1402098_10151994426288270_1347844708_oM Faye: Le contexte de crise énergétique que traverse le Sénégal depuis des décennies  s’accentue de plus en plus. Les règles du jeu ne sont pas en notre faveur parce que nous sommes dépendants du pétrole, matières premières que nous ne produisons pas. Malgré les dizaines de milliards qui sont injectés dans ce secteur à travers la Senelec, les problèmes demeurent et aucune véritable perspective n’existe quant aux solutions. Quelle est la position de Think Tank Ipode sur la politique énergétique du pays en général et celle du mixte énergétique en particulier?

Mohamed Ly: Nous approuvons en grande partie ce qui est entrain d’être fait dans la politique du mixte énergétique. Nous nous réjouissons de la décision du chef de l’état de l’arrêt de commercialisation des lampes à incandescence pour des lampes basses consommations. Ce qui était une forte recommandation du Think Tank Ipode dans notre note sur la résorption du déficit énergétique publié au mois d’Octobre. Nous invitons nos autorités à s’approprier de notre réflexion qui a eu un excellent écho auprès des experts de la question. Il faudrait que nous maitrisions en réalité les matières premières qui vont nous permettre d’atteindre nos objectifs en matière de politique énergétique. Et à cette fin le projet de la centrale à charbon de Sendu devait être revue et réadaptée. Autant pour le pétrole, nous serons dépendants de l’étranger et des aléas des marchés pour le charbon.

Nous avons recommandé qu’une rupture dans notre façon d’utiliser l’énergie solaire s’opère au plus tôt. Cette étude nous a conduits aux conclusions et recommandations résumées comme suit. D’abord inscrire la politique énergétique dans une dynamique plus globaliste de « grands chantiers de l’Etat ». Il ya le choix de mini-centrales solaires qui seraient installées en milieu urbain. Il faudrait également la création d’un centre de recherche et de formation pour préparer nos jeunes aux emplois du futur sur l’économie verte  et en vue de développer et créer des applications concrètes adaptées aux besoins des différentes couches actives de la population. L’instauration d’une taxe verte (en système de bonus/malus) sur les produits non écologiques pour promouvoir l’énergie solaire photovoltaïque et thermique est une autre recommandation. Mais surtout; il faut réformer la fiscalité sur les produits d’énergies solaire photovoltaïque et thermique en vue de réduire les coûts d’acquisition pour les couches les plus démunies et de créer les conditions d’un essor constant et pérenne.

Et pour le suivi de ces recommandations, nous avions proposé des mesures urgentes d’accompagnement à prendre. Il s’agit, entre autres, d’interdire l’importation des chauffe-eaux électriques et la commercialisation des ampoules à filament, d’imposer en parallèle,  le respect des normes pour les câbles domestiques (c’est le cas déjà dans d’autres pays) et d’exiger l’inclusion du chauffe-eau solaire pour la délivrance du permis de construire dans les nouvelles constructions

M. Faye: La réforme des institutions est un des engagements phares qu’avait pris le candidat Macky Sall aux dernières présidentielles. Pour le respect de cet engagement, un travail a été confié à la Commission Nationale de Réforme des Institutions CNRI afin de proposer au président de la République les différentes réformes à adopter pour une nouvelle constitution. Qu’attendez-vous concrètement de la CNRI mais également et surtout du président de la République à qui reviendra le dernier mot?

Mohamed Ly : Nous attendons avec impatience le rapport de la CNRI qui devait être déposé sur la table du Président de la République depuis le 30 Novembre. Le contenu des propositions institutionnelles de la commission nous intéresse au plus haut point. Nous espérons qu’ils ont inclus toutes les propositions pertinentes du débat public sur la question institutionnelle. Nous invitons aussi le président de la République, après réception dudit rapport, de continuer les consultations autour de la question et d’élargir la base du consensus en appelant publiquement l’opposition significative du pays qui n’avait pas pu être ralliée par la CNRI. Notre souhait c’est de voir le pays se doter d’une architecture institutionnelle stable, durable et fonctionnelle pour des décennies et que le débat national porte désormais sur les questions économiques, sociales, sociétales et panafricaines. Maintenant ce qui nous désarçonne c’est que rien n’est prévu dans le budget 2014 pour la tenue d’un référendum sur un nouveau projet de constitution, a moins de sa prise en compte dans la loi de finance rectificative on s’achemine vers l’adoption du projet constitutionnel en 2015 au plus tôt. Nous laisserons l’opinion juger du rythme que nous trouvons lent et qui dénote d’une certaine frilosité par rapport à l’engouement que la réforme des institutions a déclenché.

