Foto-SokomeDeux cadres régissent les relations entre l´Union européenne (UE) et les pays africains dont le plus ancien est celui avec les pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). L´idée d´une coopération de développement entre l´Union Européenne et les pays Afrique, Caraïbes et Pacifiques (ACP), émanait de l´homme d´Etat franco-allemand, Robert Schumann, en date du 9 mai 1957 qui déclarait que «L´Europe pourra avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation d´une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain ». C´est ainsi, que le traité de Rome instituant la communauté économique européenne prévoyait á l´époque une aide massive aux pays africains mais aussi aux territoires d´Outre-mer. Six ans plus tard c´est á dire le 20 juillet 1963, la premiére convention entre la Communauté européenne et dix-sept États africains et Madagascar fut signée á Yaoundé au Cameroun. Cette convention était un accord d´association pour une durée de cinq ans. Les signataires exprimaient leur solidarité avec les colonies et les pays et territoires d´Outre-mer et ils s´engageaient á contribuer á leur prospérité. La coopération de développement entre l´Europe et les anciennes colonies est passée du Traité de Rome instituant le régime d´association des pays et territoire d´Outre-mer et la communauté économique européenne (CEE), á la charte de Georgetown, qui consacre la mise en place du groupe des pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). De Lomé I á Lomé IV révisée, la politique de coopération de l´UE avec les pays ACP a évolué en fonction de grands changements qui ont eu lieu au niveau international et au niveau du processus d´intégration de l´UE.

La conditionnalité politique c´est á dire le fait de lier l´octroi de l´aide au respect de certains principes, á savoir, les droits de l´homme, la démocratie et l´Etat de droit s´inscrit dans cette perspective évolutive. Les pays ACP qui ne remplissent pas ces critéres risquent de se voir retirer les fonds qui leur étaient alloués. Une attention accrue est portée á la coopération décentralisée sous la forme d´un partenariat actif impliquant un grand nombre d´acteurs de la société civile. Jamais un accord de développement n’avait établi une telle norme. La Convention de Lomé a été donc dotée d´instruments dont les principaux sont : une enveloppe financiére ou Fonds européen de développement (FED) qui vise á accorder des aides non remboursables, des concessions commerciales dont 95% des exportations ACP entrent en franchise dans l´UE  á condition d´être originaires de la zone ACP. L´accent est porté sur la mise en place d´un dispositif de nature á garantir un accés plus large des produits ACP aux marchés européens. Le modèle développé au sein du système de Lomé se voulait original, en instaurant une véritable concertation entre partenaires dans le cadre d’un régime d’association et en soutenant une conception du développement généreuse, différente de celle des institutions internationales. De nombreux critiques se fond entendre tant sur le modèle de fonctionnement du systéme de Lomé que sur son impact et finalement sa pertinence. Les instruments mis en œuvre par les Conventions successives n´ont pas permis d´impulser une véritable dynamique de développement et n´ont pas pu empêcher la marginalisation des pays ACP, en particulier face á la concurrence asiatique. Malgré une coopération privilégiée avec les pays européens, ces pays ont connu des performances médiocres et surtout inférieures á celles des autres pays en développement. L´Afrique s´est marginalisée dans le commerce international. 

