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Pour l’instant, son premier déplacement officiel en Allemagne est un échec. Manuel Valls n’a pas réussi à amadouer Angela Merkel. La Chancelière l’a réaffirmé ce lundi: elle ne piochera pas dans son excédent budgétaire pour piloter une politique de relance dans son pays, jugeant qu’il existe «beaucoup de possibilités de créer de la croissance sans argent supplémentaire».

Le Premier ministre français n’est pas le seul à tenter d’infléchir la position allemande: son homologue italien Matteo Renzi, mais aussi Mario Draghi, le patron de la BCE, ou encore Christine Lagarde, la directrice du FMI, plaident aussi dans ce sens. Laissant ainsi penser que Berlin serait la seule capable de relancer la croissance en Europe et, surtout, que l’Allemagne serait in fine le patron. Mais est-ce le cas?

«Faire de l’Allemagne le bouc émissaire des mesures prises en France»

«L’Allemagne est la première puissance économique de la zone euro, elle a donc un rôle politique très fort, mais Angela Merkel ne décide pas de tout!» répond Christophe Blot, directeur adjoint du Département analyse et prévision de l’OFCE.

«Cette idée découle d’une manœuvre politique qui vise à faire de l’Allemagne le bouc émissaire des mesures prises en France. Mais pendant leur campagne, ce sont François Hollande et Nicolas Sarkozy qui ont pris l’engagement de réduire le déficit public et l’Allemagne n’a jamais voté le budget de la France!»

D’ailleurs, si Valls a présenté lundi à Merkel son programme de réformes, qu’elle a qualifié «d’impressionnant», la Chancelière a pris soin de rappeler que ce n’est pas à elle de le juger, mais à la Commission européenne. Qui suit de près ce qui se passe en France, mais aussi en Allemagne. Bruxelles a par exemple exhorté le gouvernement teuton à hausser les salaires de ses travailleurs ou encore à «mener une politique budgétaire propice à la croissance».

Sur le fond, Merkel n’est d’ailleurs pas contre une politique de relance par les investissements, qu’elle soit menée en Europe ou même en Allemagne. Mais dans son pays, elle estime que ce rôle ne peut revenir qu’aux acteurs privés, l’Etat devant quant à lui se contenter de créer un environnement favorable.

«A leurs yeux, les Allemands ont fait beaucoup de sacrifices»

La Chancelière défend cette idée d’autant plus fermement qu’elle ne veut pas toucher à son excédent, préférant l’affecter à la réduction de la dette publique, qui atteint 78,4% du PIB et dépasse donc les critères de Maastricht (60%).

Or, pour les Allemands, la crise actuelle est avant tout liée au non-respect des règles budgétaires. «Sans compter qu’à leurs yeux, ils ont déjà fait beaucoup de sacrifices –en pratiquant la modération salariale, en gérant la réunification de leur pays, en reconstruisant l’Est allemand…– et ils estiment que certains pays, notamment la France, n’en font pas assez», explique Sabine Le Bayon.

Ce qui n’incite pas la Chancelière à accéder aux demandes de Hollande ou de Valls lorsque ces derniers réclament une autre politique économique pour l’Europe. Non pas que Berlin en décide seule, mais elle a son mot à dire, la politique européenne se construisant dans la négociation et le compromis. Et de la même manière qu’une nouvelle orientation ne pourrait être appliquée si Paris s’y opposait, elle ne sera pas suivie si Berlin n’y est pas favorable…

20minutes.fr

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