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INTERVIEW. Président de la fondation Esprit de Fès qui chapeaute le Festival des musiques sacrées, Abderrafih Zouiten en est aussi l’âme.

Propos recueillis par MIREILLE DUTEIL, ENVOYÉE SPÉCIALE À FÈS du journal lepoint

Directeur général de l’Office national marocain du tourisme, Abderrafih Zouiten est le patron de ce rendez-vous obligé des mélomanes marocains et étrangers qu’est le Festival des musiques sacrées organisé en juin à Fès, capitale religieuse du Maroc (cette année, depuis le 13 et jusqu’au 21). Un vrai moment de bonheur et de culture qu’il a décidé de partager avec Le Point Afrique.

Le Point Afrique : Le Festival des musiques sacrées fête ses vingt ans. La soirée de gala, le vendredi 13, moment phare de la semaine, a montré une certaine évolution dans l’esprit du festival. Que voulez-vous en faire ?

Abderrafih Zouiten : Nous souhaitons qu’il ne soit pas un festival trop élitiste. Nous voulons le faire évoluer pour le rendre accessible à un plus large public.

Ne prenez-vous pas le risque de le banaliser ? Le Festival des musiques sacrées est le seul parmi les nombreux festivals marocains qui se veut un grand moment culturel et spirituel et permet d’écouter des grandes voix du monde entier.

Il n’est pas question d’abandonner le côté rencontre des cultures du monde à travers la musique. Les grandes voix seront toujours présentes. Cette année, pour la première fois, le Festival des musiques sacrées du monde a reçu le ténor Roberto Alagna. Accompagné de l’orchestre des trois frères palestiniens le Khoury Project, il a composé des airs spécialement pour le festival, voulant rendre hommage à travers ses chants à toutes les cultures de la Méditerranée. Mais mon souci est que la fondation Esprit de Fès et le Festival des musiques sacrées appartiennent aux Fassis.

Comment se répartit le public des Musiques sacrées ?

Nous avons en moyenne 100 000 festivaliers chaque année, 40 % sont Marocains, 40 % Français et 20 % de nationalités diverses. Il faut noter que plus de la moitié d’entre eux sont déjà venus, au moins une fois, au festival. C’est un public de fidèles, Marocains et étrangers, qui assistent aussi bien aux concerts qu’aux forums de discussion en matinée.

L’Afrique est à l’honneur cette année ?

Bien sûr, en particulier à travers la culture soufie, toujours présente au festival. Chaque année, nous avons une nuit soufie avec de grands orchestres. À Fès, les Soufis sont chez eux, la ville abrite le tombeau du fondateur de la Tidjania et beaucoup de Tidjanes y viennent en pèlerinage. Ils sont 300 millions à travers le monde et une majorité d’entre eux vivent dans les pays du Sahel. D’ailleurs, Royal Air Maroc envisage d’ouvrir une ligne aérienne directe entre Fès et Dakar pour faciliter les échanges entre nos pays. Moi-même, j’ai eu un grand-père qui, dans les années 1920, était professeur à l’université de la Karaouine (mosquée de Fès et grand centre d’enseignement de l’islam sunnite) et qui, en 1925, a rejoint Dakar en bateau pour y enseigner pendant deux ans. Ces liens forgés à travers la Tidjania expliquent l’attachement montré par les Maliens envers le roi Mohammed VI lorsqu’il est allé en visite officielle à Bamako à deux reprises ces derniers mois. Cet islam de tolérance et ce mélange des cultures est le soubassement du Festival de Fès, qui veut mettre l’humain au coeur des préoccupations.

Comment prolonger l’esprit de Fès au-delà du Festival des musiques sacrées du monde ?

Nous pensons à organiser d’autres festivals dans le cadre de la fondation Esprit de Fès. Il va y avoir un festival des arts culinaires – la cuisine fassie est LA grande cuisine du Maroc -, un festival de l’artisanat, un festival de la musique andalouse avec les autres pays du Maghreb (Algérie et Tunisie) et un festival de musique qui va viser plus spécialement les jeunes. On vient aussi de créer un grand prix de la fondation Esprit de Fès qui va distinguer une personnalité qui a oeuvré pour faire avancer le dialogue des cultures. Le jury sera composé de personnalités du monde entier et le premier prix sera remis dès 2015.

La culture doit donc devenir le premier outil de développement de la ville de Fès ?

Absolument. Un excès de culture n’a jamais fait de mal ; le manque de culture, si. C’est la nouvelle politique marocaine. La culture est vue comme un instrument d’épanouissement de la population et de développement économique (augmentation du nombre des touristes nationaux et étrangers, réhabilitation de monuments historiques, de médinas, de maisons pour accroître l’offre de logements chez l’habitant…). Le Maroc ne doit plus seulement être le pays où les touristes vont à la plage, mais celui où ils choisissent aussi de passer des vacances culturelles. Rabat va jouer un rôle phare dans cette nouvelle stratégie. On va y créer cinq musées (arts contemporains, danse…) dans les cinq ans, deux seront réhabilités et trois vont être construits, dont l’un par l’architecte irako-britannique Zakia Hadid.

Quel est le montant de ce projet ?

Un milliard de dollars. Un fonds, financé par des capitaux arabes, a été créé à cette fin. Rabat est classé depuis 2003 par l’Unesco parmi les villes appartenant au patrimoine mondial de l’humanité, elle veut maintenant devenir une des grandes capitales culturelles du monde. Et on devra pouvoir y accéder directement par les airs à partir de Bruxelles, Londres, Rome…

VIDEO: Festival de Fes des musiques sacrées du monde

Sources: lepoint

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