immigration

L’histoire renferme l’expérience du monde et la raison des siècles ; c’est un maître impartial dont nous ne pouvons réfuter les raisonnements, appuyés sur des faits ; il nous montre le passé pour nous annoncer l’avenir : c’est le miroir de la vérité.”Citation de Louis-Philippe de Ségur ; Pensées diverses (1823).

Si la démographie dicte le destin de l’histoire, les mouvements de populations en sont le moteur. Au cours des siècles passés, les différences de taux de croissance, les conditions économiques difficiles et les politiques menées par certains gouvernements ont engendré des migrations massives. Tantôt, ces mouvements étaient assez pacifiques et, tantôt, ils étaient violents. Au XIXe siècle, les Européens ont cependant massivement migré vers plusieurs régions du monde. Ils ont conquis et souvent exterminé d’autres peuples; ils ont exploré et colonisé des terres moins densément peuplées. L’exportation des personnes a peut être représenté la plus importante dimension de la montée en puissance de l’Europe occidentale entre le XVIe et le XXe siècle. L’histoire nous apprend donc que les plus grands migrants de ce monde sont ceux qui de nos jours combattent le plus l’immigration. N’est-ce pas les Européens après avoir pris possession des vastes terres de toutes les Amériques et exterminé une grande partie des autochtones, ont déporté sans aucune honte des millions d’Africains pour en faire des bêtes de somme (dans les plantations) et des domestiques dans les familles. Et ce sont ces Noirs arrachés brutalement de leur terre qui ont viabilisé les terres des Amériques, et servi de domestiques. Certains d’entre eux, surtout leurs descendants ont été employés dans les armées et comme de la main-d’œuvre dans les usines. Ces individus ont par conséquent contribué massivement malgré eux au développement économique de pays européens et américains. Ils ont enrichi tous ceux qui ont profité impitoyablement de la sueur de leur front. Les bénéfices colossaux amassés de l’esclavage transatlantique ont créé des fortunes immenses en Europe et en Amérique et permis de financer la révolution industrielle du XIXe siècle. Le monde est bâti sur des injustices et sur d’énormes souffrances humaines. Nietzsche connu pour ses dires vrais a affirmé: La terre a une peau et cette peau a des maladies; une de ces maladies s’appelle l’homme (Aurore).  L’homme est un animal nuisible, un prédateur nocif, un pilleur de trésor irremplaçable. L’homme dominateur des XIXe et XXe siècle est une parfaite illustration. D’ailleurs le XXe siècle avec ses deux énormes guerres mondiales et ses millions de morts a entièrement donné raison au philologue allemand  Nietzsche.

Qui donc connaît la vraie histoire humaine si occultée ? Sûrement pas l’homme occidental, qui si l’on croît le réalisateur et journaliste d’enquête américano-russe Andre Vltchek parlant de la puissance de l’Occident et son appareil de propagande narre: “Pour avoir vécu sur tous les continents, je peux affirmer que les «Occidentaux» forment le groupe le plus endoctriné, le moins bien informé et le moins critique de la Terre, à quelques exceptions près, bien sûr, comme l’Arabie saoudite» – financière de l’islamisme radical et alliée de l’Occident. Cet état des choses est voulue parce qu’en occident, la seule histoire officielle enseignée dans les écoles en ce qui concerne la thématique migratoire européenne dans le reste du monde, est  celle qui met en avant les bonnes œuvres réalisées par les Européens et fait abstraction de ce que les autres ont subi. Simone Veil, n’avait-elle pas raison de dire: croire à l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole. La transmission d’une fausse information historique est une énorme faute et un cancer dans les rapports entre les humains. Elle doit par conséquent être rectifiée dans les manuels historiques, scolaires et dans tous les domaines du savoir. La vérité doit être vulgarisée afin que tous les citoyens des pays concernés puissent être informés et savoir ce qui s’est réellement passé. Ceci est très indispensable parce que quand les gens sont bien informés, ils deviennent de bons citoyens, ouverts d’esprits, tolérants, respectueux des différences et solidaires, alors que s’ils sont mal informés ils sont l’exact contraire de tout cela et deviennent même des sujets, qu’on peut utiliser comme on veut sans qu’ils s’en aperçoivent. En ce qui concerne donc l’immigration européenne, il est important de comprendre que celle-ci ne peut être comparée à aucune autre forme d’immigration de l’histoire de l’humanité, car elle est plus violente dans le fond et dans la forme. Elle a exterminé, confisqué des terres, réduit des populations en esclaves, à la servitude et commis des génocides culturels. Elle a détruit des familles en séparant ses membres, a anéanti des sociétés et des cultures entières en mettant en lieu et place leur façon de vivre et leurs cultures. Elle a mis en place un système capitaliste qui a déshumanisé certains peuples comme les Amérindiens, les Africains noirs, les Aborigènes d’Océanie, etc. Tout cela par la force des armes bien entendu! Cette histoire dont nous vivons pleinement les conséquences aujourd’hui, ne devrait pas être occultée dans les manuels scolaires. C’est une vérité historique qu’il faut diffuser chez les jeunes  pour que non seulement, ils réalisent ce qui s’est réellement passé mais également qu’ils acceptent plus facilement les autres migrants arrivés après eux. Enseigner cette histoire, est plus qu’une nécessité. C’est rétablir la vérité et permettre des individus de différentes origines d’exister, de se sentir humain et de réussir à vivre ensemble avec d’autres peuples dans la tolérance, la paix et la concorde en mettant en avant des valeurs forts comme la justice, le respect et l’égalité des chances. Ne pas tenir compte de ce passé, refuser de l’enseigner et de le diffuser au près de l’opinion publique c’est constater un monde qui va à la dérive, un monde qui devient de plus en plus violent, c’est assister à la souffrance morale, psychologique et physique de millions d’humains sans rien faire. Or, ne pas agir, rester indifférent et garder le silence sont le pire des services rendus à notre monde en ce moment.

