1015174_615406261817489_1886674339_oOú se situe la Libye ?

Géographiquement, la Libye se situe en Afrique du Nord. Elle est limitée á l´Ouest par la Tunisie et l´Algérie, au Sud par le Niger et le Tchad et á l´Est par l´Egypte et le Soudan. La Libye est un immense territoire (1.757.000km2). Elle est trois fois plus grande que la France mais moins peuplée (6 millions d´habitants). Le pays compte 4.348 kilométres de frontiéres terrestres et 1170 kilométres de côtes ouvertes sur la Méditerranée. Cette situation géopolitique et géostratégique entre la Méditerranée et l´Afrique Saharo-Sahélienne fait la Libye un carrefour stratégique: commerce international, passage de l´émigration vers l´Europe.

Le potentiel économique de la Libye

La Libye est l´un des pays les plus riches d´Afrique. Elle regorge des ressources énergétiques et miniéres considérables qui attirent toutes les convoitises. L´économie de la Libye repose essentiellement sur l´exploitation pétroliére avec plus de 1,8 millions de barils par jour.

Membre de l´organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), les réserves pétroliéres de la Libye sont évaluées á 42 milliards de barils. L´or noir représente plus de 95% des exportations et 75% du budget de l´Etat. Le revenu par habitant est de 8000 euros par habitant. La Libye est le pays le plus riche d´Afrique du Nord en terme de revenu par habitant.

La richesse provenant du pétrole est-elle une malédiction pour la Libye ? Pourquoi cette malédiction ne guette pas l´Arabie Saoudite, le Koweit, les Emirats arabes unis ou le Quatar ? Pourtant ces pays sont cachés sous une avalanche de richesses.

L´arrivée au pouvoir du colonel Kadhafi

Historiquement c´est en 1969 que Mouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir par la « Révolution Blanche » qui a pu renverser le roi Idriss 1er, qui effectuait un voyage en Turquie pour des raisons de santé. Âgé juste de 27 ans, Kadhafi s´autoprogramma Colonel dés sa prise de pouvoir en prônant un socialisme d´Etat basé sur la nationalisation des sociétés d´Etat. Dans son manifeste « du livre vert » qu´il avait publié en 1970, le jeune Colonel détaille sa vision propre du monde : création d´un Etat révolutionnaire oú le peuple était son propre chef et oú aucun pouvoir parlementaire, ni exécutif n´étaient nécessaires. La Libye devînt de telle sorte un Etat policier oú toute activité politique est interdite et sévérement réprimée.

Le style de vie de Kadhafi ainsi que ses tenues traditionnelles et sa façon fantasque d´exercer le pouvoir en Libye apparaissent incongrus et imprévisibles tant les Arabes que pour les occidentaux.

Depuis lors, Mouammar Kadhafi dirigea la Libye sans partage pendant 42 ans et il devenait ainsi le plus ancien des dictateurs arabes s´accrochant au pouvoir. Il se surnomme lui-même le « Guide de la révolution Libyenne». Après plusieurs tentatives de vouloir prôner le panarabisme mais en vain, Mouammar Kadhafi proposait en 1990 la formation d´Etats-Unis d´Afrique qui servira de base á la création future de l´Union africaine.

La Libye sous l´ére Kadhafi avant l´intervention de la communauté internationale  

La Libye sous la direction de Kadhafi était un havre de paix où les citoyens bénéficiaient du sytéme social avantageux instauré par le Guide révolutionnaire : L´électricité et l´eau á usage domestique étaient gratuites, les banques Libyennes accordaient des prêts sans intérêts, les citoyens n´ont pas d´impôts á payer, la TVA n´existait pas et chaque famille libyenne sur présentation du livret de famille recevait une aide de 300 euros par mois.

Au niveau continental, le Guide libyen avait ingénieusement tout planifié : monnaie propre, fonds monétaire africain, banque centrale africain, télécommunication, transports, Etats-Unis d´Afrique. L´union européenne, les Etats-Unis, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale étaient hostiles á toutes ces institutions d´un leadeur panafricain.

