Aujourd’hui, un jeune Ivoirien ne passe en moyenne que 8 ans sur les bancs de l’école alors que les élèves des pays émergents en passent près de 14. Fait encore plus préoccupant, cet écart s’est creusé au fil du temps et la qualité de l’enseignement s’est dégradée. À la fin du cycle primaire, moins de la moitié des élèves ivoiriens possèdent les compétences requises en lecture ou en mathématiques (voir graphique). Ces quelques statistiques illustrent l’ampleur de l’effort à fournir pour rattraper le temps perdu, un défi qu’entendent bien relever les autorités ivoiriennes alors que le pays s’engage sur la voie de l’émergence.

La raison semble évidente. Car les pays, comme la Corée du Sud et la Malaisie, qui ont réussi leur transition vers l’émergence sont aussi ceux qui ont développé des systèmes scolaires et d’apprentissage parmi les meilleurs au monde. Pour le prix Nobel d’économie, Robert Lucas Jr. et l’économiste en chef de la Banque mondiale, Paul Romer, le développement économique dépend avant tout de la capacité d’un pays à valoriser son capital humain. Cela lui permet non seulement d’accroître sa valeur ajoutée actuelle mais aussi de créer les innovations technologiques de demain.

En matière d’éducation, les autorités ivoiriennes se sont donc fixées des objectifs ambitieux. L’école gratuite pour tous jusqu’à 16 ans en est un exemple, comme le développement de centres d’excellence et le soutien aux établissements scolaires privés. Pour cela, le gouvernement a commencé à faire un effort financier et entend encore accroître la part de son budget alloué au secteur de l’éducation. Mais il aura sans doute besoin de davantage de moyens pour construire de nouvelles écoles, embaucher de nouveaux enseignants et acquérir du matériel pédagogique. La croissance démographique et la volonté de rattraper le retard risquent en effet d’amplifier les besoins financiers du secteur et de déséquilibrer le budget de l’État si ce dernier n’améliore pas dans le même temps le niveau d’efficience de ses dépenses d’éducation.

Veiller à ce que chaque franc injecté dans le système éducatif produise un maximum de résultats est un objectif tout aussi noble qu’ambitieux. Au risque de simplifier, il faudrait que le gouvernement ivoirien s’assure que les enseignants enseignent mieux, les écoles privées répondent davantage aux attentes des familles et que les frais administratifs soient abaissés. Sur ces trois plans, le système éducatif ivoirien a du chemin à faire, même par rapport aux autres pays d’Afrique de l’Ouest, sachant que les dépenses de personnel, les subventions aux écoles privées et les frais administratifs absorbent plus de 90 % des deniers publics dédiés à l’éducation.

Dans un rapport intitulé « Le défi des compétences : Pourquoi la Côte d’Ivoire doit réformer son système éducatif », que nous publions en ce début du mois de février, nous avons exploré plusieurs pistes de réformes visant à améliorer la qualité de l’éducation en Côte d’Ivoire. Mais le dénominateur commun reste sans nul doute le besoin de formuler un pacte social où toutes les parties prenantes devront s’accorder sur le chemin à suivre. Enseignants, parents, syndicats, ministère de l’Éducation et établissements privés devront accorder leurs violons et conduire ensemble les réformes qui permettront à la Côte d’Ivoire de bâtir un système éducatif à la hauteur de ses espérances. Une chose est certaine : le statu quo n’est pas envisageable. Et chacun en a conscience.

Jacques Morisset est économiste en chef au bureau de la Banque mondiale à Abidjan et l’un des principaux auteurs du 4e rapport sur la situation économique actuelle en Côte d’Ivoire : le défi des compétences, pourquoi la Côte d’Ivoire doit réformer son système éducatif ?

Jacques MORISSET
Banque Mondiale

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