville à l’Est du pays, Lamine MANGUANE est décédé et certains de nos membres ont du fuir la Mauritanie parce qu’ils se sentaient menacer, ya eu des blessés etc. et voilà. D’ailleurs beaucoup de mauritaniens, d’ailleurs là où on passe, on croise des mauritaniens certes des negrjo-mauritaniens parce que il ne faut pas se voiler la face, le recensement ne visait que les negro-mauritaniens et donc ils nous disent quand ils voient un élément de TPMN, ils nous disent vraiment merci et grâce à vous on a pu nous recenser. Quand bien même, en fait qu’il y ait toujours des problèmes au niveau des recensements parce que ce n’est pas terminé, y a des mauritaniens qui ne sont pas encore recensés mais je pense qu’il y a eu un certain impact sur la façon dont même le système mauritanien, le gouvernement voyait leur politique par rapport à la façon de gérer, si vous voulez, le pays. Ils réfléchissent deux fois avant maintenant de prendre certaines décisions parce qu’ils savent qu’il y a des gens qui sont là qui sont prêts à sortir dés lors qu’ils verront ou qu’ils constateront des matières qu’il ya à sortir. Donc le bilan, je dirais qu’il est positif d’autant plus que nous encore, nous faisons cela par bénévolat. Nous n’avons pas à notre disposition des moyens financiers nous permettant de pouvoir l’élargir à grande échelle. Mais je pense que le bilan est quelque part positif.

Quelque temps après, y a eu des problèmes au sein du mouvement. Par la suite, y a eu un deuxième mouvement quand est-il alors ?

Youssouf SYLLA : Bon dans tous les mouvements, dans l’histoire de tout mouvement parti politique, des associations, y a toujours eu des problèmes. Ça c’est claire ! je pense que, s’il y a eu TPMN un et TPMN deux, en 2015, il ne reste plus qu’un seul mouvement touche pas à ma nationalité et je ne voudrai pas entrer dans les détails parce que ça ne ferra que peut être mettre encore le couteau dans la plaie ( si vous voulez) ou je ne sais quoi, y a un seul mouvement et dans tous les mouvements, si vous voyez autour de vous, y a eu des problèmes, y a eu des tensions et les gens finissent toujours par se retrouver. De toute façon c’est le même combat. Le problème de un ou deux, on a laissé derrière nous. Donc, ce n’est plus d’actualité.

Et oui ! Le premier ministre mauritanien, Yahya ould Hademine a présidé le coup d’envoi des « rencontres consultatives préliminaires au dialogue national inclusif ». Quelle est la portée du dialogue entre le gouvernement, l’opposition, les partis politiques et la société civile ?

Youssouf SYLLA : Bon on ne peut pas parler de portée. Ce mot « portée » d’ailleurs ça vient de vous. Et nous, on ne parlera pas en terme de portée parce que c’est un non événement, c’est un non événement, quand on suit la télévision nationale, on voit des gens qui parlent de dialogue qui disent que les gens sont là, tout le monde est là, la société civile est là etc.… ça c’est ce qu’ils disent. Nous par exemple nous touche pas à ma nationalité, nous n’avons pas voulu participer à ce dialogue, parce que pour pouvoir dialoguer, tout le monde, les politiciens, les partis politiques, les responsables de mouvements etc.… soient présents et d’ailleurs au moment où je vous parle, y a un leader important de l’IRA, Birame Dah Ould Abeid qui est emprisonné, le prix Nobel qui est emprisonné et y a bien d’autres personnes. D’ailleurs la majorité des opposants ou mouvements d’oppositions ont boycotté ces journées de dialogue. Et pour qu’il y ait vraiment dialogue, dialogue et parler de dialogue c’est pourquoi ? C’est pour soulever les problèmes de la Mauritanie, soulever les problèmes socioéconomiques, culturels etc.… de la Mauritanie.

 Et Birame Dah Ould Abeid, il est en ce moment emprisonné pourquoi ?

Youssouf SYLLA : Parce qu’il défend quelque part l’esclavage, il lutte contre l’esclavage, il a été emprisonné ne se reste que pour cela, parce qu’il défend ses idées et donc normalement il aurait du pour qu’il y ait vraiment sincérité au niveau du gouvernement en place, il aurait fallu déjà qu’il mette en place un climat de manière à ce que tout le monde puisse se retrouver, de manière à ce qu’on puisse discuter vraiment de dialogue. Voila, nous pensons que cela est une mascarade et donc c’est de la poudre aux yeux mais les avertis savent ce qui se passe exactement. D’ailleurs moi je dirais qu’il ne s’agit même pas de dialogue. Il s’agit peut être ou semble-t-il de préparer les élections des élections à lui, de trouver une parade de manière à ce qu’il puisse peut être même de briguer un troisième mandat, voila !

Et pour ce qui concerne la libération de certains détenus comme Birame Dah Ould Abeid, Djiby Sow et autres, êtes pour ou contre ?

Youssouf SYLLA : Birame Dah Ould Abeid, il a été emprisonné pour une cause noble, la lutte contre l’esclavage quand même, nous sommes en 2015, au XXIe siècle, c’est vraiment aberrant qu’on se rende compte, encore en Mauritanie qu’il existe ces genres de choses, l’esclavage. Ça nous fait penser à Kounta Kinté. Ça c’est passé, c’est révolue et être en prison parce qu’on lutte contre l’esclavage, quand même ! Voila c’est ce qu’il montre d’ailleurs qu’ils ne sont pas de bonne foi. Voila y a ce qu’ils disent, ce qu’ils font et y a la réalité du terrain.

Allez-vous participer au dialogue ou répondre à l’invitation dont vous parlez tout à l’heure ?

