Résumé
En raison des conditions naturelles favorables notamment le phénomène d’upwelling, le milieu marin de Mbour possède une grande abondance planctonique et une remarquable fertilité. Les eaux restent riches toute l’année. Son large plateau continental et les caractéristiques physiques de ses fonds marins font de cette région une surabondance et une diversité d’espèces pélagiques et de démersales côtières. Mbour-Joal possède plus de 25% des unités de pêche du Sénégal et assure 40% des débarquements totaux des poissons au Sénégal (DIAKHATE; 2005). Cependant, la seule ville de Mbour fournit 30% de la production régionale et 40% de la production nationale. Tous les types de pêche y sont de plus en plus représentés : filet dormant de fond, filet maillant dérivant de surface, senne tournante et senne de plage, des lignes (simple, poulpe et palangre) et des casiers à seiche etc. On note une diversité d’espèces qui sont débarquées à Mbour. Les espèces stratégiques sont les sardinelles (ronde et plate), le cymbium, les mâchoirons, le poulpe, seiche et le mérou (thiof) car ce sont des espèces de régulation économique et sociale en contribuant à la satisfaction de la demande en protéine animale pour la population locale (consommation locale) et en étant des sources de revenu (transformations et commercialisation).Cependant, d’innombrables contraintes ont été notées dans ce sous secteur de la pêche à Mbour.

Mots clés
Upwelling, plancton, plateau continental, pélagiques, démersales, Mbour, Sénégal

Summary
Due to favorable natural conditions including upwelling, marine environment of Mbour has a great abundance of plankton and a remarkable fertility. The waters remain full of ressources throughout the year. Its wide continental shelf and the physical characteristics of its seabed make of this region abundance and diversity of pelagic and demersal coastal. Mbour, Joal has over 25% of Senegal’s fishing units and provides 40% of the total landings of fish in Senegal (DIAKHATE; 2005). However, the only city of Mbour provides 30% of regional production and 40% of national production. All types of fishing are increasingly represented: Cross dormant net, driftnet surface, purse seines and beach seines, lines (single, octopus and longline) and cuttlefish pots etc. we note that a variety of species are landed we note that in Mbour. Strategic species sardinella (round and flat), the cymbium the catfish, octopus, cuttlefish and grouper (white grouper) since they are economic and social regulations of species contributing to the satisfaction of the local population demand for animal protein (domestic consumption) and being sources of income (transformation and marketing) .However, countless constraints were noted in this sub-sector of fishing in Mbour.

Keywords
Upwelling, plankton, continental shelf, pelagic, demersal, Mbour,

Introduction

L’influence de la ville de Mbour sur l’espace régional voire national s’exerce surtout à travers l’importance de sa production halieutique. En effet, Mbour constitue un des centres de pêche artisanale les plus dynamiques du Sénégal. Tous les types de pêche artisanale y sont représentés. Le développement de la pêche dans cette zone s’explique par les remarquables potentialités hydrologiques et biologiques qu’offre son plateau continental.

Cependant, Mbour dont l’économie dépend en large partie de la rente des pêches se trouve confronter aujourd’hui au phénomène de surpêche et de la diminution des captures, cela menace la survie des populations dont l’activité de la pêche est vital pour eux.

C’est dans ce contexte que, cet article se veut être un outil d’appui et qui permet d’avoir une idée sur l’importance de la pêche à Mbour. Mbour se trouve entre les latitudes 14°24 et 14°25N et les longitudes 16°57 et 17°00 W.

Tine

1) Modes d’exploitation des ressources halieutiques à Mbour.

Dans l’espace de Mbour, on note plusieurs modes d’exploitation des ressources marines et côtières. Parmi lesquels, on peut citer:

Les sennes (senne de plage « Mballao », senne tournante « filatourné » etc.), les filets (dormants « Mbal serre », maillants dérivants de surface « fêlé-fêlé », plongeant « Mbal nuur », dérivants de fond « yolal », Encerclant « saima », les tember-tember, etc.), d’autres techniques existent aussi à Mbour ; les lignes, la palangre »armaning », les casiers, etc.).

La senne de plage « Mballao »sa mise en œuvre consiste à piéger les poissons par encerclement et à diminuer le filet jusqu’à former une poche. Cette technique de pêche se pratique au moment de la renverse du courant du flot vers le jusant.

Ce type d’engin de pêche est utilisé dans les zones très proches de la côte à nature de fond sableux où il peut être manœuvré à partir des plages. Elle est embarquée par une pirogue de 14m avec éperon ; propulsion à la pagaie.

La senne tournante le principe de senne tournante consiste à encercler un banc de poisson directement repéré en mer. L’opération de pêche consiste à:
Larguer une bouée amarrée au filet, encercler le banc en décrivant une manœuvre tournante pour aller rejoindre la bouée, fermer le fond du filet en virant au plus vite la ralingue basse de la senne, réduire le filet en l’embarquant par la ralingue haute et la nappe, former une « poche » et embarquer les captures.