Dans mon livre intitulé « Les effets de la mondialisation sur le développement économique des pays de l´Afrique Subsaharienne » oú j´avais cité le sociologue Libyen Mahdi Darius Nazemroaya du centre de recherche de la mondialisation de Montréal, ce dernier affirmait que Kadhafi oeuvrait pour la création des Etats-Unis d´Afrique et avait l´intention de dissoudre la plupart des corps administratifs gouvernementaux pour instituer un programme de redistribution de la richesse, oú les recettes pétroliéres seraient mensuellement distribuées aux citoyens qui les administreraient personnellement en coopération avec les comités locaux.

L´intervention militaire de la communauté internationale en Libye

La chute de certains régimes autoritaires comme en Tunisie, en Egypte et le changement de Président au Yémen est une prise de conscience absolue dans le monde arabe. Le « Printemps arabe » qui a emporté les Présidents Husni Moubarak (30 ans au pouvoir) et Ben Aly (34 ans au pouvoir) devînt une source d´inspiration de certains libyens contre le régime du Colonel Kadhafi (42 ans au pouvoir).

Un soulèvement populaire se profile suivi d´une guerre civile et il fallait une intervention militaire internationale contre les forces gouvernementales libyennes accusées d´avoir attaqué leur propre population.

C´est dans cette logique que le Conseil de sécurité des Nations-Unies (ONU) a décidé de voter le 17 mars 2011 une résolution No 1973 pour protéger les populations et les zones civiles menacées d´attaque en Jamahiriya arabe libyenne y compris Benghazi. Le régime de Kadhafi est accusé par la communauté internationale de violations graves des droits de l´homme. Sur les quinze membres du Conseil de sécurité, dix avaient approuvés le projet de résolution franco-britannique et cinq se sont abstenus: Allemagne, Brésil, Russie, Chine et Inde.

Du point de vue du droit international cette intervention de la communauté internationale est légitime dans la mesure oú la Libye est un Etat membre de l´ONU qui a ratifié la Charte constitutive de l´organisation des Nations-Unies. Par contre lá oú l´intervention viole le droit international c´est quand elle était appuyée par les pays de l´OTAN. Ces derniers ont pris une position partisane pour chasser le Colonel Kadhafi du pouvoir.

Les moyens aériens et navals les plus sophistiqués des nations puissantes du monde ont été mobilisés pour soutenir les rebelles libyens alors que selon les principes de l´ONU les missions d´interventions sont menées par des armées nationales sous couvert de l´organisation sans prendre une quelconque position partisane (neutralité et impartialité).

Or, l´intervention des pays membres de l´OTAN en Libye était loin d´être impartiale et neutre. La Libye a été bombardée sous la conduite des forces françaises avec l´appui des Etats-Unis, du Canada, de la Grande-Bretagne, de la Turquie, du Danemark et les pays du Golf (Emirats arabes unis, Quatar, Arabie Saoudite) sans consulter l´Union africaine dont Kadhafi était l´un des principaux artisans de la transformation de l´Organisation panafricaine encore moins les autorités libyennes de l´époque.

Après plusieurs semaines de combats intensifs, Kadhafi a été tué humilié par ses propres fréres musulmans le 20 octobre 2011, qui ont traîné son cadavre dans les rues de Misrata avec la complicité des forces armées occidentales et arabes qui étaient aux côtés des rebelles libyens. Certains affirment même que Kadhafi aurait été assassiné par un espion français au compte de Sarkazy (Le quotidien italien Corriere della Sera en date du 29 septembre 2011). Kadhafi n´a même pas eu droit á des obséques officielles ni de la part de ses concitoyens encore moins de l´Union africaine.

Pourtant certains Présidents du monde, en Afrique ou ailleurs, le considéraient, il y a quelques années, comme un « dieu » et ce sont ces mêmes présidents qui l´ont éliminé. « Les Etats n´ont pas d´amis. Ils n´ont que des intérêts », dixit De Gaulle. L´élimination de Kadhafi marque la fin d´une époque et le commencement d´un nouveau chapitre.

