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Les citoyens européens vont élire les 22 et 25 mai 2014 leurs représentants au Parlement européen qui sera composé de 751 députés (conformément á une résolution parlementaire en date du 13 mars 2013) issus des 28 pays membres de l´Union européenne. Le scrutin se déroulera dans le respect des traditions constitutionnelles des Etats membres. Par exemple en France on vote dans le cadre d´un scrutin á huit circonscriptions interrégionales tandis qu´au Royaume-Uni, les électeurs votent dans le cadre d´un scrutin uninominal majoritaire á un tour. En Allemagne, les députés européens sont élus dans une circonscription électorale unique, contrairement á la plupart des autres pays européens qui ont créé des circonscriptions plus petites.

Depuis 1979, les députés qui siègent au Parlement européen sont élus au suffrage universel direct pour une durée de 5 ans. La répartition des sièges dépend par ordre d´importance démographique des Etats membres. Les Etats les plus peuplés : Allemagne, France, Italie et le Royaume-Uni auront le plus grand nombre de députés. Le traité de Lisbonne, entré en vigueur depuis le 1er janvier 2009 après la ratification de tous les Etats membres, prévoit que la représentation des Etats est assurée de façon dégressivement proportionnelle avec un seuil minimum de 6 sièges par Etat et un maximum de 96 sièges. Ainsi, l´Allemagne aura 96 députés, la France 74 députés, l´Italie 73 députés et le Royaume-Uni 73 députés. Les autres pays membres partageront le reste des sièges en fonction de leur poids démographique.

Le Parlement européen et les citoyens des Etats membres

Pour une union plus démocratique et plus transparente, le traité de Lisbonne, a renforcé le pouvoir du Parlement européen qui était essentiellement un organe de consultation. C´est la seule institution dont les membres sont élus au suffrage universel direct mais aussi dont les pouvoirs se sont étendus de maniére continue au fil des différents traités (Traité CECA en 1951, l´Acte Unique européen de 1987, le traité de Maastricht de 1992, le traité d´Amsterdam de 1997, le traité de Nice de 2001 et le traité de Lisbonne de 2009). Le Parlement européen assure un lien direct entre les citoyens européens et les institutions communautaires. Le fonctionnement de l´Union européenne repose sur une démocratie représentative á travers le Parlement (Article 10 du Traité sur le fonctionnement de l´Union européenne, TFUE). Contrairement á d´autres institutions de l´Union européenne, la Commission par exemple, le Parlement jouit d´une légitimité démocratique directe, d´une indépendance absolue et d´un accès institutionnel á l´opinion publique par l´intermédiaire des partis qui le composent.

Particularité du scrutin

Une menace déferlante eurosceptique pèse sur le scrutin. Le populisme et l´europhobie prennent une grande ampleur pour la manipulation des citoyens européens. Les partis d´extrême droite prônent des discours europhobes et anti-immigrés en multipliant des alliances : Les représentants du Front national français (FNF), de la Ligue du Nord (Italie), des démocrates suédois, du Vlaams Belang (Belgique), du Parti national-démocratique d´Allemagne (NPD) misent sur une alliance au lendemain des élections européennes du 25 mai. Il est communément prédit que ces partis d´extrême droite pourraient arriver dans le peloton de tête du scrutin en France (FN) et au Royaume-Uni (UKIP), ou recueillir un grand nombre de voix en Autriche (FPÖ), en Gréce (Aube dorée), en Italie (Ligue du Nord), en Finlande (Vrais Finlandais) et aux Pays-Bas (PVV).

Les raisons de la montée en puissance des extrémismes ou populismes dans bon nombre de pays européens s´expliquent par le rejet de l´immigration qui constitue comme une menace sur l´identité nationale et les valeurs européennes. D´autres facteurs s´expliquent aussi par la situation économique difficile que traversent les pays européens (mesures d´austérité qui font régresser les conditions de vie, la remise en cause des systémes de retraite et de santé et le chômage en masse). C´est ce que l´extrême droite a bien compris pour mobiliser les masses populaires en instaurant la peur et l´angoisse: peur des immigrés, peur de la criminalité, peur de l´islam, peur de l´euro, peur des européens de l´Est, peur du multiculturalisme, peur de la diversité. Les différents discours se focalisent sur l´incapacité des politiciens traditionnels d´apporter des réponses concrétes aux problémes économiques et sociaux que traversent l´Europe depuis la crise de 2008.

L´autre particularité des élections européennes des 22 – 25 mai 2014 est que pour la premiére fois dans l´histoire, le résultat du scrutin aura une influence sur le choix du Président de la Commission européenne. Traditionnellement, ce sont les chefs d´Etats et de gouvernement qui le nomment. Dorénavant, le Parlement européen aura aussi son mot á dire. Le traité de Lisbonne consacre au Président de la Commission un article spécifique codifiant le rôle qu´il joue dans la désignation des autres membres du Collége. Le traité précise que le Conseil européen tient compte des élections au Parlement européen lorsqu´il propose au Parlement le candidat au poste de président de la Commission. Ce dernier devait donc en principe appartenir á la couleur de la majorité du Parlement. Son rôle éminemment politique est ainsi reconnu. Le traité de Lisbonne modifie ainsi le mode de désignation du président de la Commission tout en renforçant le poids du Parlement européen dans le processus.

Qui sont les candidats á la présidence de la Commission européenne ?

