finance islamique

Par MALICK DIAWARA(LEPOINT)

La dernière en date concerne la Banque Zitouna. Celle-ci vient de signer à Tunis avec la Banque islamique de développement (BID) un accord de partenariat stratégique portant sur la création d’une institution de microfinance islamique. Destinée au marché tunisien, la nouvelle institution va disposer d’un capital de l’ordre de 15 millions de dinars, soit 9,4 millions de dollars. À côté de la Banque Zitouna qui détiendra 35 %, il y aura sa filiale d’assurances, Zitouna Takaful (15 %), ainsi que la BID, la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, et enfin La Poste tunisienne. Profitant d’une rencontre organisée à Tunis autour du thème “Le cadre juridique de la microfinance en Tunisie”, Ezzeddine Khouja, président de la Banque Zitouna, a indiqué que plus de 1,5 million de Tunisiens sont demandeurs de microcrédits. “40 % de ces personnes sont à la recherche de financements conformes à la Charia islamique”, a-t-il ajouté.

En Tunisie, la banque Zitouna impulse le mouvement

Sous l’oeil d’Ahmed Mohamed Ali, président de la Banque islamique de développement (BID), et de Cheikh Salah Kamel, président du Conseil général des banques islamiques (Cibafi), la Banque Zitouna a illustré l’implantation progressive de ce type de finance en Afrique subsaharienne. Elle a en effet signé une convention de partenariat avec six banques islamiques opérant dans cette partie du continent. Objectif : prévoir l’assistance et l’accompagnement des hommes d’affaires tunisiens dans leur quête d’opportunités au sud du Sahara. Actuellement nationalisée, la Banque Zitouna compte dans son tour de table la BID. Celle-ci détient 21 % de son capital. Pour rappel, la Banque Zitouna a été créée en 2010 par Sakhr El Materi, gendre du président tunisien déchu Ben Ali.

Autre pays, mais avec une approche appliquée au domaine du pétrole, le Maroc, où la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage (Samir) a signé, à la fin du mois de mars, avec la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC), membre du groupe de la Banque islamique de développement. Il s’agit d’un contrat fixant les modalités financières du renouvellement de la convention-cadre Mourabaha sur le financement des importations de la Samir en pétrole brut. Valeur globale en jeu : 240 millions de dollars, en hausse de 33 % par rapport à celle découlant des accords de 2012.

Au Maroc, la finance islamique entre dans le domaine pétrolier

Au regard de son aspect renouvelable, cette facilité de financement à terme atteindra les 720 millions de dollars. De quoi satisfaire la Samir, dont la politique d’endettement est jugée risquée en raison d’une faible capacité d’autofinancement. Il faut dire que depuis janvier dernier, elle a profité de 500 millions de dollars de financements. D’une part, 200 millions de Standard Chartered Bank et Dubai Bank, d’autre part, 300 millions de dollars avec le groupe Glencore Energy UK LT. Le principal reproche qui lui est fait est qu’elle poursuit ses opérations sans avancer de solution d’ordre structurel et conjoncturel. De quoi rendre opaques les éléments d’appréciation de sa solvabilité effective. Est-ce pour dissiper le doute rampant que la Samir a procédé fin janvier au remboursement par anticipation à un consortium de banques locales le reliquat du prêt relatif à la modernisation de la raffinerie de Mohammedia, soit à 1,7 milliard de dirhams ? La question est posée. En tout cas, à la Bourse de Casablanca, la Samir a vu ses titres progresser de 10,3 % au cours des trois derniers mois, pour une valeur de transaction globale de 85 millions de dirhams (10,42 millions de dollars).

BMCE Bank et BCP préparent leurs filiales islamiques

Dernière illustration : la Banque marocaine de commerce extérieur (BMCE) et la Banque centrale populaire (BCP). Elles envisagent de lancer des filiales dédiées à la finance islamique. Signal attendu : celui du Parlement marocain qui travaille à une loi régissant les activités des banques islamiques dans le royaume. Leurs cibles : l’épargne des classes moyennes exigeantes en matière religieuse, l’argent des investisseurs des pays du Golfe. Pour accorder toutes les musiques de cette symphonie de la finance islamique, Bank Al Maghrib, la Banque centrale du Maroc, a engagé des pourparlers avec le conseil des Oulémas. Son dessein : créer un conseil central de savants musulmans dont la mission serait de superviser le développement de l’industrie de la finance islamique dans le royaume. Selon l’agence Reuters, BMCE Bank et BCP ont indiqué que les investissements initiaux des deux groupes dans les nouvelles filiales islamiques seraient au minimum, en attendant la réaction du marché, l’adoption d’un cadre réglementaire et l’intérêt des investisseurs étrangers. Résultat : BMCE Bank et BCP rejoindraient Attijariwafa Bank, le groupe bancaire contrôlé par la holding royale SNI et pionnier en matière de filiale dédiée à la finance islamique au Maroc. Tout cela est la suite logique d’un constat : depuis 2010, les banques traditionnelles ont été autorisées à offrir un petit paquet de services financiers islamiques. Ceux-ci ont augmenté avec l’entrée en fonction du gouvernement dirigé par le Parti justice et développement (PJD), une formation islamiste modérée. D’autant que celui-ci table sur les sukuks pour attirer les fonds islamiques des riches États pétroliers du Golfe. Voilà qui explique que la Banque centrale du Maroc ait reçu plusieurs demandes d’agrément de la part de banques islamiques telles que Al Barak Bank (Bahreïn), la Banque d’investissement du Koweït et la Banque nationale du Qatar… Et cela ne fait que commencer.

AFRICPOST VIA LEPOINT

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