sokome (1)

A cinq mois de la 58éme élection présidentielle aux Etats-Unis qui aura lieu le 08 novembre 2016, Africpost a contacté le Consultant sénégalais, Souleymane SOKOME (Photo), basé á Berlin, pour analyser et expliquer le systéme politique et électoral américain, aux lecteurs du journal panafricain. Explications d´un expert. 

Rappelons que, les Etats-Unis demeurent une vieille démocratie dont la Constitution date depuis 1787. Le régime politique américain est fondé sur les principes du fédéralisme avec 50 Etats auxquels s´ajoutent le district de Columbia. Á l´instar de la République fédérale d´Allemagne, chaque Etat fédéré a sa propre Constitution qui précise l´organisation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Les Etats fédérés disposent donc de leur propre organisation judiciaire au sommet de laquelle se trouve une Cour suprême. Cette dernière dont le siége se trouve á Washington est aussi le tribunal de dernier ressort pour les citoyens américains. Contrairement au régime semi-présidentiel comme par exemple le Sénégal oú l´élection est nationale (suffrage universel direct), les américains choisissent leur président et vice-président par un scrutin indirect c´est á dire ils votent pour élire les membres du Collége électoral dans chacun des 50 Etats, plus le district de Columbia y compris la capitale Washington DC. Aux Etats-Unis, il n´existe pas aussi de gouvernement collégial, mais un Président qui s´entoure de secrétaires responsables politiquement devant lui. Chaque pouvoir est contrebalancé par un autre pouvoir: celui du Président par celui du Congrès, celui du Sénat par celui des représentants, celui des électeurs par celui des Grands électeurs. La fonction présidentielle ne dispose que de pouvoirs limités.

Conditions d’éligibilité pour le Président et le vice-Président selon l´article II de la Constitution

Dans tous les pays du monde, un certain nombre de critères obligatoires pour être candidat á une élection présidentielle doivent être remplis. Si au Sénégal il faut être exclusivement de nationalité sénégalaise, jouir de ses droits civils et politiques et être âgé de 35 ans au moins le jour du scrutin, aux Etats-Unis par contre les règles sont plus strictes. Pour être éligible, il faut avoir plus de 35 ans, être citoyen américain de naissance (les étrangers naturalisés américains sont exclus c´est le cas de Arnold Schwarzenegger, autrichien naturalisé américain), avoir résidé au moins 14 ans aux Etats-Unis, et ne pas être candidat á un troisième mandat. La Constitution américaine limite les mandats présidentiels á deux et le Président Barack Obama ne peut plus se représenter. Depuis 1951 et l’adoption du 22e amendement de la Constitution, un président américain ne peut assumer plus de deux mandats à la Maison Blanche, qu’ils soient consécutifs ou non. Seul Franklin D. Roosevelt a rempli trois mandats consécutifs et est mort au cours du quatrième (1933-1945), peu avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale. C’est précisément cette exception qui a incité les législateurs américains à limiter la possibilité pour un président sortant de se représenter.

Comment les candidats sont désignés ?

Pour diriger la plus grande puissance mondiale, il est préférable d´appartenir á l´un des deux partis traditionnels majoritaires : les Républicains et les Démocrates. Les candidats issus de ces partis se déclarent une année avant l´élection présidentielle et entament une campagne de plusieurs mois, ponctuée d´élections primaires ou caucus, dont l´issue est en général connue au mois de mars. Les primaires se tiennent d´une maniére générale le mardi d´oú le nom « Super Tuesday » en langage politique américain. Ce sont les citoyens et les militants politiques qui choisissent les futurs candidats á la présidence. Pour pouvoir gagner les primaires, il faut impérativement au moins 1144 délégués sur 2286. Ce qui permettra d´investir officiellement les deux favoris dans la course á la présidence lors de la grande convention républicaine ou démocrate qui se tiendra du 18 au 21 juillet 2016 á Cleveland en Ohio pour les républicains et du 25 au 28 juillet á Philadelphie en Pennsylvanie pour les démocrates. La rencontre politique a pour but de choisir les candidats à la présidence et à la vice-présidence et d’adopter le programme du parti. Du côté des démocrates, Hillary Clinton qui bénéficie le soutien politique et inconditionnel du Président Barack Obama, fera face á son challenger Bernie Sanders qui refuse toujours de se retirer de la course malgré les défaites accumulées lors des primaires. En cas de victoire finale, Hilary Clinton deviendrait ainsi la premiére femme á diriger les Etats-Unis. Les allemands ont réussi le pari en 2005 pour élire pour la première fois dans l´histoire Angela Merkel comme chancelière. Cependant on peut toutefois sans discrimination s´interroger sur l´aptitude des américains á être dirigés par une femme. Les Etats-Unis sont-ils prêts á élire une femme présidente ?  Selon l´opinion publique, deux Américains sur trois pensaient «oui». Huit ans plus tôt, c’était difficilement un peu plus de la moitié. En octobre 2015, les positions se confortaient. Ils étaient 95% à répondre favorablement à la question 37 de l´enquête de l’université de Suffolk: «Voteriez-vous pour une femme qualifiée à la présidentielle?»

