image02

Introduction

Même si depuis la nuit des temps les changements climatiques font parti de l’ordre naturel de la planète, il est prouvé que l’accroissement très perceptible des gaz à effet de serre qui est accentué depuis le début du 20e siècle contribue à l’amplification de ces changements et les rend perceptible à l’échelle de notre génération. Ce phénomène constitue une menace réelle à l’encontre des espaces naturels, notamment les littoraux et marins, de leurs paysages, de la biodiversité qu’ils abritent et des ressources naturelles qu’ils prodiguent.

D’après la FAO, les changements climatiques menacent les pêches et l’aquaculture par la hausse des températures de l’eau et le niveau des mers, la fonte des glaciers, la modification de la salinité et  de l’acidité des océans, la recrudescence des cyclones dans certaine régions et la diminution des pluies dans d’autres, et les changements de répartitions et d’abondance des stocks ichtyologiques.

Les océans fournissent notre air, l’oxygène que nous respirons et le changement climatique modifie l’antique balance entre océan et atmosphère.

La compréhension des impacts des changements climatiques sur les océans est en effet un enjeu central pour l’action politique en vue de l’adaptation au changement climatique. Pour concevoir des politiques de conservation réalistes, il faut tenir compte de manière réaliste de la complexité des facteurs qui mettent ces espèces en danger. Une politique de préservation qui s’opposerait aux évolutions de l’écosystème sans s’attaquer aux raisons de ces évolutions serait couteuse en plus d’être condamnée à l’échec. Plus encore, une politique mal informée sur la complexité de la dynamique de changement des écosystèmes pourrait ne pas prendre la bonne décision (V. Kapos). C’est dans ce contexte que je rédige cet article en se basant sur les études antérieures  pour montrer les impacts des changements climatiques sur les océans.  

  • Le réchauffement de la planète

D’après le 4e rapport du GIEC, “le réchauffement du climat ne fait aucun doute et est désormais attesté par l’augmentation observée des températures moyennes de l’air et de l’océan, la fonte généralisée de la neige et de la glace et l’augmentation du niveau moyen de la mer”. Ainsi, la température moyenne a la surface du globe a augmenté de + 1°C de 1901 à 2012.

image00

Evolution de la température moyenne à la surface du globe, sur terre, sur mer et les deux combinés d’après les données du Centre national de données climatologiques (NCDC) de la NOAA. En ordonnée, se trouvent les écarts de températures en °C de 1880 à 2014 par rapport aux normales calculées pour la période 1901-2000.
© NCDC: Global Surface Temperature Anomalies

image01


Evolution des températures moyennes mondiales sur mer et sur terre, par hémisphères depuis 1880.
En ordonnée, se trouvent les écarts de températures en °C par rapport aux normales calculées pour la période 1951-1980. En rouge la moyenne sur 5 ans, en noir la moyenne sur une année.
L’élévation de température depuis le début des années 1980 est notable tout comme les records des premières années du XXIème siècle.

Source : NASA GISS Surface Temperature Analysis

image03


Evolution des températures moyennes mondiales sur mer et sur terre depuis 1850. En ordonnée, se trouvent les écarts de températures en °C par rapport aux normales calculées pour la période 1961-1990.

© Climatic Research Unit, University of East Anglia

  • Impact du réchauffement climatique sur les océans

Les changements climatiques constituent aujourd’hui une pression supplémentaire qui menace la diversité biologique marine. En effet, les variations de température de l’eau, des teneurs en oxygène, de l’acidification, de la sévérité des événements extrêmes et des propriétés biochimiques océaniques influent sur la vie des organismes marins. Ils ont des effets directs et indirects sur le métabolisme des individus (croissance, respiration etc.), sur le cycle de vie des espèces, sur les relations entre les prédateurs et sur les modifications des habitats. Ces modifications qui se produisent à la fois au niveau de l’individu, des interactions entre les espèces et des habitats engendrent des changements dans les assemblages d’espèces mais également dans la productivité et la résilience des écosystèmes (Goulletquer et al.2013). Les écosystèmes planétaires sont d’ores et déjà touchés par les changements climatiques. Le manque de connaissances de leur fonctionnement risque d’encourager des politiques contre productive. Cette publication sert un point d’appui pour mieux comprendre les manifestations des changements climatiques sur les océans.

2.1 Le plancton menacé

On estime qu’un tiers des émissions globales des gaz à effets de serre sont capturés par les océans notamment les par le plancton. Mais voilà, ce processus acidifie les océans par la même occasion, ce qui a une conséquence sur les populations de plancton. Ces derniers remplissent alors moins leur rôle dans le cycle de carbone, dans un cercle vicieux. L’une des conséquences du réchauffement climatique sur les océans touche directement les organismes planctoniques.

