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Il existe une relation positive et statistiquement significative entre l’entrepreneuriat et l’innovation. Ne pas disposer d’entrepreneurs rime avec inexistence de l’innovation. L’innovation est faible en Afrique, non parce que les personnes capables d’innover n’existent pas, mais plutôt parce que l’on ne permet pas à l’esprit d’entreprise d’éclore.

Si d’une part, l’esprit d’entreprise est le propulseur de l’innovation, il faut, d’autre part, un environnement institutionnel adéquat et des capacités humaines ad hoc. Pour l’environnement institutionnel, on est en présence d’un cercle vertueux en ce sens qu’il permet l’éclosion de l’esprit d’entreprise et qu’en même temps il génère l’innovation qui crée les nouvelles opportunités pour l’esprit d’entreprise. Les produits Apple de Steve Jobs ont par exemple pu être des innovations qui ont poussé leur créateur (et d’autres) à vouloir les utiliser comme tremplin pour d’autres innovations. Mais cela n’a été possible que parce que l’environnement institutionnel américain garantissait le droit de propriété.

Par ailleurs, l’une des qualités des institutions est d’encourager l’esprit d’entreprise ou de faire en sorte que l’esprit d’entreprise soit tourné vers des activités marchandes plutôt que vers des activités politiques ou de survie. Malheureusement, dans la majorité des pays du continent la recherche des ‘rentes politiques’ pose de sérieux problèmes aux investisseurs. La problématique de la corruption renvoie directement au problème de l’équilibre politique et social Il est indispensable de trouver les moyens de rompre avec ces équilibres sous-optimaux pour changer les choses. C’est la clé pour développer l’entreprenariat donc, l’innovation en Afrique.

L’Indice mondial 2013 de l’innovation propose le classement de 142 pays du monde entier. Un total de 32 pays d’Afrique sub-saharienne sont inclus dans le classement de 2013, mais aucun d’eux  ne se trouve dans le top 50, le pays africain qui a le rang le plus élevé est l’Ile Maurice (53). De plus, le dernier quartile des pays mal classés est essentiellement africain. Enfin, il y a le rôle de l’intelligence dans l’innovation car, il faut une dose d’intelligence pour créer. Si d’une part l’intelligence est l’œuvre de la génétique, elle n’en est pas moins aussi l’œuvre de l’environnement. Or, l’Afrique ne propose toujours pas le meilleur environnement pour l’expansion de ‘l’intelligence’. Selon la composante de l’indicateur OMPI (organisation mondiale de la propriété intellectuelle) mesurant le capital humain et la recherche, la Tunisie est le pays africain ayant la note la plus élevée (38/100) mais elle n’occupe pourtant que la 60ème position sur 141… Il n’est pas étonnant que ‘l’esprit d’entreprise’ ne soit donc pas totalement au rendez-vous.

La question de l’innovation ne peut être abordée sans poser le probléme de son financement. La structuration de l’offre de financement en Afrique n’est simplement pas adaptée au développement de l’innovation. Les aspects de rentabilité  et de maîtrise des risques restent prépondérants dans l’appréciation des requêtes de financement des projets. Ce qui amène les institutions financières à souvent privilégier des financements à court terme au détriment des ceux à moyen et long terme. Si du point de vue bancaire, cela a un sens, il n’en est rien pour les innovations.

Les business angels ou les entreprises spécialisées dans le seed-capital et le développement de start-ups font cruellement défaut au continent Africain. Or, l’offre de capital-risque est fonction notamment de la liquidité du marché, de sa résilience, de sa profondeur. Ceci en vue de permettre une sortie par la grande porte aux institutions de capital d’investissement. Le continent a besoin de plus de structures lui permettant de soutenir les agents innovants. Google ou Facebook ne sont pas venues au monde comme grande entreprise. Pour faire simple, il faut une sorte de capital-risque, en tenant compte des spécificités du continent.

Les technologies de l’information sont devenues indispensables pour la transformation du continent, les dix premiers pays africains du nouvel Indice de développement des TIC 2013, établi par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), sont classés seulement entre la 64e et la 109e place. Améliorer la compétitivité de l’Afrique exigera de prendre de réelles mesures dans deux grands domaines le déficit d’infrastructures et la mise en place de véritables politiques pour favoriser l’innovation.

Les états Africains ont besoin d’un cocktail de politiques et de stratégies qui améliorent la productivité, traitent la question des compétences indispensables et des problèmes d’infrastructure, favorisent l’innovation. Dans des pays comme le Brésil, le Chili, la Chine, le Costa Rica et l’Inde, les gouvernements assument un rôle de chef de file dans l’élaboration de stratégies de compétitivité et de politique d’innovation.

Selon le Global Competition Report 2012-2013, 14 des 20 économies les moins compétitives sont africaines. Cela s’explique entre autre par la précarité des institutions, les avancées technologiques insuffisantes, et une base de compétences étroite pour une économie de l’innovation. Le rapport du Forum économique mondial montre que, bien que l’Afrique et l’Asie en développement aient eu, dans les années 60, une productivité similaire, qui était d’environ 20 USD par heure travaillée, celle de l’Afrique a chuté à environ 12 USD en 2012 et celle de l’Asie en développement s’est envolée pour se situer à environ 40 USD. La mondialisation, les progrès technologi-ques rapides et l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, obligent à accroître sans cesse la compétitivité. Mais sans politique d’innovation il est quasiment impossible de s’intégrer à la mondialisation.

Innovation & compétitivité, financement : véritable chemin de croix pour le continent Africain, c’est pourtant une des voies obligées pour positionner le continent sur le chemin d’une véritable croissance génératrice de richesses pour les communautés.

Africpost avec Experts Visions(Partenaire d’Africpost)

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