Quant aux républicains, Donald Trump domine le jeu politique devant Marco Rubio, Ted Cruz et John Kasich. Trump n´est pas un homme politique, mais comme disent les américains un « dealmaker » avec un franc-parler populiste. Sans être partisan et d´une maniére objective, la doctrine de Trump bloque le systéme en opposant aux hauts-fonctionnaires et aux professionnels de la politique. Il est plus proche des super-riches qu´aux hommes politiques. L´avocate Hilary Clinton quant á elle incarne une politique féministe intégriste et son discours politique répond aux normes du systéme américain. Elle pourrait assurer la victoire en cas de duel avec Donald Trump en novembre 2016 même si il faut rappeler qu´elle se trouve sous le coup d´une grave enquête judiciaire qui permet d´exercer sur elle un chantage et donc de la contrôler politiquement.

La désignation des « Grands électeurs

L´élection du Président des Etats-Unis est un processus complexe. Les américains comme je l´ai évoqué au début de mon analyse, n´élisent pas directement leur président. Ils forment un Collége électoral qui se réunit á Washington. C´est ce Collége électoral, relique constitutionnelle de longue date, qui élira le Président et le vice-président. Chacun des cinquante Etats et le District de Colombie élisent un nombre de Grands électeurs égal au nombre de ses Représentants et Sénateurs soit un total de 538 (100 au titre du Sénat, 435 au titre de la Chambre des représentants, 3 pour le District de Colombie). La Californie qui reste la plus peuplée, compte á elle seule 55 grands électeurs, contre 3 pour les Etats les moins peuplés á l´instar du Delaware et de l´Alaska. Les Etats fédérés dans leur majorité appliquent la régle du « winner-takes-all » c´est á dire le candidat arrivé en tête dans un Etat rafle l´ensemble des voix des grandes électeurs de cet Etat. Ce qui signifie qu´une majorité simple suffit.

Si les candidats sont á égalité comme cela s´est passé dans les années 1800 et en 1824 c´est la Chambre des représentants qu´il incombe de choisir le futur Président. La complexité du systéme politique et électoral américain pousse les candidats á viser les Etats clefs comme Floride, Ohio, Pennsylvanie, Michigan, Colorado, Californie, Texas, l´État de New-York, la Virginie. Rappelons également qu´il se peut dans le systéme électoral américain qu´un Président soit élu sans obtenir la majorité absolue des suffrages de la population comme par exemple le cas de George Bush en 2000. L’élection présidentielle américaine de 2000 a été la plus incertaine et la plus contestée de toute l’histoire des Etats-Unis.

Au finish, le candidat ayant recueilli le suffrage d’au moins 270 grands électeurs est élu 45eme président des Etats-Unis. Il faut retenir que quel que soit le candidat qui sera élu le 8 novembre 2016, sa campagne aura duré plus d´un an et sera marquée par de nombreuses échéances électorales. Ce qui confirme la bonne santé de la démocratie américaine même si de mon point de vue personnel aucune démocratie n´est parfaite. Pour le moment á quelques mois des échéances rien n´est joué car les Etats indécis sont l´enjeu. Ils peuvent faire basculer l´élection présidentielle américaine.

Souleymane SOKOME

Consultant Juridique et Politique á Berlin

 

 

 

Comments

comments

Loading...