Tout en dénonçant ces aspects sombres et voilés de l’histoire, il faut aussi mentionner les apports des peuples moins opulents au monde développés. L’histoire des Trente glorieuses pour ne parler que de la plus récente, nous a apprises aussi que les pays économiquement forts se sont reconstruits en faisant appel aux immigrants. Les pays européens dévastés par la plus grande guerre de l’histoire humaine, la seconde Guerre mondiale (1939-1945) après une Première guerre (1914-1918) qui l’avait déjà mise à terre, ont,  pour combler tout le grand vide économique, dans les usines et tous les secteurs de développement économique, et faire face à une crise sans précédent, fait appel aux populations des anciennes colonies. Aujourd’hui en France, les fils, filles, petits-fils et petites filles d’anciens migrants venus d’Afrique noire ou du Maghreb sont considérés comme des Français de seconde zone et très souvent rejetés. Il en est de même pour de nombreux Anglais qui voient de mauvais œil la présence de Pakistanais, d’Indiens, d’Égyptiens ou de Nigérians sur leur sol, oubliant ou ignorant que c’est l’Angleterre qui fut la première à aller dans ces pays pour les coloniser et profiter des ressources disponibles. Les détracteurs de l’immigration en Angleterre auraient sans doute la mémoire assez courte ne se remémorant pas cette célèbre phrase de la reine Victoria, qui, pour se vanter de la gloire de son pays au XIXe siècle disait: l’Empire où le soleil ne se couche jamais. Pire, savent-ils que les premiers camps de concentration n’ont pas été construits par l’Allemagne nazie, mais par l’Empire britannique, en Afrique du Sud: c’était pendant la seconde guerre des Boers, à l’aube du XXe siècle (1899-1902). On peut en dire autant des Belges, dont nombreux s’opposent farouchement à la présence d’immigrés africains sur leur sol sans avoir aucune notion sur l’État de Léopold II  en plein cœur de l’Afrique dès 1875. Les Allemands, les Italiens et les Hollandais peuvent aussi être mentionnés. Les premiers se sont lancés à la conquête de l’Afrique après le congrès de Berlin de 1884-1885, s’emparant par la force des armes de vastes territoires comme l’actuelle Namibie, la Tanganyika (une grande partie de la Tanzanie) ou encore le Cameroun. L’opinion publique allemande est-elle au courant qu’avant l’extermination des Juifs et des Roms, leur pays avait été impliqué dans de terribles massacres en Amérique du Sud et, en fait, un peu partout dans le monde. Qui en Allemagne connaît la décimation des Hereros de Namibie en 1904, des Mapuches de Valdivia, d’Osorno et de Llanquihue (Chili), des natifs des Samoa allemandes? Les seconds (Italiens) après avoir été défaits en 1896 à Adoua par une courageuse armée de Ménélik II d’Éthiopie sont revenus en 1936 sous le fasciste Mussolini pour occuper illégalement l’Éthiopie, un des deux seuls pays africains jamais colonisés. Les derniers (Hollandais) ont encore fait pire. Ils ont en effet occupé le sud de l’Afrique par la force, massacré une bonne partie des populations autochtones et ont même osé en 1948 instauré le pire des systèmes politiques du monde l’apartheid qui a duré jusqu’en 1991. On peut en dire autant dans les autres régions du monde qui ont y à subir la domination coloniale. Cette violence occidentale dans les pays colonisés a occasionné des dizaines de milliers de morts et des souffrances énormes et personne n’en parle, pendant que d’autres peuples victimes de tort dans le passé obtiennent des réparations financières et morales. Deux poids deux mesures !

À travers cette extrapolation sur l’histoire expansionniste et migratoire de l’Europe aux siècles derniers, on réalise clairement que la réticence de nombreux Européens envers des personnes considérés comme immigrants n’a pas raison d’être et est loin d’être fondée. Cette méfiance s’explique en grande partie par une méconnaissance de l’histoire, parce qu’on n’a pas toujours écrit ce qui s’est réellement passé. Pour finir, il est important de noter avec force que les mouvements migratoires font partie de l’histoire de l’Humanité. Ils ont permis à de nombreux pays parfois par la puissance des armes, de gagner la bataille économique, politique et même culturelle sur d’autres sociétés. Ce qui est moralement condamnable. D’un autre côté, on sait aussi que sans l’immigration de masse, des pays comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie ne seraient jamais ce qu’ils sont devenus actuellement. De ces pays, seul le canada a décidé de regarder son histoire véritablement en face en créant la commission Vérité et Réconciliation pour apaiser les douleurs des peuples des premières nations. Barack Obama a sans doute raison quand il affirme au Parlement canadien le 29 juin 2015: ” The world needs more Canada“. On peut même pousser plus loin en disant que le monde a besoin de plusieurs Canada pour sa stabilité, et l’affirmation de valeurs partagées. Il est donc utile de savoir toute cette histoire escamotée afin de déconstruire ce “mythe” très négatif entretenue autour de l’immigration et des personnes originaires d’ailleurs qui vivent en Occident. 

Dr Amadou BA Enseignant chargé de cours Laurentian University Sudbury ON Canada.

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