La Libye après Kadhafi et la communauté internationale

Certes, Kadhafi était un dictateur mais sa mort a laissé sûrement des séquelles sur toute l´Afrique et la Libye en particulier. Kadhafi est parti mais l´insécurité et la confuse restent dans le Sahel.

Sur le plan de la paix, la chute du régime du Colonel Kadhafi est une onde de choc qui a déstabilisé non seulement l´Afrique mais en l´occurence le Mali. Jacques Hogard, le spécialiste des questions sécuritaires en Afrique n´a pas tort en déclarant que « Les Touaregs qui se battaient aux côtés de Kadhafi sont rentrés dans leur pays d’origine qui est le Mali avec un armement très important et des munitions. Finalement, les rebelles touaregs du Nord-Mali qui réglaient le conflit à l’amiable avec le Président Amadou Toumani Touré, ont pris des décisions qu’ils n’avaient jamais prises auparavant en déclarant l’indépendance de l’Azawad ».

En Libye aussi, les morts se multiplient chaque jour et le pays est sous le joug de la violence. Les milices ne cessent de s´affronter. L´Etat central est entrain de s´effondre et le pays est en partition. Les dépôts de stockage d´hydrocarbures sont incendiés et sabotés. L´aéroport international de Tripoli est bombardé et détruit á 90% et la Libye est coupée du reste du monde. La Libye est au bord du gouffre pour une catastrophe humaine et environnementale aux conséquences difficile á prévoir.

Sur le plan économique, la reconstruction se piétine et le retour des compagnies étrangéres se fait tarder alors que l´économie du pays est largement dépendante des hydrocarbures. La faiblesse des institutions remet aussi en cause tout développement économique.

La communauté internationale avait-elle bien réfléchi en avance aux conséquences que pourrait engendrée la guerre en Libye ? Cette communauté internationale avait-elle bien écouté le Colonel Kadhafi quand il affirmait qu´il faut tenir en compte la très grande hétérogénéité de la population Libyenne ainsi que son fonctionnement tribal fragile pouvant plonger son pays dans un chaos durable ? Kadhafi avait t-il raison vue la situation confuse qui prévaut présentement en Libye ou bien ce chaos est-il la conséquence de sa propre politique menée pendant 42 ans ?

Une chose est sûre la communauté internationale est incapable aujourd´hui de préserver les Libyens du fléau de la violence et de la guerre. Le pays est devenu instable sur tous les plans.

Ironie du sort, cette même communauté internationale qui faisait la sourde oreille á l´époque abandonne aujourd´hui la Libye en fuyant sa responsabilité et en mettant les Libyens devant les faits accomplis.

La France, premier pays avoir intervenu militairement avec l´accord de Sarkozy, demande á ses ressortissants de quitter la Libye. Son ex-président se permet même de donner des conférences á 100.000 euros alors que la paix en Libye est compromise, celui qui séme le vent récolte la tempête. Quant aux Etats-Unis, l´autre allié des européens, ils évacuent leur personnel diplomatique par voie terrestre sous une convoitise aérienne. La Turquie, l´Allemagne, la Grande Bretagne, l´Italie, l´Espagne, les Pays-Bas, le Portugal, la Belgique, le Danemark et le Malte exhortent aussi leurs citoyens á quitter la Libye le plus rapidement possible. L´organisation des Nations-Unies (ONU) qui est censée rétablir l´ordre et la paix mondiale demande son personnel de quitter la Libye pour des raisons de sécurité.

Les nations qui appellent aujourd´hui leurs ressortissants á quitter la Libye sont les maîtres du monde qui avaient participé directement ou indirectement á la chute de Mouammar Kadhafi et qui voulaient aussi instaurer un Etat de droit, libre et démocratique. Ce sont ces mêmes nations qui abandonnent le bourbier Libyen dans les mains des groupes armés ou terroristes qui font la loi de la jungle dans le pays.

Fallait-il tuer Kadhafi comme s´interroge Jean Pic, ancien ministre des affaires étrangéres gabonais et ancien Président de la commission de l´Union africaine dans un article paru dans « le Monde diplomatique »?

L´autre disait « celui qui lutte contre le monstre doit veiller á ne pas le devenir lui-même ? »

Africpost 

 

 

 

 

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