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Rost est un homme d’une main de fer dans un gant de velours surtout quand il s’agit d’imposer ses idées pour combattre l’Inégalité et l’Injustice. Ses interventions télévisées sont toujours remarquées. Rost est avant tout un rappeur engagé pour qui l’expression est la plus belle arme. Taggeur de renom puis rappeur reconnu il est depuis huit ans le porte-parole médiatique et politique de la masse silencieuse. Il a mené plusieurs actions pour soutenir la cause des sans-abris, des personnes issues des quartiers populaires ou celle des sans-papiers….Son vrai nom Amewofofo signifie « grand-frère » … tout un symbole pour cet homme construit dans le combat et dans la force de ses convictions, qui n’hésite pas à porter haut et fort la voix du peuple, trop souvent ignorée ou stigmatisée. Une des rares minorités visibles dans la sphère politico-médiatique, ROST joue un rôle essentiel dans l’éveil des consciences. Son propre parcours n’a pas été semé d’embuches mais de murs qu’il a su détruire pour mieux se reconstruire. Son histoire, il la raconte dans son livre « Enfants des Lieux Bannis » où son parcours forge le respect et représente une vraie bouffée de vérité et…de vie. Rost, Rescapé des cendres consacre depuis chacun de ses souffles à insuffler de l’espoir à tous les exclus! Il prépare un nouvel album et travaille sur l’adaptation de son livre au cinéma. Entretien choc avec ROST…

D’où vous vient votre combat contre les injustices et pour la défense des plus défavorisés ?

Ça vient de ma propre vie. C’est d’abord un combat contre mes propres démons. J’estime que c’est un devoir de ma part d’éviter aux autres de vivre ce que j’ai vécu, surtout pour nos petits frères. J’ai énormément de chance d’être encore vivant et donc si mon expérience peut servir aux plus jeunes….De mes quinze ans à mes dix-neuf ans, j’étais chef de bande et à cause de règlements de compte qui ont mal tourné j’ai perdu des potes. Moi-même, j’ai frôlé la mort plusieurs fois. Nous vivions à neuf avec ma famille dans un taudis de 29m2 à Belleville qui s’écroulait à moitié où il y avait des toxicos qui se piquaient dans les cages d’escaliers. C’était un quartier très violent à l’époque. Je pense que le combat vaut la peine d’être vécu si je peux éviter qu’il y ait moins de mères en larmes.

Après les émeutes dans les banlieues en 2005, vous fondez l’association « Banlieues Actives ». Vous parcourez toute la France pendant un an afin d’inciter les gens des quartiers à aller voter. Jusqu’au-boutiste, vous êtes reçu par les hommes politiques en 2006 afin qu’ils répondent à 10 questions sur les problématiques des quartiers. Ce guide du votant est distribué gratuitement à 100 000 exemplaires dans les quartiers populaires. Le taux de participation en 2007 était satisfaisant (85%).

Comptez-vous réitérer cette opération pour les prochaines élections en 2017 ?

J’ai toujours été un artiste engagé que ça soit avec mon premier album « Vener com Lucifer » ou plus tard avec un engagement plus prononcé. Dans mon album « La voix du peuple », le titre « Revsolution » alertait déjà sur la cristallisation des tensions en banlieues : il est sorti le 21 novembre 2004. On n’a eu plein de problèmes de censure avec ce titre, qui a été déprogrammé en radio. Sauf qu’on a vu le résultat quelques mois après avec la Révolte des banlieues. Et non pas les « Emeutes des banlieues » comme ont pu dire les journalistes. On était sur le terrain, on entendait et on voyait l’exaspération psychologique dans laquelle vivaient les gens. Et les moyens pour l’exprimer étaient faibles. Donc un moment ou un autre on savait que ça allait péter. On avait alerté les politiques par rapport à ce qu’il se passait mais ils préféraient censurer au lieu d’entendre les « Maux » qu’on exprimait dans nos textes. Je suis un artiste engagé donc pour moi la musique a un vrai sens social et de combat. Par contre, j’avoue que je n’ai plus la même force et la même énergie après une quinzaine d’années d’engagement dont sept années consacrées à 100% au bénévolat. J’ai énormément donné mais il faut se construire aussi. Si certains peuvent prendre le relai ça serait bien. Je vais continuer parce que j’ai ça dans les tripes. Mais je ne pense pas que je ferai le même boulot que celui que j’ai fait en 2005-2006.

Vous êtes aujourd’hui un vrai porte-parole politique et médiatique, étant, comme vous aimez le dire, « l’écho du silence de la masse silencieuse ». Omniprésent dans les médias, chroniqueur tour à tour sur Paris Première, LCI, I télé, Europe 1, vous vous êtes engagé politiquement aux côtés de François Hollande lors des dernières élections présidentielles pour toutes les questions liées aux banlieues. Il vous a d’ailleurs proposé un poste au sein de son gouvernement. Quel était-il et pourquoi avoir refusé ?

La droite comme la gauche m’ont proposé d’agir auprès de la jeunesse des quartiers populaires. Mais je n’ai pas voulu car la politique c’est la fosse aux lions. Il y a des guerres internes dans les différents partis politiques. Moi, ma priorité est de porter des voix qu’on n’entend jamais. On est très peu à venir du terrain et à avoir un écho médiatique. J’ai donc voulu prendre mes responsabilités et projeter la lumière sur les gens de l’obscurité. J’essaie d’être l’écho du silence de la masse silencieuse. Mon but ce n’est pas de faire de la politique. Si on peut faire évoluer les choses il faut le faire mais toujours sur les idées. Et puis il est trop tôt, je ne vais pas me lancer dans la politique juste pour dire que j’ai accepté un poste. Il ne faut pas être un faire-valoir.

