babacar bon

Pendant quarante huit heures, Dakar, notre capitale a vibré au rythme de la francophonie. A l’heure du bilan, les organisateurs, notamment le comité scientifique tire le chapeau. Au chapitre des défis relevés par la capitale sénégalaise: la mobilisation, l’organisation et autre participation. Il semble que – cela n’est guère notre avis – les sénégalais ont fait montre d’une grande adhésion à ce festin de deux longues journées. Oui, longues ont été ces journées pour la simple et bonne raison qu’en lieu et place d’un discours programmatique sur les questions existentielles, on a eu droit à un hommage et/ou décoration d’un fervent « serviteur de la francophonie ». Pardon de la franco-feeling.

Mieux, le fait qui semble attiré participants, médias et observateurs reste l’élection « douloureuse pour les africains qui ont peiné à arriver à une candidature unique consensuelle selon le Président français François HOLLANDE de la franco-haïtienne canadienne Michaelle JEAN.

Le premier jour des lauriers ont été tissés au Secrétaire général sortant et non moins ancien chef de l’Etat du Sénégal des deux longues et amères décennies de notre histoire politique (exacerbation du conflit Casamançais avec la politique du « tout sécuritaire », évènements malheureux de 1989 avec la république sœur de Mauritanie, dévaluation du franc des Colonies Françaises d’Afrique, austérité avec comme conséquence les départs volontaires, des retraites anticipées, une fuite des cerveaux encore préjudiciable à notre pays etc).

Le deuxième et dernier jour – assez révélateur de la lame de fond dudit sommet – a mis à nu tout le paternalisme prêté à raison à la France. L’illustration la plus achevée fut l’utilisation redondante (voire insultant pour certains rappelant le speech de SAKARZY sur la même terre) du « je » dans le discours du président de la dernière république citée (Hollande) dénoncée, du reste, par un courageux ministre béninois ayant pris part à ce « grand sommeil ». En président le passage de témoin entre sortant et entrante, Hollande affirme sans ambages « QU’IL » a porté son choix sur Mme JEAN.

Mais cela peut ne pas choquer. En effet, ce contenu du sommet n’est pas nouveau. C’est quasiment les mêmes scénarios toutes les années. Donc moins attentatoires. Le plus grave est dicté par le contexte et pose un problème à la fois transversal et humanitaire. Comme par hasard le sommet se tient dans un pays limitrophe du berceau de la maladie à virus EBOLA par ailleurs ayant payé le plus lourd tribu de victimes. Or, mis à part quelques lignes discursives de quelques orateurs sur ce fléau, la maladie n’a même pas fait l’objet d’un rendez vous ultérieur. L’Afrique, pas seulement francophone – car Ebola ne connait pas de frontières linguistiques- et le monde entier – car Ebola s’est exportée dans tous les coins de la planète – gagnerait à entendre un engagement résolu pour vaincre cette épidémie qui a fait plus de 5000 morts en un temps records. Imaginons une décision d’envergure du monde francophone pour aider à relever un des plus grands défis de notre temps. La francophonie ne s’en portera que mieux au lieu de se gargariser de centaines de millions de locuteurs de cette belle langue du reste. La francophonie a manqué un rendez vous historique pour se hisser au niveau le plus élevé des organismes du même type. L’opportunité était rare compte tenu du contexte épidémique. Mais hélas ! hormis le contexte global de Ebola, la proximité avec la Guinée voisine – le frère et Président Alpha CONDE et les autres chefs d’Etat affectés n’ont même pas été consolé par leurs pairs – aurait dû inspiré une telle initiative chez les participants. Et le Sénégal aurait dû porter le noble et ambitieux plaidoyer de HALTE A EBOLA. Hélas !!!!

Et comme par hasard aussi, ce sommet s’est terminé la veille de la mémorable journée de lutte contre le SIDA ; autre grand fléau de notre époque. Tout ce qui est dit sur Ebola reste valable pour ce vieux démon. Ce n’est un secret pour personne que le Sida est l’une des plus grandes causes de mortalité dans le monde en général et en Afrique particulièrement. La maladie Ebola peut être regardée comme « conjoncturelle » alors que le Sida apparait comme une donnée structurante de nos sociétés. C’est l’une des rares maladies à bénéficier – avec le paludisme – d’un programme et/ou d’un plan permanent de lutte. Qui plus est, le « grand sommeil » se tient sur la terre la plus affectée par la pandémie ; l’Afrique.

En définitive, il est important de souligner ces graves manquements. Parce que le développement souhaité passe certes par la démocratie et la paix – la francophonie s’y active tant bien que mal – mais il n’est profitable qu’à des sociétés saines d’esprits et de corps. La nouvelle orientation d’une francophonie plus économique voulue par Mme JEAN ne doit nullement occulter la dimension sociale des fortes problématiques de notre ère. C’est dommage que le Sénégal – jadis avant-gardiste et terre de réflexion et d’action – et l’Afrique francophone n’aient pas porté le combat pour ouvrir la voie au reste du monde afin de ne plus simplement compter mais peser véritablement dans le grand concert des nations locomotives.

 

 

 

 

Babacar THIAM

Juriste publiciste

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