Les traitements contre le virus Ebola se développent mais leur efficacité est d’autant plus incertaine qu’ils n’ont que peu été testés sur l’homme.

Ebola ©NIAID/NEWSCOM/SIPA
Ebola ©NIAID/NEWSCOM/SIPA

Plus de 1.900 morts sur 3.500 cas confirmés. Alors que l’épidémie d’Ebola ne “peut que s’emballer”, selon le co-découvreur du virus, aucun vaccin ni traitement homologué ne servent à enrayer le virus. Face aux ravages de la fièvre hémorragique qui sévit en Afrique de l’Ouest et qui pourrait toucher jusqu’à 20.000 personnes, les autorités sanitaires ont néanmoins décidé d’autoriser l’administration de traitements expérimentaux. Plusieurs médicaments sont donc à l’essai. Panorama des principaux traitements à l’étude.

Le ZMapp, premier antidote, aux résultats mitigés

Le sérum expérimental “ZMapp”, développé par un laboratoire privé en Californie, est le premier traitement testé contre Ebola. Il est composé d’anticorps qui neutralisent le virus. Le sérum, qui n’avait jamais été testé sur des humains mais seulement sur des singes, a permis ou contribué à guérir deux soignants américains, contaminés au Libéria.

Mais les résultats sont mitigés : après des signes de progrès, un médecin libérien et un prêtre espagnol, ayant reçu le sérum, sont pour leur part décédés.

Tout dépend du moment où le sérum est administré”, affirme Sylvain Baize, responsable du centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’institut Pasteur. S’il est injecté au tout début, avant l’apparition des symptômes, là où la charge virale est moindre, le patient a plus de chances de guérir.

Limites. A l’état d’expérimentation, le sérum a créé la polémique au sein des autorités sanitaires quant à sa généralisation. Ses effets secondaires sur l’homme étant encore inconnus, il ne pouvait être homologué par les autorités sanitaires. Mais face aux ravages de l’épidémie , le comité d’experts de l’OMS a tranché, le 12 août, qu’il était “éthique d’offrir des traitements non homologués”. Autre limite : les très faibles quantités disponibles du ZMapp, déjà épuisé selon le laboratoire qui le produit.

L’avigan, déjà testé pour la grippe

Commercialisé depuis mars 2014 au Japon, l’avigan, aussi connu sous le nom favipiravir, est un médicament antiviral administré habituellement chez les patients infectés par le virus de la grippe. Il agit en bloquant la réplication du virus dans les cellules infectées afin d’inhiber leur propagation.

Contrairement au ZMapp, jamais expérimenté auparavant, les effets cliniques de l’avigan sont déjà connus, ce qui enlève le problème éthique d’administrer ou non un traitement jamais testé sur l’homme. “L’innocuité de l’avigan a donc pu être approuvée puisque le médicament a déjà été administré chez l’homme dans des cas de grippe”, affirme Sylvain Baize.

Présenté sous forme de comprimés, l’avigan est aussi plus facile à utiliser dans des zones aux infrastructures médicales limitées, à la différence du sérum expérimental ZMapp, injecté. Pour toutes ces raisons, le Japon a donc annoncé le 25 août qu’il était prêt à fournir l’avigan, avec des “réserves suffisantes pour plus de 20.000 personnes”, soit le nombre de cas de fièvre hémorragique auquel s’attend l’OMS d’ici à trois mois. 

Limites. Rien ne prouve qu’il viendra à bout d’Ebola chez l’homme. Déjà expérimenté avec succès chez des rongeurs infectés par le virus, le médicament est actuellement en phase de tests cliniques, sur des humains, aux Etats-Unis. “L’avigan n’a même pas été testé sur le singe, qui est proche de l’homme”, confesse Sylvain Baize. “Et le modèle Ebola sur la souris est complètement différent de celui sur le primate”. Patience donc : “Il faut aller plus loin pour prouver la fonctionnalité contre le virus Ebola”. 

Un vaccin expérimenté selon une procédure accélérée

Les Etats-Unis ont annoncé pour leur part vouloir démarrer le premier essai clinique d’un vaccin expérimental contre le virus Ebola selon une procédure accélérée de tests, indique le quotidien britannique “The Independent”.

Si le vaccin, co-développé par les instituts américains de la santé (NIH) et la groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline, est autorisé sur le plan éthique, autrement dit si son innocuité est approuvée, il pourrait être donné dès septembre à des volontaires sains au Royaume-Uni, en Gambie et au Mali, dans le cadre d’une série d’essais de vaccins potentiels, indique l’association britannique caritative Wellcome Trust, qui contribue au financement des essais.

D’autres études cliniques du même vaccin suivront dans les prochaines semaines dans d’autres pays. L’ambition est de mener les essais à leur conclusion d’ici la fin 2014.

Source: Magali Judith – Le Nouvel Observateur

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