L’Asie se prépare-t-elle à la guerre ?

En l’absence d’accords politiques dans la région Asie-Pacifique, une véritable course aux armements est en train de se dérouler dans cette région.

Elle se produit sur le fond d’un nationalisme militant et de divergences interétatiques croissantes. C’est ainsi que s’ouvre le rapport de l’Institut international pour les recherches stratégiques (International Institute for Strategic Studies), qui dessine une image plutôt inquiétante de l’avenir géopolitique dans cette région du monde densément peuplée.

La hausse des dépenses militaires s’est généralisée. Selon les estimations d’experts, l’Asie-Pacifique est devenue la région où les dépenses militaires augmentent le plus rapidement dans le monde. La place de leader dans cette course à l’armement revient toujours aux Etats-Unis, mais derrière ce pays se hissent la Chine et le Japon. D’autres puissances de la région sont également en train d’augmenter leurs budgets militaires, alors que pendant de nombreuses décennies leurs budgets militaires étaient beaucoup plus réduits par rapport aux budgets de défense de nombreux pays européens. Les pays asiatiques se concentraient jusqu’à présent sur l’économie, les investissements dans l’infrastructure et la recherche scientifique. Désormais, de nombreux pays ont commencé simultanément à augmenter et moderniser leurs forces militaires.

Un nationalisme croissant

Les pays de l’Asie du Sud connaissent actuellement une forte montée du nationalisme. Pour de nombreux experts, cette montée est liée avec la croissance de l’influence de la Chine dans ce domaine. Les Chinois n’ont jamais été aimés dans cette région, mais les sentiments antichinois se sont particulièrement renforcés au cours de ces derniers temps. Un exemple récent en date – ce sont les émeutes antichinoises au Vietnam en mai, provoquées par l’installation d’une plateforme de forage dans les eaux contestées. On ne peut pas ignorer la croissance des sympathisants d’extrême droite au Japon, qui est en train de repenser sa politique de défense.

« C’est beaucoup plus sérieux qu’on ne le pense et les problèmes ne vont pas disparaître d’eux-mêmes », analyse Alexandre Khramtchikhine, directeur adjoint de l’Institut d’analyse politique et militaire. « Les Etats-Unis ne défendent plus les intérêts de leurs alliés s’ils ne voient pas de menace dirigée contre eux. Mais l’Amérique ne va pas faire la guerre contre la Chine. C’est la raison pour laquelle la course aux armements se déroule actuellement dans cette région. De toute évidence, le centre de gravité mondial est en train de se déplacer vers la région Asie-Pacifique. Des économies fortes et des armées puissantes se trouvent dans cette région. Il n’est pas exclu que ces forces puissent mener le partage des zones d’influence dans cette région, voire même à une échelle plus large. Les liens économiques solides sont peu susceptibles d’empêcher une confrontation militaire. Avant les deux guerres mondiales, tous les pays étaient liés par des relations économiques solides, ce qui ne les a pas empêché d’être impliqués dans la guerre. »

Le vice-président de l’Académie russe des problèmes géopolitiques Vladimir Anokhine a une opinion différente sur cette question.

« Le monde est sur le point d’entrer dans une nouvelle phase. Il devient multipolaire. Et lorsqu’un pays prend du poids sur le plan économique, il désire devenir plus actif. La croissance économique est toujours accompagnée de l’escalade de la force militaire. Je comprends les craintes de la Corée du Sud, du Japon et d’autres pays en ce qui concerne la Chine, mais c’est un processus évolutif, un processus géopolitique normal. Le monde se trouve sur un point de cassure. La dynamique des processus sociaux, économiques et politico-militaires s’accélère, et les contradictions s’intensifient. Mais tout le monde comprend qu’aucun conflit militaire dans cette région ne permettra de résoudre les différends en faveur de qui que cela soit. Par conséquent, les pays entre lesquels il existe des contradictions, ne s’immiscent pas dans le conflit. »

En même temps, une grande partie de la population de la région Asie-Pacifique craint que les différends territoriaux avec la Chine n’aboutissent à la guerre. C’est la conclusion de l’enquête menée par le cabinet de conseil Pew Research. Selon un sondage réalisé par ce cabinet dans 11 pays, leurs citoyens sont très préoccupés par une possibilité de conflit militaire avec la Chine. Aux Philippines, 93% des personnes interrogées craignent une guerre avec la RPC, tandis qu’ils sont 85% au Japon, 84% au Vietnam, 83% en Corée du Sud, 72% en Inde, 66% en Malaisie, 55% au Bangladesh, et 52% en Indonésie. Quant à la Chine, 62% des personnes questionnées ont indiqué que le conflit à cause des territoires contestés risque de dégénérer en guerre.

La situation est aggravée par l’absence des mécanismes contractuels et juridiques efficaces dans la région Asie-Pacifique. Alors qu’une architecture de sécurité sous l’égide de l’OSCE, même si elle joue un rôle plutôt symbolique, existe en Europe, aucun organe équivalent n’existe en Asie. Les problèmes de sécurité sont abordés à des niveaux différents et sous des formats différends, mais jusqu’à présent, cela n’a pas abouti à l’édition de documents communs juridiquement contraignants pour les pays d’Asie. Par conséquent, les pays de la région peuvent accroître leurs dépenses militaires sans se retenir, n’ayant pas l’obligation d’en informer leurs voisins.

La Voix de la Russie

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