Youssouf SYLLA : Comme je vous ai dit il s’agit qu’on soit invité, on a été invité ou qu’on nous invite pour le dialogue c’est de la mascarade et participer au dialogue c’est quelque part l’légitimé le pouvoir en place et légitimé à long terme les prochaines élections voila ! Je ne dirais pas qu’il agit comme de Laurent GABAGBO mais en ce moment il tourne, il essaye de rouler tout le monde dans la farine voila ! Y a une idée derrière. Et on sait c’est quoi ? C’est les élections, c’est tout. Ce qui l’intéresse c’est les élections et son troisième mandat. A part ça les problèmes sociaux, les problèmes économiques, ça ne l’intéresse pas pour le moment.

Tout récemment, on a refusé de reconnaitre les FLAM comme parti politique. Qu’est ce que vous en pensez ? Pour la création de FPC.

Youssouf SYLLA : Comme je vous l’ai dit derrière c’est de la comédie, c’est de la mascarade. C’est-à-dire ils ont permis à ce que ces gens reviennent donc on s’attendait à ce que le climat soit apaisé, à ce qu’il y ait véritablement d’ouverture de dialogue entre le gouvernement en place et les FLAM de manière à ce qu’on puisse trouver une solution. Parce que le plus important c’est le dialogue, le plus important c’est la Mauritanie ce n’est pas les individus. Ces gens sont venus, ils ont fonctionné pendant presque une année, ils ont déposé leur dossier de demande de validation, en fait, de leur parti politique. Apres dans la constitution, on stipule qu’après deux mois de fonctionnement s’il n’y a pas eu de remarque, de note spécifiant quelque chose ou que vous avez été rejeté ou pas, ou qu’il manque tel document ou pas, on considère que vous êtes un parti politique. Et c’est au bout d’une année qu’on leur dit qu’ils n’ont pas droit à un parti, à se constituer en parti politique.On se moque de qui ? Et voilà donc c’est une autre forme d’injustice en fait. C’est-à-dire qu’il y a certain parti politique ou groupe auquel on accorde un parti politique et un groupe auquel on refuse un parti politique et là on dira quoi quand on parle de racisme, de favoritisme ? On nous taxe de raciste et encore c’est le cas d’un parti politique negro et voila on a peur c’est tout.

L’Assemblée nationale a adopté un nouveau texte qui concrétise une orientation gouvernementale érigeant l’esclavage en crime contre l’humanité ? Est ce que cela veut dire que les organisations qui luttent contre l’esclavage ont eu gain de cause ?

Youssouf SYLLA : Oui et non parce qu’en fait vous devez comprendre une chose. Les partis en place luttent ou travaillent sur deux front c’est-à-dire ils ont une image à préserver, cette image c’est par rapport à la communauté internationale donc s’ils faillent qu’ils prennent des décisions visant à satisfaire quelque part la communauté internationale pourquoi pas, ils sont prêts à voter des lois qui criminalisent l’esclavage ou d’autres choses. Tout ça c’est des lois, mais dans les faits, on se rend compte que ça continue toujours, voila comme je vous ai dit il y a ce qui s’écrit, des décisions qui se prennent et des réalités du terrain et d’ailleurs normalement si cela avait été le cas et si le travail avait vraiment été effectué, il n’y aurait plus raison à ce qu’il y’ait vraiment ce mouvement là et donc ce n’est pas l’Etat qui serrait entrain de mettre des battons dans les roues à ce mouvement là. C’est la population même qui comprendrait. Voila ! C’est de la comédie. C’est une façon peut être de chercher des fonds ou de s’enrichir mais ce n’est pas le cas. Cette question de l’esclavage existe réellement bel et bien et on sort toujours cas sur youtube et même dans certaines régions vous verrez des cas. C’est fragrant. Bon en fait c’est des choses qui se vivent au quotidien.

Sur les réseaux sociaux et sur la presse national, on parle de mauritaniennes qui étaient amenés à l’Arabie Saoudite pour des travaux domestiques et arrivées sur les lieux elles sont considérés comme des esclaves. Finalement y a eu parmi eux certains personnes qui sont rapatriées, comment est la situation des ces dames ?

Youssouf SYLLA : Nous demandons à ce qu’il y ait une véritable enquête autour de ce trafic (je pèse bien mes mots) parce que apparemment les personnes qui partaient travailler c’est des dames qui partaient travailler en qualité de ménagère, en fait c’est ce qu’il leur avait été dit mais cela n’avait pas été le cas parce que y a eu des témoignages et j’ai suivi une vidéo où une dame disait carrément qu’on lui avait dit qu’elle avait été vendu. Donc normalement nous exigeons qu’il y ait une enquête autour de cela et que les commanditaires, ceux qui auraient organisé justement ce trafic là soient entendus et condamnés au cas où cela s’avérait exacte qu’il y ait eu trafic et non disons des contrats de travail.

Sur la vallée du fleuve, des problèmes liés au fonciers surgissent ces dernières années, a qui la responsabilité ?

Youssouf SYLLA: Cette responsabilité incombe l’Etat, le premier responsable de ce pays c’est l’Etat et c’est l’Etat qui doit prendre des dispositions de manière à ce que les populations puissent vivre en harmonie, en paix. Si l’Etat ne prend pas ces responsabilité et l’Etat même se permet de vendre des terrains à des étrangers de manière à ce qu’il puisse en faire des zone d’agriculture au détriment de la population locale, c’est très grave et pourquoi ils partent dans certaines zones ? On remarque que c’est dans les zones où il n’y a que des négros. Nous disons vraiment que c’est déplorable, l’Etat doit prendre ces responsabilités par rapport à cela pour ne pas rendre les propriétaires de droit des terrains étrangers sur leurs propres terres ce qui serrait aberrant.

Oumar BA

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