WP_20141029_039Dr.P.Herzberger-Fofana Tunis 15.11.14

©Dr. Pierrette Herzberger-Fofana

Le monde entier a commémoré le 25 novembre passé la journée de l’élimination de la violence contre les femmes en souvenir des 3 sœurs Mirabal de la République dominicaine. En 1960, elles furent kidnappées par les agents des services secrets du dictateur Trujillo et assassinées. En 1999, l’ONU a décrété officiellement, le 25 novembre, une journée consacrée aux problèmes de violences contre les femmes. Cette violation des droits de l’Homme est la violation la mieux partagée au monde puisqu’environ 70% des femmes ont été victimes de violence et selon les statistiques de l’ONU une femme sur trois a au moins une fois dans sa vie subi un acte de violence. Partout dans le monde, les femmes sont maltraitées, victimes de coups et blessures et d’harcèlement sexuel.

A telle enseigne, que le Conseil de sécurité a déclaré en 2010, que la violence sexuelle dans les pays en guerre et les zones de conflits est un crime contre l’humanité. Ceci est valable pour les viols collectifs qui ont lieu dans toutes les zones de conflits comme au Congo, mais aussi dans les régions qui vivent dans une paix relative. C’est ainsi que les viols collectifs en Inde dans les bus semblent monnaie courante.

Les formes de violence

Le tourisme sexuel, la violence domestique et conjugale, la traite des femmes, les viols, les mutilations génitales féminines, les crimes d’honneur, les mariages forcés, la sélection préférentielle des sexes ou crimes de fœtus féminins sont les diverses formes de violence qui ont cours dans de nombreux pays quelque soit la classe sociale ou la religion. Les sévices et tortures infligés par des hommes à des millions de femmes, sont alarmants: aux Etats-Unis, une femme est battue par son partenaire toutes les 15 secondes; en Afrique du Sud, une femme est violée toutes les 23 secondes; au Bangladesh, près de la moitié des femmes ont subi des abus physiques de la part de leur conjoint. En France une femme sur dix a subi un acte de violence de la part de son partenaire. Plus de 500 millions de femmes vivent dans des pays où la violence conjugale ou du partenaire n’est pas sanctionnée.

Bien que les mariages précoces soient interdits par la Chartre africaine des Droits et du Bien-être de l’enfant, chaque année de nombreuses petites filles de moins de 15 ans sont retirées de l’école et données en mariage souvent à des quinquagénaires. Il s’ensuit des grossesses précoces et leur lot de souffrances.

«Les mariages d’enfants et la promesse de jeunes filles et garçons en mariage sont interdits et des mesures effectives, y compris des lois, sont prises pour spécifier que l’âge minimal requis pour le mariage est de 18 ans et pour rendre obligatoire l’enregistrement de tous les mariages dans un registre officiel.» Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant (Art.21)

Les mariages précoces sont non seulement un acte de violence mais surtout un obstacle à l’éducation des filles et à leur maintien dans le système scolaire; et partant un frein au développement du pays.

Selon les dernières estimations plus de 700 millions de femmes aujourd’hui mariées, l’ont été enfant, dont 250 millions avant l’âge de 15 ans. Les filles qui se marient avant l’âge de 18 ans ont moins de chances de finir leur scolarité et sont plus exposées à la violence domestique et aux complications liées à la grossesse. Les exemples pris dans la presse sénégalaise confirment ces chiffres. Ainsi le maintien des filles dans les régions telles que Kolda et Tambacounda relève du casse-tête. « Dans la seule commune de Kolda, on a recensé cinquante sept (57) cas de grossesses en milieu scolaire en 2013, indique le docteur Djiby Guissé chargé de l’éducation à l’IA de Kolda »

L’enlèvement des lycéennes au Nigéria est probablement l’un des actes de violence les plus meurtriers que le continent africain ait connu. 276 lycéennes ont été enlevées et jusqu’à ce jour, personne ne sait où elles se trouvent. Dans une vidéo télévisée, le ravisseur Boko Haram déclarait : «Jai dit que l’éducation occidentale devait cesser. Les filles doivent quitter l’école et se marier. Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferais. » 

L’Etat de Bornou, au nord du pays, a décidé de fermer les établissements scolaires de la région pour une durée indéterminée.

La violence envers les femmes existe à tous les niveaux sur les cinq continents. A tel point que le «Petit Robert», dans son édition de 2015 a inclus le terme de «féminicide» en opposition à infanticide ou parricide. Le terme signifie «le féminicide est le meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe»

Ce genre de crime est reconnu en Amérique latine, et depuis peu en Italie. Sous ce vocable, on peut intégrer tous les crimes d’honneur, un euphémisme pour désigner les assassinats perpétrés contre les filles qui auraient enfreint un code moral, imposé par une société patriarcale. Les crimes de fœtus féminins, dans les pays où la naissance d’une fille est considérée comme un malheur, et tous les crimes commis contre les filles qui refusent un mariage forcé ou de subir une mutilation génitale féminine.

