prestige-research-malaria-francine-ntoumi-university-of-tuebingen_aLa Professeure Francine Ntoumi associe beaucoup de choses avec l’Allemagne depuis quelques années. Âgée de 53 ans, cette scientifique congolaise de premier plan travaille depuis l’an 2000 en étroite collaboration avec l’Institut de médecine tropicale de l’Université de Tübingen. La biologiste moléculaire de renom s’est vue décerner le Prix Georg Forster de la recherche 2015, attribué par la Fondation Alexander von Humboldt?. Elle souhaite dorénavant approfondir la coopération avec l’université allemande. Pour ses travaux scientifiques sur la lutte contre le paludisme et l’amélioration des conditions de la recherche en Afrique, elle a reçu en 2012 l’African Union Award. Elle a créé, avec l’aide de l’Université de Tübingen en Allemagne, le premier laboratoire de biologie moléculaire de la République du Congo. Elle raconte pourquoi les partenaires se complètent si bien. Entretien.

Madame Ntoumi, comment la recherche sur le paludisme est-elle devenue pour vous une priorité scientifique??

J’ai commencé par étudier en France où ?j’ai passé mon examen de médecine et mon doctorat d’État. Lorsque je suis rentrée en Afrique, je voulais me spécialiser dans un domaine de recherche important pour mes compatriotes. Le paludisme fait chaque année des milliers de victimes en Afrique. Je désire non seulement lutter contre cette maladie, mais aussi élever le niveau de notre formation scientifique pour combler le retard que nous avons pris.

Quelles sont les différences majeures entre la République du Congo et l’Allemagne, en matière de recherche??

Au Congo, nous en sommes probablement au stade où l’Allemagne était il y a environ 25 ans. Les difficultés commencent avec l’Internet qui ne fonctionne pas bien. Les étudiants congolais ont donc du mal à suivre l’actualité de la recherche. Ce que j’aimerais, c’est que mes étudiants puissent travailler au même niveau scientifique que leurs collègues allemands. C’est pourquoi je tiens beaucoup à travailler au Congo, tout en ayant un pied en Allemagne. Cela me permet de jouer le rôle de passerelle.

Quel est, au juste, votre travail à l’Institut de médecine tropicale de Tübingen??

Le niveau est très élevé et j’y fais ce que je ne puis pas réaliser au Congo. Les deux parties tirent profit de cette étroite coopération car l’Institut n´a évidemment pas directement accès aux maladies tropicales et aux échantillons requis. C’est un véritable échange au plan scientifique et nous nous complétons admirablement.

En quoi consiste cette coopération, en termes concrets??

J’ai créé à l’Université de Brazzaville, la capitale du Congo, le premier laboratoire de biologie moléculaire du pays. Si ce projet a marché, c’est uniquement grâce au soutien de mes collègues de Tübingen. Ils m’ont conseillée et étaient toujours disponibles. Aujourd’hui, nous prouvons qu’il y a aussi moyen de faire de la recherche pointue chez nous.

Que peuvent apprendre les partenaires l’un de l’autre??

En République du Congo, la culture de la recherche n’existe pas encore. En Allemagne, cela va de soi que les étudiants donnent aussi leur avis et qu’il en résulte des discussions. Au Congo, on n’a pas encore saisi l’importance des échanges d’idées. Or, en recherche, ce qui compte, ce sont les nouvelles idées, et les débats sont nécessaires. S’ajoute à cela que nos scientifiques travaillent dans l’isolement. Ils n’ont pas l’habitude d’échanger leurs vues avec leurs collègues ni de former des équipes. Je transmets à mon pays les expériences que j’ai recueillies en Europe.

Interview ?réalisée par Gemma Pörzgen

 

 

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