tunismak dr_0De paris où il se trouve Makaila Nguelba (Photo) suit avec une attention particulière le procès de l’ancien président tchadien qui se déroule à Dakar. Pour le blogueur Tchadien Hissen Habré devait saisir l’occasion qui lui est offerte pour montrer à l’opinion internationale le rôle d’Idriss Deby, de la France et des Etats unies dans les crimes de guerre dont il est présumé être l’auteur. Dans cet entretien, Makaila pense que les chambres africaines n’ont pas été à la hauteur d’assurer un procès équitable. Entretien

Quelle appréciation faites-vous du procès de Hissen Habré qui se déroule actuellement à Dakar ?

Makaila Nguebla: tout d’abord merci de me donner l’opportunité encore une fois de m’exprimer sur votre plateforme et notamment sur l’actualité liée au procès d’Hissein Habré dont le procès s’est ouvert à Dakar le 07 septembre 2015.
Pour ma part, le procès Habré s’inscrit dans la droite ligne comme une avancée historique dans la lutte contre l’impunité en Afrique et particulièrement au Tchad, c’est pourquoi, il est accueilli avec enthousiasme par les défenseurs des droits humains et les victimes qui attendent depuis plusieurs années le jugement de celui qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 et qui est reproché des violations massives des droits de l’homme, d’actes des tortures, des arrestations arbitraires et d’exécutions extraordinaires.

Toutefois, à mon avis, l’organisation du procès tel qu’il se déroule, pose problèmes à de nombreux observateurs éclairés. En effet, juger Hissein Habré accusé de complicité et épargner les autres co-auteurs de son régime, est mal perçu par le peuple tchadien qui a cru voir Idriss Deby au moins être interpellé comme témoin. Ce dernier a dirigé l’Etat-major de l’armée tchadienne, il a été le commissaire à la sécurité de l’Union nationale pour l’indépendance et la révolution (UNIR), et en même temps conseiller spécial à la sécurité sous le régime Habré. Il ne peut pas ignorer sa responsabilité dans les atrocités reprochées à Habré aujourd’hui.

Comment jugez-vous l’attitude de Hissein Habré qui n’accepte pas de répondre aux questions des juges ?

Makaila Nguebla: c’est une attitude à déplorer, j’aurai souhaité que Hissein Habré défende autrement que de s’emmurer dans le silence. Il devrait plutôt déconstruire par des arguments convaincants ce dont il est accusé. Il devrait saisir cette opportunité pour parler du rôle d’Idriss Deby et de sa responsabilité à ses côtés, situer le soutien de la France et des Etats-Unis dont il a bénéficié leurs appuis techniques et politiques pendant 8 ans et qui, aujourd’hui, encouragent son procès.
C’est une chance pour lui de laver son honneur et de se disculper devant le monde entier. Mais son refus de parler est une erreur qui lui sera déjà préjudiciable.

A votre avis, est-ce possible de juger Habré sans Idriss Deby ?

Makaila Nguebla : Votre question est légitime. Nombreux Tchadiens qui connaissent l’histoire et l’itinéraire d’Idriss Deby pensent que le jugement de Habré ne peut se faire sans Idriss Deby, actuel président du Tchad. Il a joué un rôle clé dans le régime Habré et ne peut se dédouaner quelque soit l’argument qu’avancent les autorités tchadiennes. Les chambres africaines n’ont pas été à la hauteur d’assurer ni d’organiser un procés juste et équitable bénéfique pour Habré, ses victimes et la communauté internationale.

D’aucuns disent l’occident est derrière ce procès, êtes-vous du même avis ?

Makaila Nguebla : je pense que dans ce genre des situations, tous les moyens pour se soustraire d’un procès sont bons. Hissein Habré a développé son argumentaire autour de l’instrumentation de son procès par l’occident. Il peut avoir raison d’une part lorsque l’on sait que ces dernières années au pouvoir, ont été particulièrement marquées par une détérioration des relations entre lui et la France. Il faut revenir sur la conférence de La Baule en France de 1989, où François Mitterrand avait demandé à ses homologues africains de démocratiser leurs régimes. Cette injonction a été très mal perçue par Habré qui avait rejeté l’idée de sortir du régime d’exception avec la pensée unique. Depuis lors, l’ex-président français ne portait plus Hissein Habré dans son cœur d’où ils lui ont trouvé un successeur en la personne d’Idriss Deby.

Ce dernier a fomenté un coup d’Etat raté en 1989 contre Hissein Habré. Après son échec, il est entré en dissidence à l’est du Tchad. Il a bénéficié de l’aide, de la France, de la Libye et du Soudan pour renverser le pouvoir de son ancien mentor suite à des offensives militaires menées depuis la frontière soudanaise jusqu’à la prise de Ndjamena, capitale tchadienne.

Mais d’autre part, il faut souligner que les victimes ont aussi droit à se faire entendre. Leur seul problème est qu’elles sont soutenues par des ONG étrangères ce qui leur vaut d’être considérées comme proche des occidentaux. A vrai dire le procès Habré doit se tenir sans aucune influence étrangère mais avec l’implication des Etats africains.

Boudal NDIATH
Consultant chez Africpost

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