Les sennes ou filet encerclant « saima » les sennes sont des engins qui ne restent pas dans l’eau. Leur stratégie consiste en trois principales opérations.

Le repérage du banc de poisson, et/ou le moment favorable de la marée (pour les sennes à tirées à «  terre »), le déploiement de la senne « encerclement du banc de poisson visualisé ou présumé », l’opération de virage qui consiste à apporter les prises en diminuant le filet.

La senne à réduction ou les maillants sont diminutifs. Elles peuvent être munies d’une poche qui concentre les captures à la fin de l’opération.

Les filets maillants, dormants et dérivants « yolal, tember-tember, fêlé-fêlé »
Il existe aussi une autre technique appelé filet « maillant, dormant dérivant » le yolal par exemple. Ce type de pêche se pratique en « dérivant », ce qui consiste à déployer le filet en pleine mer ou en travers d’un chenal et du courant, de l’amarrer à l’embarcation et de dériver avec le filet durant le flot ou le jusant d’une marée. Les filets maillants dérivants de fond « yolal » bien que capturant de gros poissons démersaux c’est comme les fêlé-fêlé ils détruisent les habitats naturels des espèces démersales.

Les filets maillants dérivants de surface « fêlé-fêlé » pêchent les démersales et les pélagiques. Ils emportent tout à leur passage du bas de la mer vers la surface et se déplacent ce qui fait de ces filets des engins très destructeurs de l’environnement marin.

Les filets maillants dormants « tember-tember » sont comme les fêlé-fêlé mais ne bougent pas dans l’eau mais capturent tout du bas à la surface. Ce sont des filets ravageurs.

Les filets de fond « maillant ou dormant » (Mbal nuur, Mbal serr) les filets sont déployés longitudinalement sur le fond, retenus par deux ancres à chaque extrémité. Les filets maillants dormants restent en pêche par fréquences qui peuvent correspondre à un flux de marée « flot ou jusant » d’une journée à quelques jours avant d’être levés selon la fragilité des captures. La surface, la résistance aux maillages et la chute des filets maillants dormants sont corrélées à la force des courants. C’est pourquoi, certains ne peuvent pas laisser en pêche durant les vives eaux.

Les filets plongeants ou « Mbal nuur » pêchent les démersales dans leurs habitats naturels. Ils encerclent les roches et fait du bruit pour disperser les espèces (pêche à l’explosif). Cette technique de pêche est très dangereuse car détruisant les habitats naturels des espèces.

Les filets dormants « Mbal-serre » pêchent les démersales (seiches, cymbiums, soles, murex, langoustes, pélagiques poissons etc.). Ils font partie des engins les plus dangereux pour l’environnement marin. Ils sont à base de monofilament qui est non biodégradable.

Les filets droits ou trémails (les filets en ligne) ils sont constitués d’une seule nappe ou mono fil avec des hameçons appâtés de morceau de sardinelles. Ils pêchent des espèces dites nobles comme les dorades, les murex, les pagres, les pageots, mais aussi les poulpes, les seiches les murex etc.

Les filets bimails ou trémails sont constitués de plusieurs nappes juxtaposées et montées sur la même ralingue. Les deux nappes sont de grand maillage tandis que la nappe centrale est d’un maillage plus petit ciblant l’espèce et sa taille. Cet engin est très peu utilisé.

2) Vue générale sur le secteur pêche artisanale à Mbour

A Mbour, on dénombre plusieurs types de pêches. Cela s’explique par le fait que, l’exploitation des ressources halieutiques se fait selon la nature de l’espèce et que la plupart des engins sont conçus en fonction des espèces cibles. (Tableau 1).

Tableau1: Statistique de l’armement de pêche à Mbour

Catégories  Nombre de Pirogues  Nombre d’équipages  Nombre d’engins
Ligne simple 797 2391 3188
Filets dormants 94 282 11720
Sennes tournantes 138 2560 128
Lignes  à casiers 35 105 1130
Ligne glacières 89 774 1063
Non motoriser (voile) 28 33 33
Senne de plages 4 20 8

Source Comfish 2012

La pêche s’intègre dans le processus du développement économique, social et spatial de la ville de Mbour. Avec des débarquements pouvant atteindre jusqu’à plus de 30 tonnes par année tableau (tableau2), Mbour se particularise encore dans l’activité des produits post-captures (mareyage, transformation artisanale et industrielle).

