13901301_10207265904108023_4457840585861958535_nJamais dans l’histoire des États-Unis une élection n’a suscité autant de passion, n’a provoqué de si forts engagements et soulevé nombreuses interrogations. Ces élections américaines de novembre 2016, ce ne sont pas que des élections, c’est avant tout un vote dans un pays complètement divisé qui cherche son “chef d’armée”.

La différence entre des élections en temps normal et dans un contexte particulier n’a jamais été une mince affaire. Si tous les sondages et statistiques placent la candidate démocrate en tête, il n’y pas encore à ma connaissance d’études ou sondages qui se sont prononcés sur ce que deviendront les États-Unis au lendemain du 8 novembre. Après avoir suivi les primaires dans les deux camps et écouté les débats à travers la chaine CNN, j’ai compris que les États-Unis courraient un très grand danger en ce moment et la suite de ces élections n’augure pas de lendemains meilleurs.

Pour moi, quelque soit la gagnante ou le gagnant de ces élections, le chaos sera inévitable. Pour la première fois, la démocratie américaine ressemble à celle d’un pays de dictature en Afrique ou d’une monarchie au Proche-Orient. L’Amérique connaît en ce moment un retour en arrière très grave digne de pays sous-développé. “I will accept results if I win”: cette formule prononcée par Donald Trump après le troisième débat qui l’a une nouvelle fois donné perdant comme les deux premiers, est un indice de la situation qui prévaut aux États-Unis et nous oblige à réfléchir sur ce qui arrivera après le 8 novembre.

Après cette date, deux scenarii sont plausibles aux États-Unis:
Une victoire d’Hilary serait donc une occasion de dresser davantage des Américains les uns contre les autres par le candidat républicain
Le combat politique se déroule sur deux plans: d’un côté entre des individus, des groupes ou des classes qui luttent pour conquérir, partager ou influencer le pouvoir, de l’autre entre le pouvoir qui commande et les citoyens qui lui résistent. Logiquement, ces élections américaines de 2016 doivent être remportées par Hilary Clinton parce que pour la majorité des Américains, c’est elle qui a les meilleures idées, son projet politique cadre plus à la réalité américaine actuelle et beaucoup de citoyens inquiets par les discours de Trump voient en Hilary leur seul rempart, la personne capable de leur garantir une vie digne, sécuritaire dans leur propre pays. Mais étant donné que le candidat en face a fait toute sa campagne, a forgé toutes ses idées politiques sur des antagonismes biologiques et psychologiques, il a réussi à réveiller en Amérique des démons.

Ces démons sont ceux qui croient à la supériorité d’un groupe sur d’autres, la supériorité de certains individus sur d’autres. On peut les appeler comme on veut, mais ils sont prêts à passer à l’acte au cas où leur messie donnait l’ordre. Ces démons réveillés sont dans l’insomnie totale, ils ne sont pas prêts de retourner au lit sans occasionner des dégâts profonds. Parce que le candidat républicain a joué lors des primaires républicains sur les fibres “raciales” et psychologiques, ce qui le place d’ailleurs à l’extrême de la droite américaine. Il continue avec les mêmes idées durant la campagne pour la Maison Blanche.

C’est extrêmement dangereux parce qu’en politique, les spécialistes savent bien que deux théories donnent aux facteurs biologiques la première place dans les luttes politiques: celle du “struggle for life” et celle de la “race”. La majorité des gens qui suivent Trump savent aussi très bien qu’il n’a pas un projet politique solide pour le pays mais ils le soutiennent parce que Trump favorise l’Américain Blanc d’origine européenne sur les autres Américains qu’ils considèrent de seconde zone: les Hispaniques, les Afro-Américains, les Asiatiques, les Amérindiens, les Musulmans, etc. Trump les fait croire que l’Amérique est menacée, qu’ils doivent se lever pour défendre le pays que leurs ancêtres pionniers ont créé à la sueur de leur front, ont bâti sur des valeurs de liberté et de justice. Ce discours de Trump est cent pour cent reçu par ses partisans et ils sont prêts à tout pour que ces idées triomphent.

Le candidat républicain a donc réussi à transposer ses idées personnelles en idées collectives. On l’a vu par le passé. Souvenez-vous des années 1930! Par ailleurs, en disant “Iwill accept results if I win”, Trump rappelle exactement un ancien dirigeant africain au début des années 2000 qui s’adressant à ces partisans hyper excités avait dit, “on gagne ou on gagne”. La suite, on la connaît trop bien. Mais la différence est que l’Afrique n’est pas l’Amérique. En Afrique, on peut enlever un potentiel dictateur s’il menace les intérêts de son pays et surtout des puissants de ce monde, alors qu’en Amérique, personne dans le monde ne peut enlever un candidat républicain par la force. Mais on peut assassiner un candidat démocrate s’il a un projet fédérateur qui donne des droits aux minorités notamment les Noirs et que ce projet est vu comme une menace pour les intérêts des Américains “blancs de souche” (JFK est passé par là).

