« La République Islamique de Mauritanie est située dans le Nord-Ouest de l’Afrique, entre 15 et 27 degrés de latitude Nord et 5 et 17 degrés de longitude Ouest. Elle compte une population de 3 000 796 habitants et une superficie de 1 030 700 km2. Elle fait partie de l’Union du Maghreb Arabe, de la Ligue Arabe et de l’Union Africaine, avec une côte de 600 km sur l’océan Atlantique. Au nord, elle est limitrophe de l’Algérie et du Sahara Occidental, du Mali à l’est, et du Sénégal au Sud». Les résistances contre la soumission de l’ancienne puissance coloniale se sont manifestées dans toutes les régions africaines occupées. La Mauritanie a accédé à sa souveraineté politique le 28 Novembre 1960. Cette indépendance s’est imposée dans une situation complexe dans laquelle les deux voisins (Maroc et Sénégal) se sont lancés dans une aventure de reconquête des territoires mauritaniens. Ces rivalités inter-étatiques et les ambitions des différents acteurs de la vie politique mauritanienne ont alimenté les premières années de ce jeune État. C’est dans cet ensemble où les intérêts, les ambitions personnelles et communautaires se choquaient que Moctar Ould Daddah, le premier locataire du palais présidentiel centrera sa politique pour faire de la Mauritanie un trait d’Union entre le monde arabe et l’Afrique Noire. Faire de la Mauritanie un pont entre deux mondes différents historiquement, culturellement et politiquement était une manière d’apaiser des rivalités de communautés nationales.

C’est dans ce tourbillon d’idéologies communautaristes soutenu par des tensions internes et externes à la Mauritanie que Ould Daddah institutionnalisera le Parti du Peuple Mauritanien ( PPM) en 1964. Ce parti marquera son hégémonie jusqu’à l’arrivée au pouvoir des militaires le 10 Juillet 1978. Comme tout putsch, un comité a été mis en place. Le Comité Militaire de Redressement National ( C.M.R.N) est le symbole du nouveau pouvoir et un pont entre le peuple et le nouveau homme fort du pays, Mustapha Ould Mohamed Saleh, l’auteur du putsch. Quelques mois après, le C.M.R.N va être remplacé par le Comité Militaire du Salut National (C. M.S.N) par Mohamed Ould Bouceif, arrivé au pouvoir par les armes le 06 Avril 1979. Ce dernier rendra l’âme dans un accident d’avion sans arriver à calmer les tensions internes et à mettre fin aux violents affrontements entre le Maroc et la Mauritanie.

C’est dans ces incertitudes, hésitations et peurs que Mohamed Khouna Ould Haidalla, premier ministre et Président du C.M.S.N, prends des initiatives fortes et s’implique solidement pour traiter les problèmes de la Mauritanie avec courage, force et sincérité. Ces efforts ont conduit « au retrait définitif des troupes mauritaniennes dans la guerre du Sahara et au rétablissement des relations équilibrées entre tous les États de la Sous-région, y compris la reconnaissance de la République Sahraouie Démocratique; la loi sur l’abolition de l’esclavage; la reconnaissance et l’officialisation des langues négro-mauritaniennes aux cotés de l’arabe et du Hassanya et aussi la mise en place des grandes réformes notamment celles des systèmes éducatifs, fonciers et judiciaires2». Bien que ces efforts fussent remarquables, Ould Haidalla devrait faire face aux facteurs internes (tribalisme, régionalisme et les questions géopolitiques) qui secouent le pays depuis l’accession à sa souveraineté politique et à son autonomie territoriale. Soutenu par certains notables arabo-berbères, par le royaume du Maroc, l’ancienne puissance coloniale et les pays du Golf, le 12 Décembre 1984, Maouya Ould Sidi Sid’Ahmed Taya arrive au pouvoir par un coup d’État et met en place une nouvelle ligne politique.

Cette nouvelle gouvernance politique sauve la vie à certains opposants politiques en le libérant des prisons et promet d’instaurer les principes de modernité politique (multipartisme, liberté de la presse, respect des droits humains…) au sein de l’appareil étatique. Ces mesures politiques audacieuses rassurent les organisations des droits humains et la France. C’était trop beau pour être vrai! Quelques années après, les prisons qui étaient vidées seront à nouveau remplies. Cette fois-ci, des noirs uniquement. Voilà! La campagne de dénégrification est lancée. C’est dans cette volonté de vouloir nuire à une composante sociale bien ciblée qu’Ould Taya va ressortir en septembre 1986 un manifeste publié par des intellectuels négro-mauritaniens et arrêtés tous les prétendus auteurs. « Ce document ( le manifeste du Négro-mauritanien opprimé), dénonce d’une manière claire, précise, preuve à l’appui, la politique de discrimination orchestrée par les arabes à l’égard des noirs.

Après la publication de ce manifeste, plus d’une centaine de cadres noirs furent arrêtés, torturés sauvagement, condamnés à mort et jetés en prison » (Cf. Rapport Amnesty International : Mauritanie 1986-1989 : Contexte d’une grise). Le régime arabe et militaire qui était en place jugeant l’épuration incomplète, accusa quelques officiers militaires noirs de préparer un coup d’État. Ainsi, 41 officiers et intellectuels noirs sont arrêtés en octobre 1987, trois officiers militaires exécutés dans la nuit du 6 décembre et 35 condamnés à des travaux forcés dont certains à perpétuités (…). En avril 1989, le régime, profitant d’un conflit frontalier, provoque le peuple sénégalais, ce qui va déboucher sur ce qu’on appelle aujourd’hui les événements de 89 ou le conflit Sénégal – Mauritanie. Ce conflit a été le prétexte du régime de Nouakchott pour massacrer, violer, exproprier et déporter des populations noires innocentes. (Cf. Rapport d’Amnesty International du 2 octobre 1990 ; publications Africa Watch, 1989). C’était un génocide. Un génocide qui visait uniquement des populations noires qui se battaient pour leur dignité et pour leur Nation. Une Nation fracturée par des rivalités et des idéologies nationalistes arabes et nauséabondes.