Vous êtes un des seuls noirs à avoir marqué le paysage audiovisuel et politique de ces dernières années. Comment expliquez-vous qu’il y ait si peu de minorités visibles dans la sphère politico-médiatique?

Je ne me définis pas par ma couleur. On est dans une république. Elle doit mettre tous ses enfants au même niveau, sans aucune distinction. On sait qu’en France il y a un problème de diversité. J’ai fait la campagne de François Hollande, je croyais en son projet. J’ai d’abord cru en l’Homme. Mais une partie du projet a été pervertie. Le renoncement du droit de vote des étrangers a été pour moi une grande amertume. Ça a laissé des grosses traces dans ma tête parce que j’étais persuadé qu’il allait le faire. Sur la question des quartiers populaires, ils ont essayé de mettre en place quelques mesures. Force est de constater que les solutions apportées ne sont pas à la hauteur. Sur la question de la diversité on a reculé. Quand on va dans les ministères ça n’a jamais été aussi « Enarque » que ça. La diversité des profils n’existe quasiment plus dans les cabinets ministériels. Sur le plan médiatique et politique, on a jamais autant avancé que sous Nicolas Sarkozy. Malgré qu’il soit totalement paradoxal, on se souvient tous de sa fameuse phrase « on va nettoyer la racaille au Karcher », il a ouvert le gouvernement à des personnalités telles que Rama Yade, Fadela Amara. Il a également donné un mot d’ordre aux médias pour qu’il y ait plus de diversité. Harry Roselmack n’est pas arrivé par hasard sur TF1. Et puis vous savez le pouvoir ne se donne pas, il se prend ! Sommes-nous assez organisés pour prétendre à peser dans les médias et la politique française ? Le temps de la critique et de la victimisation est révolu. Il y a une nouvelle dynamique qui se met en place car on sait qu’on ne peut plus fonctionner de la sorte. Au lieu de critiquer un des siens, on devrait plutôt se mobiliser et avancer ensemble car on est tous sur le même bateau. La question de la représentativité est énorme pour la construction individuelle et collective. Je pense que les politiques sous-estiment cette question d’identification.

Après tant de chemins parcourus, d’actions sur le terrain, de rencontres, d’expériences vécues, de débats avec des personnes d’horizons différents, quel regard portez-vous sur la société actuelle ?

Elle est en mutation mais je pense qu’elle a dû mal à l’accepter. Elle sort d’une période coloniale où elle avait une position de suprématie sur les pays africains. Les enfants d’immigrés ont vu leurs parents trimer, courber le dos. Aujourd’hui cette nouvelle génération revendique une place à part entière dans la république française et ça déstabilise forcément le fonctionnement de la société actuelle. Mais cette évolution va finir par se réguler. D’où l’importance d’agir sur les subconscients et les imaginaires. Beaucoup ont compris la portée négative des codes de représentation véhiculés dans certaines émissions comme « Droit de savoir » sur TF1 qui colonisaient l’esprit des gamins en leur faisant croire qu’ils étaient bons qu’à devenir dealer, rappeur… Mais c’est un leurre et notre rôle c’est de déconstruire ces imaginaires.

Selon vous, quels sont les enjeux à venir pour la France et l’Afrique ?

J’aimerais dire à tous ceux qui pensent que les personnes d’origine africaine sont venues ici pour profiter du système français que ce dernier est financé par l’Afrique. Qui a des intérêts sur le franc CFA ? Par où transite la fabrication de cette monnaie ? Qui exploite les matières premières africaines ? Ce n’est pas le peuple africain qui en profite, c’est la France. Depuis quelques années, la France est en recul sur le marché africain. Avant, le destin de la France était intimement lié à l’Afrique. Aujourd’hui, elle doit partager le gâteau avec la Chine, l’Inde, le Brésil. Il y a eu des renégociations de prix dans plein de secteurs. Quand N. Sarkozy « assassine » Kadhafi c’est pour des intérêts économiques. Quand Laurent Gbagbo a voulu renégocier le prix du cacao qui pèse lourd dans le budget de la France, N. Sarkozy l’a fait chuter et a propulsé en même temps son ami Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. On est dans un changement de paradigme. L’Angola a été longtemps une colonie portugaise. Depuis quelques années, l’Angola rachète tout au Portugal et beaucoup de portugais immigrent en Angola. On dit « celui qui possède l’Afrique… possède le monde ». Beaucoup d’experts disent que l’Afrique va être dans 20 ans ce que la Chine est aujourd’hui. Mais il faut que le continent se défasse du CFA, monnaie du colon, et crée sa propre monnaie, gérée uniquement par les Etats Africains. Les transformations des ressources comme le cacao doivent se faire également sur place et non ailleurs pour éviter la flambée des prix.

Quelle est votre actualité ?

Je prépare un nouvel album.

Je suis également en train d’écrire un scénario de film, une adaptation de mon livre autobiographique « Enfants des Lieux bannis ».

Parallèlement, je continue à être chroniqueur sur Itélé et LCI.

Maya Meddeb
Journaliste freelance Amina, Gazelle, Afrique Magazine et AlgerParis

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