PierretteDenault

Sherbrooke, le 9 octobre 2015

Très cher Niane,

Nos routes se sont croisées au Québec au moment où tu complétais tes études doctorales. Au fil des ans, nous avons développé une solide amitié, toi le jeune universitaire et moi la vieille enseignante qui venait tout juste de prendre sa retraite après avoir consacré 35 années de sa vie à ce qu’elle aimait le plus au monde.

Combien de fois n’avons-nous pas échangé autour de nos pays respectifs! Je te parlais du Québec, de notre système d’éducation; toi, tu me parlais de la Mauritanie, avec tant de ferveur dans tes yeux et dans ta voix que j’avais le sentiment d’en connaître tous les recoins. Voilà qu’aujourd’hui tu mets sur pied une école à Dao – j’en veux comme preuve cette vidéo très éloquente que tu as mise en ligne dernièrement. Un projet dont tu ne soupçonnes même pas l’envergure – tout ce qui vise directement l’éducation des enfants (petits et grands) est si vaste qu’on n’en connaît pas les frontières.  On ne sait jamais où mènent les heures, les jours, les années que l’on passe sur les bancs de classe. Qui sait si dans cette école on ne formera pas le futur chef du village? un futur médecin? un notable de la place?

Si tu le permets, cher Niane, j’aimerais m’adresser, par le biais de cette lettre, aux enseignantes et aux enseignants à qui les parents de Dao, et de toute la Mauritanie, se préparent à confier leurs enfants. Enseigner est un métier noble: les papas et les mamans nous prêtent ce qu’ils ont de plus précieux au monde, leurs enfants. Ils nous demandent de les aider à grandir, ils nous demandent de les accompagner dans leur cheminement scolaire, mais aussi de s’impliquer dans l’avenir de leur nation. Enseigner est un métier très exigeant si on veut répondre à toutes ces attentes. Abreuver l’enfant qui a soif de connaissances, nourrir sa curiosité intellectuelle, susciter une ouverture sur le monde, voilà quelques-uns des objectifs que ne doit pas perdre de vue l’enseignant. Mais il y a plus : l’enseignant doit être un excellent communicateur. Son rôle premier est d’apprendre à l’élève à apprendre. Il n’a pas à déverser de haut tout son savoir; il préférera guider l’élève dans son apprentissage comme l’ont fait avant lui les parents lorsque l’enfant apprenait à faire ses premiers pas. Il encouragera, applaudira celui qui a du succès; il aidera à se relever et se remettre sur pied l’autre qui rencontre des écueils. L’enseignant doit absolument mettre au cœur de son acte pédagogique le respect de l’enfant qui lui est prêté. C’est un facilitateur, il installe dans sa classe un climat de confiance, car il sait que l’affectif importe autant que le cognitif dans l’apprentissage. Les études le démontrent : apprendre est toujours plus facile quand on est accompagné par quelqu’un qu’on aime et qu’on respecte.

D’autres facteurs entrent en ligne de compte, bien sûr : maîtriser la matière à enseigner, savoir bien gérer sa classe, collaborer étroitement avec ses collègues et la direction de son école, entre autres. Mais placer l’élève ou l’étudiant au centre de son activité pédagogique devrait, à mon humble avis, être primordial. C’est un privilège d’être le témoin de l’épanouissement des enfants tant sur le plan personnel que sur le plan académique. Quel bonheur de sentir dans le regard des petits toute leur fierté d’avoir intégré une matière nouvelle! Ces moments volés à l’éternité, personne ne peut les enlever à l’enseignant.  Bien des années ont passé depuis ma première année d’enseignement et, aujourd’hui à la retraite, je me nourris de ces souvenirs heureux. Comme le font les parents qui se souviennent avec émotion des premières découvertes de leurs enfants.

Enseigner est une chance inouïe, car le contact avec les enfants fait grandir les maîtres à leur tour. Je souhaite aux enseignantes et aux enseignants de la Mauritanie de connaître ces bonheurs-là. Je leur souhaite aussi de sentir de la part des autorités locales et des parents tout le respect qu’ils méritent.

Voilà, cher Niane, ce qui me vient à l’esprit lorsque j’apprends qu’une nouvelle école est en train de pousser sur le sol de Dao en Mauritanie. J’y vois des élèves et des maîtres heureux d’apprendre. Longue et belle vie à ce projet!

En toute amitié,

Pierrette Denault
Sherbrooke, Québec

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