En dépit de l’instabilité économique mondiale, les pays africains connaissent une reprise modérée et le taux de croissance moyen du continent devrait s’établir à 2,6 % en 2017. S’il veut consolider durablement cette reprise, le continent devra toutefois établir un climat des affaires favorable susceptible d’attirer des investisseurs privés et de débloquer le potentiel d’investissement en Afrique.

C’est en substance le message délivré par les intervenants au colloque de samedi 22 avril sur l’état de l’Afrique, un événement majeur organisé chaque année par la Région Afrique de la Banque mondiale. Dirigeants du secteur privé, partenaires de développement et autres parties prenantes étaient réunis dans le but d’analyser les principaux facteurs qui pourraient peser sur l’avenir économique de l’Afrique. Une table ronde animée par Julie Gichuru, journaliste à la télévision kenyane, a également rassemblé des responsables politiques et des experts africains de l’économie.

« Aujourd’hui, les sources traditionnelles de financements sont en train de se tarir et il faut changer radicalement de modèle pour s’éloigner des modes de financement conventionnels, et favoriser des investissements plus durables », a déclaré Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, pendant son allocution d’ouverture.

M. Diop a aussi expliqué que, au-delà de la mise en œuvre de réformes structurelles essentielles et d’une collaboration régionale plus étroite, ce changement devra s’appuyer sur une volonté politique forte et sur la responsabilisation des dirigeants africains. « Nous devons aider l’Afrique à réaliser la transformation structurelle dont nous parlons depuis des années, en minimisant les risques pour les investisseurs et en laissant plus de place au secteur privé », a-t-il insisté.

Ce message est particulièrement pertinent à l’heure où la croissance des investissements en Afrique est en proie à des vents contraires. Dans sa présentation, l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Albert Zeufack, a insisté sur les facteurs externes qui durcissent les conditions de financement pour l’Afrique, à savoir le protectionnisme accru de grandes économies comme les États-Unis et le Royaume-Uni ou encore la normalisation de la politique monétaire américaine. Il a aussi mentionné l’incertitude politique croissante qui règne au Nigéria, en Afrique du Sud et en Angola, trois pays qui à eux seuls représentent 60 % du poids économique de l’Afrique. Enfin, il a évoqué les problèmes de sécurité liés au terrorisme, l’insécurité alimentaire et les risques climatiques, comme la sécheresse qui sévit en Afrique orientale.

« C’est pourquoi il faut aller plus loin dans les réformes et poursuivre nos efforts pour assurer la stabilité macroéconomique dans nos pays », a souligné M. Zeufack, en encourageant les pays producteurs de pétrole à diversifier leur économie et à réinvestir les revenus pétroliers dans le développement d’autres secteurs, dont notamment l’agriculture.

Une nécessité également rappelée par Muhamudu Bawumia, vice-président de la République du Ghana, dont il dirige aussi l’équipe de gestion économique : « Il faut que l’on comprenne, à l’échelle du continent, que le secteur agricole doit être une priorité d’investissement. »

Accroître les investissements en Afrique

Comme l’a noté Albert Zeufack, le colloque était aussi l’occasion pour la Banque mondiale et les autres partenaires de développement de réaffirmer la réelle volonté de la communauté internationale d’accroître les investissements en Afrique. Comme en témoignent le projet de « pacte avec l’Afrique » du G20 et les 57 milliards de financements alloués sur les trois prochains exercices par l’Association internationale de développement (IDA), le fonds du Groupe de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres. Les dirigeants africains sont encouragés à actionner ces leviers pour mobiliser plus d’investissements et inverser ainsi la tendance observée ces dernières années : la croissance des investissements en Afrique, qui atteignait 8 % en 2010, est en effet tombée à un niveau proche de 0 % en 2015.

