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Deux voisins qui se tournent le dos depuis deux décennies. En fait, les relations diplomatiques entre Alger et Rabat sont empoisonnées depuis la Guerre des sables d’octobre 1963. Puis il y a eu des hauts et des bas ponctués en février 1989 par le traité de Marrakech créant l’Union du Maghreb arabe (UMA). L’organisation qui s’est voulue le porte-étendard de cinq pays nord-africains (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye) est presque une coquille vide. Ironie du sort, ce feuilleton géopolitique sera surtout marqué par l’attentat terroriste commis le 24 août 1994 à l’hôtel d’Atlas Asni à Marrakech. Depuis lors, les quelque 1.500 km de frontières terrestres entre les deux pays maghrébins sont fermées sur initiative algérienne. Rabat soupçonna alors fortement une piste algérienne.

L’arrivée au pouvoir en 1999 de l’actuel président algérien Abdelaziz Bouteflika a nourri beaucoup d’espoir. Année justement où Sa Majesté le Roi Mohammed VI accède au trône. Malgré son action diplomatique persistante, Rabat n’a jamais eu de réponse favorable à sa demande de réouverture des frontières, à la réactivation de l’Union du Maghreb, au regroupement économique.

L’Algérie dit attendre des «excuses» pour avoir été «accusée à tort» et entend dissocier de la relation bilatérale le conflit du Sahara. «Inconcevable», rétorque le Maroc et pour qui «son intégrité territoriale est non négociable».

Le statu quo persiste. «Nous ne sommes pas responsables de la fermeture et nous ne ferons rien qui aille dans le sens d’une exacerbation de la tension», soutient auprès de l’AFP un diplomate algérien de haut rang. Fin juillet 2014, un discours royal déplore une situation «étrange» ayant atteint un seuil intolérable pour le «citoyen maghrébin».

Une étude de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Oujda a estimé, en 2007 déjà, les pertes liées à la fermeture des frontières à 6,7 milliards de DH et 32.400 emplois. Et ce, uniquement du côté marocain. Sur le plan régional, le commerce entre les pays du Maghreb ne représente que 3% de leurs échanges globaux. Ce qui en fait la région la moins intégrée au monde.

Entre temps, trafiquants et contrebandiers continuent à tirer profit de cette tension géopolitique. Oujda, la «Strasbourg du Maghreb», a préservé son statut d’axe stratégique: elle relie le Maroc oriental à l’ouest algérien. En 2013, l’Algérie, producteur de pétrole, renforce ses patrouilles et creuse des tranchées contre le trafic de carburant. En réalité, les fournisseurs algériens profiteraient aussi du juteux business. 

Juillet 2014, le Maroc annonce la construction, sur une partie de la frontière, d’une «clôture» équipée de «capteurs électroniques» afin de se «protéger des menaces terroristes». Le risque de «circulation des armes» est l’une des conséquences du chaos  libyen. L’immigration clandestine et ses risques sanitaires, sécuritaires, économiques pèsent aussi. Les Maghrébins les plus convaincus croient pourtant à l’ouverture des frontières. Car on ne modifie pas la géographie.

Source: presse marocaine, leconomiste.com

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