Tableau2 : Statistiques de mise à terre et ventilation des apports de 2008 à 2012 en kg

Années 2008 2009 2010 2011 2012
Tonnage débarqué 30 693 507 42 203 330 31 666 450 ND 18 621 800
Consommation locale 3 818 730 5 104 330 3 937 400 ND 3 881 100
Mareyage frais 12 454 475 15 308 300 22 250 050 ND 12 446 150
Transformation industriel 1 107 796 14 406 200 2 388 000 ND 1 162 900
Transformation artisanale 3 229 500  6 501 000 2 178 000 ND 1 126 950

Centre de contrôle des pêches de Mbour

La transformation artisanale a une fonction de régulation économique et sociale dans l’espace de Mbour (Tableau3). Elle contribue à la satisfaction de la demande en protéine animale et constitue une source de génération de revenus.

Quatre techniques de transformation ont été identifiées : Salage (Sali); Saumurage / Séchage (guedj); Fermentation/ Séchage (tambadiang, metorah, yet); Fumage / Braisage (Kéthiakh et bonga)

Tableau3 : Statistiques de la transformation artisanale à Mbour de 2008 à 2012 en kg

Années 2008 2009 2010 2011 2012
Tonnage sec obtenu 1 076 500 2176 000 4 098 000 ND 375 650
Consommation locale 112 092 157 350 1 353 000 ND 15 150
Expédition 499 008 754 900 4 584 404 ND 239 250
Exportation 527 400 1 254 700 314 050 ND 127 250
Valeur commerciale estimée 416 608 000Fcfa 10 119 300 000Fcfa 838 600 001Fcfa ND 187 856 500Fcfa

Centre de contrôle des pêches à Mbour

3) Contraintes liées à la pêche à Mbour

Les contraintes qui entravent la rentabilité et la durabilité de la pêche artisanale à Mbour sont d’ordres physiques et anthropiques.

En ce qui concerne les contraintes d’ordres physiques, on peut noter l’impact des changements climatiques sur les pêcheries qui se manifeste à Mbour par une forte érosion côtière, détruisant les habitats des pêcheurs et les sites de débarquements. A cela s’ajoute une diminution noble des espèces halieutiques du faite de la pollution et de la dégradation des habitats naturels.

Quant aux contraintes anthropiques on peut noter celles liées aux mauvaises méthodes de pêche (non respect de la réglementation des directives du code de la pêche maritime, maillage, taille des espèces, les monofilaments, pêche sous marine,…) ; les contraintes techniques (non respect des normes de construction des pirogues, manque d’infrastructures poste-captures (chambres froides, complexes frigorifiques…), les contraintes économiques (cherté du carburant, difficulté dans la commercialisation, difficulté d’accès au crédit, cherté du matériel de pêche…), les contraintes sociale et environnementale ( augmentation de l’effort de pêche, surdimensionnement des filets, présence des bateaux vers les zone de moins de 7miles, compétition spatiale avec les filet (approbation de l’espace), fréquence de conflits entre filet dormant et plongeur, manque de formation des jeunes pêcheurs, non respect des pratiques de gestion des allochtones, manque de suivi des initiatives locales, capture des juvéniles, baisse des capture et non assainissements des sites …)

Conclusion

Les ressources halieutiques sont les piliers de l’économie de Mbour. La pression exercée sur les ressources halieutiques se matérialise par une surexploitation des ressources halieutiques, découlant des mauvaises pratiques de pêche, de gestion des pêcheries mais aussi de l’insuffisance des infrastructures post-captures des produits halieutiques. Pour une durabilité du secteur de la pêche à Mbour, il faut une politique d’accompagnement des acteurs aussi bien dans l’encadrement, l’aménagement, l’exploitation durable que dans la valorisation des produits post-capture. Pour cela il faut une approche de cogestion des pêcheries qui intègre tous les acteurs traitant des questions de pêche, une politique d’accompagnement et d’appui des pouvoirs publiques aussi bien dans les finances, la formation, la recherche scientifique et surtout la sensibilisation que dans l’encadrement réglementaire.

DEMBA TINE
Doctorant-chercheur en Gouvernance du littoral
Ecole Doctorale Eaux Qualité et Usages de l’Eau EDEQUE /UCAD/DAKAR Email : tinedem@hotmail.fr / dembatine@gmail.com
Sous la codirection de :
Isabelle NIANG Professeur FST / UCAD DAKAR SENEGAL
Abdelkader SBAI Professeur FLSH/ UMP OUJDA MAROC


Bibliographie
DIAKHATE .M. (2005) : Pêche et environnement ; Perception de la surexploitation halieutique et stratégie de gestion par les pêcheurs artisans de Mbour et de Joal (Sénégal) ; DEA  géographie, FLSH, UCAD, 58 pages.
TINE .D. (2012) : Gestion durable des ressources marines et côtières dans l’espace Mbour Saly : cas des pêcheries. Mémoire de master2, GIDEL, Géographie, FLSH, UCAD, 112 pages.

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