Six candidats issus de différents partis politiques sont en lice pour remplacer le portugais José Manuel Barroso (en poste depuis 2004) á la présidence de la Commission européenne. Il s´agit de Martin Schulz, actuel président allemand du Parlement européen, pour le Parti socialiste européen (PSE); le grecque Alexis Tsipras, leader du mouvement Syriza, pour le Parti de la gauche européenne; le Français José Bové et l’Allemande Ska Keller pour Europe Ecologie les Verts; le Belge Guy Verhofstadt pour l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), ancien Président de l’Eurogroupe et le conservateur Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pour le parti populaire européen (PPE).

Le Parlement européen est dominé actuellement par trois groupes politiques : Les partis populaires européens qui regroupent 70 formations politiques nationaux de tendance conservatrice ou démocrate-chrétienne (PPE), le parti socialiste européen (PSE) et l´alliance des libéraux et des démocrates pour l´Europe (ALDE). Depuis 1999, les conservateurs constituent le plus grand groupe parlementaire au Parlement européen avec notamment de hautes personnalités á la tête de certaines institutions : José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne et Herman van Rompuy, Président du Conseil européen.  Il faut toutefois rappeler que les partis d´extrême droite n´appartiennent á aucune fraction politique européenne. Selon le règlement juridique et politique du Parlement européen, il faut absolument un minimum de 25 députés en provenance d´un quart des Etats membres (7 pays au moins) pour pouvoir former un groupe parlementaire. Cette règlementation pourrait éventuellement entraver la chance des eurosceptiques á siéger collectivement dans l´hémicycle Strasbourgeois.

 L´extrême droite et la Convention européenne des droits de l´homme

L´extrême droite encourage l´intolérance, la xénophobie ou le racisme. Les principales cibles sont les immigrés, les minorités nationales ou religieuses ou des groupes sociaux marginaux. Juridiquement, ces partis portent atteinte á la Convention européenne des droits de l´homme á son article 14 qui garantit la jouissance des droits et libertés sans aucune distinction, fondée notamment sur le sexe, la race, la langue, la religion, les opinions politiques, l´origine nationale ou sociale, l´appartenance á une minorité nationale. Or, les pays comme la France, l´Allemagne, l´Hongrie, la Suéde, la Belgique, l´Autriche, la Gréce, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, oú se propage l´extrême droite, ont tous ratifié les principaux instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l´homme. Paradoxalement, au nom de la défense et de la liberté d´opinion et d´expression, il est difficile voir impossible de prohiber les partis d´extrême droite en Europe. C´est une question á la fois épineuse, sensible et tabou, que les pays soit disant défenseurs des droits de l´homme n´arrivent pas á trouver des solutions même au niveau des instances judiciaires. Ils préfèrent combattre ces partis extrémistes politiquement que juridiquement.

Les candidats d´origine africaine aux élections européennes du 22 et 25 mai 2014

La diaspora africaine présente deux candidats aux élections européennes. L´ivoirien Balié Topla, banquier de formation, va conduire la liste « Europe Solidaire » qui compte 30 personnes en Ile-de-France. La sénégalaise Dr. Pierrette Herzberger-Fofana, conseillère municipale á Erlangen en Bavière est également candidate aux élections européennes. Elle est investie á la 23éme place de la liste des verts allemands. Un seul député noir siége présentement au Parlement européen. Il s´agit de Maurice Ponga élu en 2009 avec la liste présentée par l´Union pour un mouvement populaire (UMP) en territoire d´Outre-mer. Il a été investi á nouveau par l´UMP aux élections européennes du 25 mai 2014.

Le Parlement panafricain et le Parlement européen

A tître de comparaison, le Parlement panafricain est une Assemblée consultative de l´Union africaine, basée á Midrand, en Afrique du Sud. Il est composé de cinq députés par pays membre de l´Union africaine. Ce sont des parlementaires nationaux et ils ne se réunissent que deux fois par an en séance ordinaire. Contrairement au Parlement européen, le Parlement panafricain n´a pas de pouvoir législatif, ni de pouvoir de contrôle, et son pouvoir budgétaire ne s´exerce que sous la forme d´une recommandation adressée á la conférence. Il est aussi inconnu par les africains.

A l´instar du Parlement européen, il est vivement souhaitable que le Parlement panafricain soit au service des citoyens africains en élisant ses propres membres au suffrage universel direct. Il faut renforcer la participation des citoyens africains á l´élaboration et á la consolidation d´un cadre démocratique. Dans cette logique, le Parlement panafricain doit permettre aux citoyens de l´Union africaine de participer directement á la politique panafricaine selon les mécanismes analogues á ceux qui fonctionnent au sein de l´Union européenne. Depuis sa création en 2004, le Parlement panafricain manque cruellement de visibilité et de poids politique. Son objectif qui visait á donner une plate-forme commune aux peuples africains et á leurs organisations de masse afin qu´ils soient plus impliqués dans les débats et les prises de décisions concernant les problèmes et les défis auxquels le continent et ses citoyens sont confrontés, restent lettre morte.

Le rêve de tout africain ou au moins la majorité est de voir une Afrique unie avec une intégration réussie et des institutions fiables au service des citoyens. Certes, le chemin est encore long pour concrétiser ce rêve mais il ne reste pas irréalisable si nous enterrons les préjugés anti-intégration et que la volonté et l´intérêt général priment sur la souveraineté des Etats africains. Nous ne devons jamais perdre de vue le fait que c´est l´intérêt général qui doit prévaloir et non les intérêts d´une personne, d´une nation, d´une famille ou d´un groupe de personne.

Africpost 

 

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