Maire du Havre depuis 2010, député de Seine-Maritime depuis 2012, Edouard Philippe, 46 ans, marié et père de trois enfants, a été nommé ce lundi 15 mai Premier ministre d’Emmanuel Macron. A 46 ans, cet élu de droite et fidèle d’Alain Juppé, dont la nomination était pressentie, devient le plus jeune chef de gouvernement depuis Laurent Fabius en 1984.
Il incarne parfaitement la politique telle que la conçoit le nouveau président de la République. Enarque de formation, “étoile montante” des Républicains dont s’émancipe celui qui devait symboliser le renouveau à droite, il peut faire sienne l’expression du jeune chef d’Etat qui se revendique “de droite et de gauche”.
Un rocardien déçu par le PS
Car avant d’adhérer à l’UMP puis chez les Républicains, Edouard Philippe a fait ses premiers pas en politique dans le sillage de Michel Rocard. Il quittera le PS quelques temps après l’éviction de l’ex-Premier ministre socialiste de la direction du parti et son exécution politique ourdie par François Mitterrand.
Fils de deux professeurs de lettres, Edouard Philippe admet lui-même être issu d’un milieu familial “plutôt de gauche”. Natif de Rouen, c’est à Bonn, en Allemagne, où son père avait été nommé directeur du lycée français de la ville, qu’il a obtient son bac. Il poursuit de brillantes études: hypokhâgne pendant un an , Sciences Po pendant trois ans, puis l’ENA dont il sort en 1997 parmi les quinze premiers de la promotion Marc Bloch (1995-1997). Il démarre alors une carrière de haut fonctionnaire au Conseil d’Etat et se lance en politique chez les Rocardiens.
En 2002, Juppé devient son nouveau mentor politique
Déçu par son expérience au PS, il regarde alors sur sa droite et se rapproche d’Antoine Rufenacht, maire du Havre de 1995 à 2010 auquel il succédera. C’est en participant à la création de l’UMP en 2002 qu’il apprend à connaître Alain Juppé dont il devient l’un des plus fidèles lieutenants. En 2004, quand l’actuel maire de Bordeaux est condamné à 18 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs du RPR à la mairie de Paris, Edouard Philippe met lui aussi sa carrière politique entre parenthèses et s’aventure dans le secteur privé. Au retour d’Alain Juppé dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy en 2007, le jeune énarque rejoint le cabinet du ministre de l’Ecologie. En 2008, quand Alain Juppé abandonne ses fonctions ministérielles, Edouard Philippe repart dans le privé et devient directeur des affaires publiques d’Areva. Et lorsque le maire de Bordeaux déclare sa candidature à la primaire de la droite en 2012, un nouveau chapitre de la collaboration entre les deux hommes s’ouvre naturellement : Edouard Philippe devient son porte-parole. Légitimiste, il soutiendra François Fillon, puis se mettra en retrait de la campagne du candidat de la droite quand éclatera l’affaire du “Penelope gate”.

Il profite alors de cette sortie se campagne prématurée pour travailler sa gauche et son uppercut, car le Normand qui préfère la bière au cidre aime la boxe autant qu’il déteste le dentiste où il pourrait finir sur un mauvais coup. Il confesse aussi sa peur maladive des requins, les vrais, pas ceux que l’on croise dans les eaux troubles de la politique…
« Macron n’a ni le charisme de Kennedy, ni les principes de Mendès-France »
(Edouard Philippe)
Edouard Philippe n’a pas toujours été “Macron-compatible”. En septembre 2016, alors que pour Alain Juppé, la primaire de la droite ne doit être qu’une formalité avant sa victoire annoncée au scrutin suprême, son lieutenant dit ce qu’il pense du leader d’ En Marche! “Il y a deux Macron. Celui des discours – avec lequel je suis souvent d’accord –, et il y a le Macron des actes (…) dont on ne peut pas dire qu’il ait fait des choses considérables”. Un peu plus tard, en janvier 2017, le juppéiste en rajoute une couche dans une chronique publiée dans les colonnes de “Libération”: “Pour certains, impressionnés par son pouvoir de séduction et sa rhétorique réformiste, il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. On peut en douter. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes.”
“Rodomontades de circonstance”, considèrent ceux qui connaissent l’un et l’autre, leur respect et leurs bons sentiments réciproques. Quand la comédie politique ne lui impose pas de malmener Emmanuel Macron, il déclare sans hésitation “bien aimer” le nouveau président de la République, “car c’est quelqu’un de sympathique et d’intelligent pour qui j’ai de l’estime”. Macron pense à 90% la même chose que moi”, considérait-il un jour de 2015. Depuis, les deux hommes ont eu le temps de régler leurs 10 % de désaccords…

Auteur: LIONEL LAPARADE – La Depeche

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