Cette perturbation est due aux modifications des propriétés chimiques de l’eau. En effet, le pH de l’eau diminue et l’eau de mer devient plus acide. Les océans ont en effet cette capacité à absorber le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Mais cette absorption entraîne une diminution du pH de l’eau de mer ; et celle-ci s’acidifie.

Cette constatation n’est pas sans conséquences pour les organismes de la faune et de la flore aquatique. En effet, de nombreux organismes marins sont dits calcifiants, c’est-à-dire qu’ils utilisent les ions carbonates présents dans l’eau pour construire leur squelette et coquille. L’acidification de l’eau de mer entraîne, par des réactions chimiques, la diminution des ions carbonates dans l’eau et altèrent la fabrication des coquilles et squelettes.

2.2 Le réchauffement marin 

L’augmentation de la température atmosphérique se répercute sur les masses d’eau. La température des eaux de surface a augmenté d’environ 1,5°C depuis les 60 dernières années. Cette augmentation a une incidence directe sur les catastrophes naturelles telles que les ouragans et les cyclones. L’eau plus chaude induit une augmentation du nombre et de la puissance des phénomènes violents tels que les ouragans. Selon une étude publiée par l’université de Londre, une augmentation de la température à la surface de l’océan de l’ordre de 0,5°C a élevé de 40% le nombre des ouragans dans l’océan atlantique entre 1996 et 2005.

Le réchauffement a encore pour effet de renforcer la stratification des eaux de surface de l’océan (moins dense parce que chauffées, elles se mélangent avec les eaux plus profondes, phénomène qui tend à réduire les flux verticaux des composés dissous ou particulier). Il s’en suit une diminution de l’apport de nutriment dans la couche de surface, qui limite la production primaire et favorise l’expansion des déserts océaniques (polovina et al.2008).

Le réchauffement aurait aussi une incidence sur l’oxygénation des océans : la solubrité de l’oxygène diminue avec l’augmentation de la température de l’eau : plus l’eau est chaude, moins il y’a d’oxygène. Les conséquences sont l’asphyxie de la biodiversité marine et la limitation de son habitat.

2.3 L’acidification des eaux de surface

Les mers et les océans ont la faculté d’absorber le CO2 de l’atmosphère. Comme la concentration de ce gaz n’a fait qu’augmenter, la quantité absorbée a augmenté également, ce qui entraine l’acidification de l’eau. Le PH océanique est passé de 8,2 à 8,1 depuis le milieu du siècle du XIX e siècle. Les eaux marines superficielles sont légèrement alcaline, leur PH moyen est aujourd’hui proche de 8,1. On appelle « acidification de l’océan » la diminution de ce PH moyen d’environ 0,1 unité depuis 1800, due à l’absorption par l’océan de 25 à 30% du CO2 émis par les activités humaines.

L’acidification de l’eau est un autre facteur de maladie et de mortalité. Les teneurs en gaz carbonique augmentent dans l’atmosphère qui est absorbé par les océans entrainant une diminution du PH. Bien que le processus soit bien connu, les effets potentiels de l’acidification des océans sur les écosystèmes marins sont insuffisamment évalués. On souligne toutefois  les effets de l’acidification sur certains organismes comme les coccolithophoridés ainsi que sur certaines espèces calcaires. L’acidification peut influer sur de nombreux écosystèmes benthiques important tels que les assemblages coralligènes, les récifs vermets et les prairies à posidania oceanica.  Pour cette dernière espèce, l’augmentation en CO2 induit des densités plus élevées mais réduit la couverture épiphytique. Les plantes vivantes à faible PH voient leurs « boucliers » d’épiphytes  calcaires amoindris et deviennent plus vulnérable aux brouteurs.

2.4 L’élévation du niveau de la mer

Le réchauffement climatique provoque la fonte des glaces, tant celle des banquises polaire que celle des glaciers de montagnes. Toute cette eau, stockée sous forme solide, se repend maintenant dans les eaux, dont le niveau s’élève évidemment. L’élévation est de 19,5cm depuis 1870 ce qui provoque des bouleversements au niveau de la bande côtière parmi : l’érosion côtière, l’avancée du biseau salée entre autres.

A cela s’ajoute la dilatation thermique engendrée par l’augmentation de la température de l’eau (plus l’eau est chaude, plus elle est volumineuse), associée à la fonte des glaces de l’antarctique, du Groenland, et de nombreux glaciers situés aux quatre coins de la planète, pourrait élever le niveau de la mer.

2.5 L’augmentation des manifestations météorologiques extrêmes

Le changement climatique se traduit actuellement par une augmentation des périodes de sécheresses, d’averses, et de tempêtes.

Au niveau de l’atlantique nord-est les épisodes de vents forts et de hautes vagues sont en augmentation.

La dynamique des océans est surtout animée par la circulation atmosphérique et la rotation de la terre. La pression et surtout le vent explique dans une certaine mesure notable l’existence et la direction des courants de surface.