De la convention de Lomé á la Convention de Cotonou

L´expiration de Lomé en 2000 était une occasion de revoir la coopération ACP-EU. Il fallait apporter des modifications plus importantes au cadre de coopération UE-ACP. Ainsi, en 1997 Joao de Deus Pinheiro, Commissaire européen chargé du développement, a lancé un appel pour réformer en profondeur l´instrument et le mécanisme des Conventions de Lomé. Le partenariat économique devait être plus efficace pour s´adapter aux réalités du monde. Des statistiques indiquant que l´octroi de préférence commerciales généreuses n´était pas suffisant pour assurer le décollage des économies des pays ACP. Ces statistiques ont été présentées dans un livre vert publié par la Commission européenne. Le Livre vert soulignait également que les fluctuations économiques de certains pays avaient été concomitantes, entre autres, à la désintégration du tissu social, la multiplication des conflits et des catastrophes humanitaires, minant les politiques de développement. Les bailleurs de fonds s’étaient alors concentrés sur l’aide d’urgence et la gestion des crises. Il fallait trouver des mécanismes permettant d’accélérer le décaissement des fonds du FED (fonds d´aide de l´Europe á l´Afrique) et de simplifier les trop nombreuses clauses de la convention, qui conduisaient parfois à une inutile duplication des tâches. Du point de vue communautaire, il était aussi impératif de revoir profondément la coopération au titre de Lomé afin qu´elle réponde plus efficacement aux enjeux de la mondialisation, de la lutte contre la pauvreté et du développement durable. Les relations ACP-UE sont confrontées á des défis fondamentaux au niveau mondial, au niveau européen et au niveau ACP. Une vaste réforme de la politique européenne de développement a été engagée en 2000, pour répondre aux critiques qui lui étaient adressées (lenteur de la mise en œuvre, complexité des procédures, manque de visibilité etc.) et á une certaine crise de confiance. En même temps, les négociations entre l´UE et les pays ACP ont officiellement débuté en septembre 1998 pour aboutir á un nouvel accord de partenariat á Cotonou en juin 2000 pour une durée de 20 ans.

L´accord de Cotonou est fondé sur une approche intégrée qui comprend des actions en faveur du développement économique, social et humain, ainsi que de l´intégration régionale. Les priorités pour l´intervention sont établies pour chaque pays, en respect du principe de différenciation. La Convention de Cotonou est censée établir les bases et principes d´un changement de paradigme dans les relations entre l´Afrique et l´Europe basées essentiellement sur la dépendance de l´aide et le crédo du libre-échange. La stratégie Afrique-Europe et la mise en œuvre du plan d’action, considérées comme le nouveau cadre politique des relations Afrique-UE, devaient créer les conditions d’un nouveau partenariat politique entre partenaires égaux. Cependant, il faut souligner qu´au delá de l´aide au développement, il existe des intérêts particuliers de la part de l´UE. L´Union européenne recherche des alliés pour apporter une réponse á des problémes régionaux ou mondiaux, et pour rendre possible la mise en œuvre au niveau mondial de son programme stratégique politique, économique et de développement. Pour y arriver, elle tente d´étendre ses partenariats stratégiques avec d´autres régions du monde y compris l´Afrique. Il incombe maintenant aux pays africains de mieux défendre leurs intérêts économiques face á l´Union européenne au prochain sommet EU-Afrique qui se tiendra du 02 au 03 avril 2014 á Bruxelles. Ce sommet devrait discuter essentiellement des priorités stratégiques dans le cadre de la Stratégie commune Afrique-EU. 

Il faut d´abord rompre radicalement les anciennes pratiques consistant le monopole et l´hégémonie de l´UE lors des discussions en tenant compte des priorités et des intérêts de l´Afrique. En l’absence d’un message politique fort et d´une vision commune de la part des dirigeants africains, l’Union Européenne se contentera d’un Sommet spectacle se limitant à affirmer le poids historique des relations entre l’Europe et l’Afrique et proposant de concentrer ce partenariat sur quelques priorités stratégiques pour l’Europe. Les pays africains doivent refuser toute pression de la part de l´Union européenne. L´Afrique doit faire savoir á l´Union européenne qu´elle n´est plus la seule pourvoyeur d´aide pour le continent comme c´était le cas autrefois. L´émergence de la Chine et des nouveaux partenaires consacrent ce que l´on pourrait qualifier la « fin de l´ére postcoloniale ». C´est une opportunité á saisir pour se mesurer avec l´Europe car les accords commerciaux ne sont jamais faciles á comprendre. Le quatriéme sommet du mois d´avril 2014 sera l´occasion pour faire le bilan des réussites et échecs du partenariat stratégique entre l´Afrique et l´Europe. Elle devait aussi permettre á l´Afrique de regarder en avant afin de trouver les moyens pour reconstruire de maniére fondamentale la nature, l´ambition et l´envergure des relations entre les deux continents. Le soutien unanime des dirigeants africains pour que le Président Robert MUGABE participe au sommet de Bruxelles est une mesure encourageante. L´Afrique doit continuer sur cette même voie pour défendre efficacement les intérêts du continent au niveau international. 

 

Souleymane Sokome

Consultant Juridique et politique  á Berlin

 

Africpost 

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