Cet attachement à la langue arabe puise ses sources dans des réformes éducatives entamées en 1967 et adoptées lors du congrès de 1968 par le gouvernement de Daddah. Ces réformes étaient accompagnées de slogans (la repersonnalisation de l’homme mauritanien, un homme réconcilié avec son histoire) qui continuent de bouillonner la vie politique mauritanienne. C’est cette logique de vouloir s’approcher d’autres Nations arabes et d’exclure les noirs dans les affaires étatiques que Ould Taya avec le soutien des clans tribaux, des États du Golf et de la Libye de Kadhafi axera sa politique éducative sur la valorisation et la promotion de la langue arabe au détriment des langues négro-mauritaniennes en créant l’E.N.S (École Normale Supérieure) et le lycée arabe. C’est dans cette période sombre de notre histoire que cette volonté de promouvoir la langue s’installe définitivement dans nos centres de formations et dans nos écoles. Rappelons quelques années avant, en 1979, le gouvernement de Haidalla augmente le coefficient de l’arabe au secondaire et intègre dans l’enseignement l’instruction Civique et morale. Cette décision politique véhiculée par une circulaire du ministère de l’intérieur provoque l’indignation des défenseurs des langues négro-mauritaniennes et la colère des lycéens noirs qui sont habituellement francophones. Cette colère se termine par une répression sanglante et des arrestations. Jugeant les politiques d’arabisation orchestrés par les gouvernements précédents, Ould Taya se lance à la fin des années quatre-vingt-dix dans une vaste politique d’arabisation.

La réforme de 1999 en est l’exemple le plus pertinent. Cette réforme augmente les coefficients arabes dans l’enseignement et modifie l’enseignement des disciplines littéraires (la philosophie et Histoire-Géographie) qui étaient jusqu’alors dispensées en français, en arabe. Cette nouvelle réforme achève cette longue politique discriminatoire et ce long processus d’arabisation. Elle déclenche une nouvelle fois les mécontentements, l’indignation et la colère des noirs qui revendiquaient que cette réforme soit supprimée et que la justice soit rendue aux victimes des événements sombres qui ont secoué au milieu et à la fin des années quatre-vingt. Cette fois-ci, la répression va être plus sévère et plus sanglante…
Avec l’effondrement du bloc soviétique, les pressions des anciennes puissances coloniales et des grandes puissances économiques (la Banque Mondiale et le FMI), la Mauritanie et un bon nombre de pays africains se lancent dans une vaste campagne de démocratisation de leurs systèmes politiques. C’est dans ce contexte que la Mauritanie va adopter une nouvelle constitution, le 20 juillet 1991 qui intègre certains principes de modernité politique ( le multipartisme politique, la liberté de presse, le respect des droits humains…) dans son fonctionnement.

Estimant que le pays était en danger, des libertés piétinées, les militaires prennent l’initiative de faire chuter le gouvernement le 03 août 2005. Les auteurs de ce coup de force sont issus du BASEP (Bataillon de la Sécurité Présidentielle). Quelques heures après le putsch, le Comité pour la Justice et la Démocratie (CMJD), à sa tête le Colonel Ely Ould Mouhamed Vall, le directeur de la Sûreté Nationale s’engage à mettre en place un gouvernement transitoire de 19 mois qui va aboutir sur l’organisation des élections libres et transparentes sous la supervision des observateurs internationaux, dans lesquelles la neutralité des militaires serait bien respectée. C’est ces élections de 2007 qui ont conduit à l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, civil et ancien ministre de Ould Daddah. Bien que la transition démocratique dirigée par les militaires ait permis l’instauration d’un gouvernement élu par les urnes sans contestation de l’opposition, les militaires dominaient et dirigeaient le pays en sous-main. Malgré des positions sociales et politiques fortes (reconstruction de l’identité nationale, l’abolition de l’esclavage, la résolution de la question du passif humanitaire et notamment les atteintes aux droits humains sous Taya), Ould Cheikh Abdallahi va être renversé le 06 août 2008 par le « Général » Mohamed Ould Abdel Aziz, chef de la sécurité présidentielle. Une fois encore, le droit de la force remplace la force du droit. Dans ses travaux sur la typologie des coups d’État, Moustapha Benchename énumère cinq types de coup d’État : Le coup d’État comprador, le coup d’État comme la lutte de classes exacerbées, le coup d’État sur le rythme de révolution et le coup d’État comme cause de transition bloquée. Si cette classification reste encore pertinente dans l’analyse de conquête violente du pouvoir, un nouveau type de coup fait son apparition : Un coup d’État contre un Président élu démocratiquement avec transparence et sous la supervision des organisations internationales. Ce coup de force militaire contre Ould Cheikh Abdallahi crée une forte indignation, des oppositions et une crise institutionnelle insoutenable. Une crise institutionnelle qui opposait les militaires et les partis de l’opposition démocratique qui voulaient préserver les acquis démocratiques de 2007 pour éviter une guerre civile. Après des mois de bras de fer entre les deux camps, la médiation de l’Union africaine soutenue par le groupe de contact et l’Union européenne réussit à apaiser les tensions et à organiser une élection en 2009 qui sera remportée par Ould Abdel Aziz. Bien que ses élections soient validées par la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) et les superviseurs étrangers, des contestations de l’opposition politique mauritanienne vont secouer le pays pendant des mois.

KIDE Baba Gallé

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