Des ONG dénoncent l’opacité du négoce du pétrole africain sur le marché suisse

Des ONG suisses et américaines ont dénoncé, dans un rapport publié le 21 juillet, l’opacité du négoce du pétrole africain sur le marché suisse. La Déclaration de Berne Swissaid et le Naturel Resources Governance Institute ont également noté dans ce rapport publié à Lausanne et Berne que les ventes du pétrole africain sont soumises à l’hégémonie des sociétés de négoce suisses, soulignant le manque de transparence de ces transactions représentant des dizaines de milliards de dollars.

« Il n’y a aucune transparence sur où va l’argent lié à ces ventes de pétrole alors que les montants sont faramineux », a affirmé Marc Guéniat de la Déclaration de Berne.

Au cours des trois dernières années, ces sociétés suisses « se sont aménagées une part de marché de 25% sur le segment très opaque du pétrole mis en vente » dans le monde par les États subsahariens et les compagnies publiques, selon les trois ONG. Cette part de marché représente 55 milliards de dollars et « l’intégralité du produit de ces ventes n’atterrit pas dans les caisses des États », a ajouté M. Guéniat.

Les groupes de négoce suisses bénéficient parfois d’une situation de quasi-monopole. Ainsi, les sociétés suisses de négoce dominent nettement les exportations au Gabon, en Guinée équatoriale, au Cameroun, au Nigeria ainsi qu’au Tchad, selon le rapport.

Au Tchad, l’une d’elles, Glencore, a acquis, en 2013, 100% de la part étatique du pétrole pour une valeur correspondant à 16% du budget national de ce pays, l’un des plus pauvres de la planète.

En Guinée équatoriale, les ventes de pétrole national effectuées par les firmes suisses Arcadia, Glencore, Trafigura et Vitol se sont élevées à plus de 2,2 milliards de dollars en 2012, un montant égal à 36% des recettes de cet État, où la corruption reste endémique.

« Le PIB de la Guinée Equatoriale, grâce au pétrole, est proche de celui d’un pays membre de l’UE alors que son niveau de pauvreté réel est catastrophique. On peut alors se poser la question de savoir où va l’argent du pétrole », a encore indiqué M. Guéniat.

Notant que les ventes de pétrole brut par les gouvernements et leurs compagnies nationales sont l’un des secteurs les moins étudiés de la gouvernance du secteur pétrolier, la Déclaration de Berne Swissaid et le Naturel Resource Governance Institute se sont concentrés sur 10 pays d’Afrique sub-saharienne exportateurs de pétrole: Angola, Cameroun, Congo (Brazzaville), Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Nigeria, Soudan du Sud et Tchad.

Les ONG demandent aux pays producteurs d’adopter des règles assurant « l’intégrité dans la sélection des acheteurs, et la fixation du prix de vente » et de publier les noms des sociétés qui achètent le pétrole étatique.

En juin dernier, la Suisse a demandé plus de transparence dans le secteur des matières premières, mais uniquement pour les entreprises faisant de l’extraction. Le négoce en est exclu. « En tant que pays hôte de la première place de négoce des matières premières au niveau mondial, la Suisse peut et doit prendre ses responsabilités », indiquent les auteurs du rapport.

Quelque 570 sociétés de négoce de matières premières sont installées en Suisse, et emploie 10 500 personnes, selon les derniers chiffres disponibles.

Agence Ecofin

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