Le mouvement de ces derniers est lié aussi à la densité de l’eau, qui varie selon la température et la salinité.

2.6 Le déplacement des espèces

Comme on l’a vu pour le plancton, la manifestation le plus visible aujourd’hui du changement climatique est le déplacement d’espèces. Des poisons, des mollusques, des crustacés remontent vers le nord à la recherche d’eaux plus froides. Soit parce que leur organisme a besoin d’une fourchette de température spécifique que leur habitat naturel, devenu trop chaud, ne leur fournit plus. Soit parce qu’ils suivent les végétaux, plancton et autres organismes marins dont ils se nourrissent et qui migre vers le nord. C’est ainsi que le rouget de roche qu’on rencontrait un peu au nord du manche, est devenu depuis le début de ce siècle une espèce commerciale en mer du nord, d’autres espèces autrefois réputées pour vivre sous les plus basse latitudes se répandent au-delà de 50°parallèle, comme l’anchois, la sardine, le thon rouge, lalbatétier, la pastenague commune, le requin renards, le requin bleu …

Pareil phénomène existe également plus au sud. Des espèces, vivants habituellement le long des côtes africaines remontent vers le nord. Des espèces tropicales de cabillaud (physiculus dalwigki) de mortelle (Gaidropsarus granti) et de serpentons (pisodonophis semicintus) sont à présent répertoriées jusqu’en Galice. De même, l’atlas du CIEM3 des espèces exotiques ne cesse d’allonger sa liste de poissons tropicaux venus s’installer durablement en méditerranée via le canal de suez ou le détroit de Gibraltar ; parmi elles, le requin soyeux et la sole du Sénégal, deux espèces au potentiel commercial intéressant.

2.7 Les récifs coralliens menacés

Sachant que plus de 25% de toute les espèces marines vivent dans les récifs coralliens et prairie sous-marine et que prés de 850 millions de personnes y trouvent leur moyen d’existence, la perte de ces récifs représenterait une « extinction catastrophique ». Les récifs et les prairies sous-marines pourraient disparaitre d’ici 2050 sous l’effet des changements climatiques (WWF, 2015). En effet, les récifs coralliens qui abritent de nombreuses espèces marines sont menacés par le changement climatique de deux façons : d’une part, par le blanchiment et la destruction des récifs, et d’autre part, par l’interruption de la calcification due à l’acidification des océans. Les coraux ont du mal à se déplacer à des latitudes plus élevées où ils ne trouvent pas de surfaces adaptées à leur survie, explique la FAO. Prés de 500 millions de personnes au niveau mondial dépendent de récifs coralliens en bonne santé pour leurs subsistances, la protection des côtes, les ressources renouvelables et le tourisme.

Conclusion

Le changement climatique modifie la productivité des écosystèmes marins et a un impact sur la pêche, alors que la demande de poisson destinée à la consommation humaine augmente, que le poisson est la principale source de protéines animales pour un milliard de personnes et qu’il s’agit de l’une des ressources renouvelables les plus échangées au monde. Les changements des caractéristiques physico-chimiques de l’eau des mers ont un impact sur le métabolisme des individus, sur le cycle de vie des espèces, sur les relations entre proies et prédateurs et sur les modifications des habitats. La répartition géographique des poissons (vitesse de déplacement en direction des pôles est de 72,01km plus ou moins par décennie) ainsi que la dynamique des écosystèmes pourraient subir de profondes perturbations dans les décennies à venir, affectent ainsi les pêcheries au niveau mondial et compromettent la sécurité alimentaire dans nombreux pays du sud. Le maintien des écosystèmes marin en bonne santé et productif est un enjeu crucial.

Bibliographie

CIEM3 (2007) : Pêche et aquaculture en Europe ; changement climatique : quel impact ? 12 pages.

FAO (2008): Report of the FAO expert workshop on climate change implication for fisheries and Aquaculture: of Rome, Italy, 7-9April 2008. FAO fisheries Report n°870

Goulletquer.P, Gros. P., Bœuf .P. et Weber.J Biodiversité en environnement marin. QUAE édition

Polovina,JJ.,E.A.Howell , M. Abecassis (2008). Ocean’s least productive water are expanding, Geophys.Rest. Lett. 35, L03618.

www.ocean-climat.org

Demba Tine: Doctorant-chercheur en Gouvernance du Littoral : Ecole Doctorale, Eau, Qualité et Usages de l’Eau. EDEQUE/ UCAD DAKAR

E-mail : tinedem@hotmail.fr / dembatine@gmail.com

Sous la Codirection de ;

Professeur Abdelkader SBAI. F.L.S.H/UMP/OUJDA MAROC

Et  Professeur Isabelle NIANG. F.S.T/UCAD/DAKAR SENEGAL

Comments

comments

Loading...