Les mutilations génitales féminines

On estime que plus de 30 millions de filles âgées de moins de 15 ans risquent de subir des mutilations génitales féminines et que plus 130 millions dans le monde en ont été victimes. En vue de la journée de l’élimination des violences faites aux femmes, une marche contre l’excision était organisée depuis Montreuil, « petit Bamako » une ville de la banlieue parisienne, où les communautés d’Afrique subsaharienne y vivent en grand nombre et restent attachées à des pratiques qui les confortent.

Des 28 pays d’Afrique qui pratiquent les mutilations génitales féminines, nulle part elles (les MGF) n’ont été jusqu’à ce jour abolies entièrement. Partout, il existe des poches de résistance et les mutilations clandestines continuent de plus belles, malgré les lois votées dans 20 des 28 pays concernés. La tolérance zéro préconisée pour 2015 demeurera un vœu pieux pour toutes les activistes qui mènent une lutte sans merci.

En Indonésie, le voile sur le tabou des mutilations génitales vient d’être levé. Il en est de même dans les régions curdes de l’Iraq.

A la suite du «printemps arabe » et la montée de groupes extrémistes, la question de l’excision en Tunisie avait été soulevée par un prêcheur venu d’Egypte, Cheik Wadj Ghanim d’obédience salafiste. Il avait déclenché un scandale en qualifiant l’ablation du clitoris «d’opération esthétique». Il semblerait qu’il a visiblement prêché dans le désert. La levée de boucliers des associations féminines et des forces progressistes du pays a mis un frein à ces élucubrations. Seules les rumeurs persistent, mais rien ne prouve qu’effectivement des femmes aient été excisées. Si c’était le cas, seule une infime minorité aurait suivi ses recommandations. Car aucune religion n’oblige à exciser.

Chaque année environ des milliers de jeunes filles Africaines, sont mises en esclavage taillable et corvéable à merci dans des familles en Europe, dans les pays du Maghreb, et du Moyen-Orient: Arabie Saoudite, le Liban ou encore les Émirats Arabes Unis. Elles signent des contrats de travail dont elles ne maîtrisent pas les tenants et aboutissants et atterrissent ainsi dans des familles qui les exploitent. Tous les témoignages concordent pour dire que dès leur arrivée, passeports et pièces d’identité sont confisqués par les familles d’accueil. C’est le début d’un calvaire et elles finissent souvent par être violées par les fils ou des pères de famille. Le protocole d’accord signé entre le Sénégal pour l’envoi de domestiques, ouvriers et employées avec le Qatar fait frémir quand on sait que les conditions de travail des étrangers dans tous ces pays sont marquées par la violence contre les femmes étrangères.

En Europe : les violences conjugales

Une étude récente de l’Union européenne montre qu’en Europe une femme sur 5 est victime de violence conjugale. Elle touche 30% des femmes en Allemagne. La maison des femmes «Frauenhaus-Erlangen» s’est donnée pour mission de recevoir les femmes qui sont menacées ou victimes de violence souvent à la suite d’une séparation. C’est un refuge pour les femmes et leurs enfants qui y trouvent la sécurité et des femmes compétentes qui les aident à développer de nouvelles perspectives de vie.

En Europe, la pornographie d’enfants, les abus sexuels sur des mineurs, la traite des femmes et les violences conjugales sont également à l’ordre du jour.

La banalisation de la pornographie empêche souvent de considérer la pornographie d’enfants comme une atteinte à l’intégrité d’une mineure. La séquestration et la traite des femmes venues spécialement des pays de l’Europe de l’est afin de satisfaire les pulsions sexuelles des hommes sont les nouveaux fléaux auxquels l’Europe est confrontée. La traite des femmes alimente l’industrie du sexe qui connait un boom économique sans précédent aux dépens de milliers de jeunes filles, victimes du mirage d’une Europe de l’ouest où coulent le lait et miel en abondance pour tous.

Certes de nombreux efforts ont été réalisés dans le domaine de la violence contre les femmes. Le tabou a été brisé et tout un arsenal de mesures d’accompagnement assure la prise en charge des victimes. L’accent a été mis sur la sensibilisation, la prévention, la prise en charge et la protection des victimes

Pour conclure, bien que la violence conjugale soit mise au pilori puisque 125 des 193 pays la condamnent, les chiffres mentionnés ci-dessus soulignent l’ampleur d’un phénomène inacceptable qui a de très lourdes conséquences sanitaires, psychologiques, économiques et sociales. La violence détruit les femmes qui perdent le contrôle de leur vie, même si les centres pour femmes en détresse à traves le monde effectuent un travail de titan pour soulager leurs souffrances, la violence domestique et /ou sexuelle a de nombreuses conséquences sur le psychisme de la personne. Elle met en péril sa santé et entraîne des troubles psycho-traumatiques. La violence cause de nombreux coûts en matière de santé publique et freine le développement du pays qui a besoin de toutes les forces vives pour parvenir à l’autonomie. C’est une atteinte à l’intégrité physique, psychique et surtout à la dignité de la femme, dont les droits fondamentaux sont bafoués. La violence est tout simplement un crime contre l’humanité.

 

 

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana, Conseillére municipale Erlangen-Allemagne

Comments

comments