La situation est donc grave. Voilà pourquoi même si Hilary Clinton gagne les élections, piste la plus plausible, on est loin d’être sorti de l’auberge pour reprendre le chanteur Alpha Blondy. Les partisans de Donald Trump descendront dans les rues, créeront des troubles. Et dans cette Amérique où les armes circulent de partout, il est impossible de contrôler les mouvements de haine et de violence extrême.

Une victoire de Trump engendrera des soulèvements spontanés, violents et en masse
De l’autre côté, piste la moins plausible, si Trump remporte ces élections, l’Amérique ne connaîtra pas la paix non plus. Je vois mal tous ces Américains et Américaines inquiets par les discours de Trump, anxieux, embarrassés pour leur avenir, constamment insultés, humiliés par le leader républicain, accepter la défaite de leur candidate Hilary Clinton sans manifester et commettre eux aussi des actes de vandalisme. C’est simplement impossible. Comme le candidat Trump a joué sur les idées biologiques et psychologiques, les Américains souteneurs d’Hillary Clinton réagiront contre sa victoire selon les logiques biologique et psychologique. Donc là non plus on n’est pas sorti de l’auberge.
Mais le principal responsable de cette situation chaotique actuelle aux États-Unis ce n’est pas Trump ni Clinton, c’est bien la constitution américaine qui n’a pas connu de changements profonds depuis sa création en 1787, une époque de racisme esclavagiste, de contexte de sortie de guerre contre Londres, de période de troubles et de repli.

Pour moi l’Amérique n’est pas une démocratie. Je préfère encore de loin une démocratie africaine comme le Bénin ou le Cap Vert malgré les manques de moyens qu’une soi-disant démocratie américaine fondée sur l’injuste et l’inégalité. L’Amérique n’est pas une démocratie parce que dans un grand pays de démocratie, il doit toujours y avoir une ligne rouge infranchissable. On ne peut pas et ne doit pas dire ce qu’on veut. On ne doit pas dresser des citoyens les uns contre les autres. Si l’Amérique était une vraie démocratie, des candidats comme Trump avec les idées qu’il véhicule si dangereuses pour la stabilité américaine et mondiale, à la cohésion et le vivre ensemble aux États-Unis, ne devraient pas se présenter à n’importe quelle élection dans le pays.

Voilà pourquoi je soutiens mordicus quelque soit donc le vainqueur le 8 novembre, la situation nationale aux États-Unis sera chaotique. Et il y a aussi un risque de chaos sur la scène internationale quelque soit le vainqueur ici également.

Le chaos américain s’exportera sur la scène internationale
Si Trump gagne, on file tout droit vers une troisième guerre mondiale. Je demande même si on n’y est pas en ce moment ! Parce que pour moi, il ne reste qu’une étincelle qui servira à activer le feu. Mais les éléments pour faire le feu, à savoir le combustible et le comburant sont en place. Trump serait sans aucun doute cette énergie d’activation qui va déclencher le sinistre, et nous mener vers cette troisième guerre mondiale beaucoup plus vite même si nous ne voulons malheureusement pas.
Une victoire de la candidate démocrate ne signifie pas non plus un monde plus apaisé et réconcilié avec lui-même. Si Obama a réussi ses deux mandats sans répondre aux nombreuses provocations de Poutine, tel ne sera pas le cas d’Hillary Clinton une fois élue à la Maison Blanche.

D’abord parce qu’elle en veut à Poutine qu’elle accuse d’être de complicité avec Trump et ses adversaires politiques en ce qui concerne l’utilisation politique des trente mille courriels rendus publics lorsque Mme Clinton était secrétaire d’État. Ensuite parce que Poutine en ce moment ne cherche que la guerre pour redéfinir les cartes du monde. Poutine est prêt et il est en train de préparer son peuple. Pour moi, il sera très difficile à Hillary Clinton de ne pas répondre aux provocations de l’homme fort du Kremlin. Si elle le fait, elle perdra doublement: sa crédibilité nationale et sa sature internationale. Impensable pour une présidente américaine.

Comme on peut bien le voir, ces élections américaines ne sont pas que des élections simples, les enjeux qu’elles suscitent sont plus forts que toute autre chose. Quelque soit donc le vainqueur le désordre et le chaos seront au rendez-vous non seulement aux États-Unis mais aussi dans le monde entier. Je souhaiterai bien me tromper, et tous les humains se trompent. Donc, si cela devait arriver, pas de problème pour moi, mais telle que je vois la situation aux États-Unis actuellement, telle que je comprends les réalités de notre monde aujourd’hui, il est beaucoup plus probable que ce qui je dise se réalise que je me trompe.

Amadou BA
Enseignant-chercheur en Histoire et en Science politique au Canada
courriel:ax_ba@laurentienne.ca

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