M. Faye: Venons à présent sur le projet Sénégal Emergent. Le bruit soulevé par le projet présidentiel de «Sénégal émergent» n’avait porté jusqu’à présent que sur le montant des prestations (2,5 milliards au club Disso) du pool des consultants qui l’ont élaboré, ainsi que sur leurs connaissances des réalités du Sénégal. Aussitôt lancé, aussitôt bloqué suite à de nombreuses critiques, pourrait-on en déduire.

Mohamed Ly : Sur le PSE nous déplorons que l’information de la consultation du groupe Disso soit révélée dans les conditions où elle l’a été, ce qui a décrédibilisé le travail fourni dans le ficelage de cet ambitieux projet et à jeter l’opprobre là-dessus. Nous faisons remarquer que l’idée de solliciter des sénégalais de tout bord et d’expertises avérées pour l’élaboration de solutions viables et performantes, nous semble être une démarche salutaire. Par contre l’argument du porte parole du gouvernement nous justifiant le prix de cette prestation (Ndlr: 2,5 milliards) par un manque de crédit de la signature de l’état du Sénégal par rapport à la signature d’un cabinet international quel qu’il soit nous semble être fallacieux et de mauvaise foi. Il urge d’associer à la démarche de réforme de l’état du président, le renforcement de l’expertise et de la confiance qu’on peut avoir sur notre administration méritante. Sur le détail du projet et son impact dans la SNDS, nous y reviendrons certainement dans une note. Le Sénégal tout entier doit soutenir et souhaiter un succès éclatant de notre gouvernement au prochain club de Paris. Nous sommes de tout cœur avec eux et solidaires de leurs projets.

M. Faye: Au Sénégal, la politique de l’emploi peine à trouver ses marques. Que propose le Think Tank Ipode comme vision stratégique construite en politique d’emploi que celle basée sur des effets d’annonce immédiat?

Mohamed Ly : Le think tank Ipode à aborder plusieurs qui tendent à booster une croissance économique génératrice d’emplois. Ce fut un de nos plus grand soucis en ayant abordé la nécessité de revoir notre politique industrielle pour rendre nos entreprises plus performantes. Mais aussi dans une note  documentée et  comparative par rapport au Maroc nous avions invité nos autorités à s’intéresser à l’offre de services en offshoring et en BPO qui sera génératrice pour notre pays de milliers d’emplois (pas moins de 5000 emplois en 5 ans). Il faudra aussi pour venir à bout des difficultés rencontrées pour la création d’emplois au Sénégal,  travailler sérieusement à structurer le marché de l’emploi afin de dégager de façon fiable les besoins du marché, évaluer les besoins en formation des demandeurs d’emploi et rendre plus efficace les actions du ministère d’emploi sur la base de données scientifiques. Le fichier des chômeurs au sein de la direction de l’emploi du ministère de la fonction publique me semble être une bonne base de travail pour commencer.  Et mettre ensuite en face de ce fichier, le fichier des offreurs d’emplois pour que la notion de marché de l’emploi soit effective. Tout ceci à mon sens permettra d’aboutir à une publication périodique des chiffres sur le chômage comme en fait la DPE sur la macro économie ou l’ANSD sur d’autres sujets… Si l’actuel ministre de l’emploi concrétise cette demande forte, il aura rendu un grand service au pays.

M. Faye: Justement le ministre de l’emploi semble s’inspirer de votre idée sur l’offshoring et propose la plateforme “teranga Infos” dédiée aux services et à l’offre informatique !

Mohamed Ly : Sur les projets en cours au niveau du ministère de l’emploi, nous attirons l’attention des pouvoirs publics sur la mise en place de la plateforme de télé-services «Teranga Infos» dans sa mise en œuvre. Parce que la plateforme doit  être plus ambitieuse que ce qui a été déclinée par le ministre récemment. Dans notre publication traitant du marché de l’offshoring et du redimensionnement mondial de cette offre d’offshoring,  nous y avons exposé une stratégie d’investissements clés, faisant ressortir nos atouts concurrentiels et pouvant nous garantir des milliers d’emplois dans le secteur. La plateforme « Teranga infos » ne devrait pas être minimaliste dans sa mise en œuvre par un manque de volonté politique, nécessaire à une réussite éclatante du Sénégal dans le marché du numérique tant nos avantages concurrentiels sont évidents et factuels. Nous invitons les autorités à discuter de nos propositions sur la question pour éviter un dimensionnement minimaliste d’un tel projet.

Propos recueillis par Maïmouna Faye – Journaliste

 

 

 

 

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