À cet égard, il faut impérativement réstaurer la confiance des investisseurs en parvenant à bien conjuguer les diverses sources de financement, a souligné le ministre kenyan des Finances, Henry Rotich, pendant le débat : « Nous l’avons constaté au Kenya, cela fonctionne : les investissements ont augmenté, car nos partenaires de développement ont été en mesure de combiner leurs financements avec des prêts commerciaux. »

Pour stimuler l’investissement, il peut être tentant de miser sur des incitations fiscales afin d’attirer de potentiels investisseurs. Or, « les données empiriques collectées partout dans le monde démontrent que ce type de pratiques est insuffisant pour susciter des investissements », a mis en garde M. Zeufack. Et de poursuivre : « Si votre climat des affaires n’est pas porteur, si vos infrastructures ne sont pas adaptées, si vous n’avez pas d’institutions en mesure de promouvoir et de renforcer l’investissement privé, aucune incitation fiscale ne suffira à attirer de nouveaux investisseurs. »

La Banque mondiale s’attache à financer des projets et à fournir une assistance technique dans les domaines où le secteur privé est le moins enclin à investir. Elle aide aussi les pays à établir un environnement des affaires à même de mobiliser des investisseurs du secteur privé, d’atténuer les risques liés aux investissements et de capitaliser sur les capacités de l’Afrique à aller de l’avant.

Quand l’Afrique est aux commandes

« Il n’y a rien de plus rassurant pour un investisseur que de constater que vous êtes aux commandes et que vous gérez efficacement votre environnement », a affirmé Admassu Tadesse, président-directeur général de la Banque de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe pour le commerce et le développement (ou « banque de la ZEP » comme on l’appelle plus communément).

Les pays africains sont en mesure de créer une situation budgétaire propice au renforcement des investissements publics et privés, en gérant efficacement les dépenses et en mobilisant leurs ressources domestiques.

Rappelant la belle réussite du secteur des télécommunications en Afrique, M. Tadesse a souligné que l’Afrique peut attirer les financements dont elle a besoin si elle met en œuvre les réformes nécessaires et si elle sait innover : « Notre secteur des télécommunications est la preuve vivante de ce que nous pouvons réussir. Et aujourd’hui, c’est le secteur de l’énergie qui est prêt à faire sa révolution ». 

Les réformes politiques touchant aux télécommunications ont été déterminantes pour la croissance du secteur et elles peuvent aboutir au même résultat dans le secteur de l’énergie. « La résolution du problème des tarifs, sans demander aux acteurs ou aux institutions de vendre l’électricité à un prix inférieur au coût de production, peut faire une énorme différence », a ajouté Admassu Tadesse.

Les Africains doivent aussi montrer aux investisseurs l’impact réel de leurs mises de fonds. C’est une façon de renforcer la confiance des investisseurs étrangers. Par ailleurs, le récent lancement de l’emprunt obligataire M-Akiba est un bon exemple de la manière de tirer parti des ressources domestiques pour investir. « Nous avons cherché à mobiliser l’épargne des Kenyans en leur offrant un produit qui leur permet d’investir dans des obligations d’État », a expliqué M. Rotich. Avec M-Akiba, tout citoyen peut investir une somme d’au moins 30 dollars dans ces obligations, au lieu de laisser dormir son argent à la banque sans en retirer d’intérêts.

Enfin, les investissements dans les infrastructures sont un autre moyen de favoriser les synergies et le commerce entre différentes régions d’Afrique. Le mois prochain, le Kenya inaugurera sa liaison ferroviaire à écartement standard entre Mombasa et Nairobi. Géré par la Communauté est-africaine, une organisation régionale intergouvernementale, ce projet de près de 13 milliards de dollars facilitera les échanges et l’intégration régionale. Pour M. Bawumia, il faut que les dirigeants collaborent plus étroitement et définissent des politiques axées sur la logistique commerciale et les liaisons routières pour élargir le commerce intra-africain et doper les perspectives de croissance du continent.

Très concrètement et en se projetant au-delà du colloque, M. Diop a appelé les dirigeants africains à mettre en place des dispositifs incitatifs pour que leur administration applique les politiques définies, mais aussi à organiser des réunions régulières entre les gouvernements et le secteur privé, dans toutes les communautés économiques régionales d’Afrique.

Banque Mondiale

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