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L’édition 2016 du baromètre Edelman (a) indique que plus de la moitié de la population mondiale n’a pas confiance dans ses institutions. Pourquoi une telle défiance et comment faire en sorte que les pouvoirs publics répondent mieux aux besoins de leurs administrés ? C’était la question au cœur d’un débat organisé dans le cadre des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI et animé par Clare Short, présidente de Cities Alliance et ancienne secrétaire d’État au Développement international du Royaume-Uni.
 
« La question de la gouvernance est éminemment complexe. Nous devons véritablement la disséquer pour mieux appréhender toutes ses intrications », a souligné Kyle Peters, directeur général et directeur des opérations par intérim de la Banque mondiale, en préambule de la discussion. 
 
Alors que la Banque mondiale consacrera la prochaine édition de son Rapport sur le développement dans le mondeaux questions de gouvernance et de droit, elle se penchera notamment sur le fossé entre le discours des autorités sur les services publics et la réalité, a rappelé Kyle Peters. Ce fossé sape la bonne gouvernance, a-t-il ajouté. « Aussi devons-nous en faire plus pour mieux comprendre les causes qui sont à l’origine de ce fossé et identifier ce qui permettrait d’y remédier efficacement », a-t-il conclu. 

« La méfiance est une réaction logique de la population face à une mondialisation de l’économie qui profite à quelques-uns et laisse sur la touche le plus grand nombre », a expliqué Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International. Si les riches confisquent le pouvoir politique, il est normal que les masses se méfient des gouvernants, a-t-elle ajouté en citant un rapport récent d’Oxfam intitulé Broken at the Top (a).
 
« Les pauvres sont aussi intelligents que les riches », a poursuivi Winnie Byanyima, « ils voient très bien que le système politique est truqué à leurs dépens ». Et d’exhorter la Banque mondiale à continuer de soutenir les mécanismes de participation citoyenne et de responsabilisation des pouvoirs publics et à insister davantage sur les réformes fiscales.
 
Le fait de financer les services locaux par des impôts locaux est un moyen de restaurer la confiance entre les citoyens et l’État, a avancé Adnan Khan, directeur de recherche de l’International Growth Centre de la London School of Economics. « Les gens n’ont pas confiance dans l’État parce qu’il fait trop de promesses et que les résultats ne sont pas là », a-t-il souligné. Mais on peut instaurer un cercle vertueux : quand les gens constatent que leurs rues sont bien éclairées et les nids-de-poule réparés, ils sont plus enclins à payer les impôts qui garantiront la poursuite de ces services.
 
Henry Rotich, secrétaire de cabinet au ministère kenyan des Finances, a évoqué les initiatives engagées par son pays pour accroître la participation des citoyens aux affaires publiques et améliorer, par là même, la gouvernance. Depuis 2010, chaque nouvelle loi ou politique doit faire l’objet d’une consultation publique. L’État a mis en place des modes de paiement numérique pour de nombreux services ; et, en ce qui concerne l’eau plus particulièrement, les usagers ont à leur disposition des instruments qui leur permettent de signaler facilement en ligne les problèmes qu’ils constatent (coupures et autres). Ces dispositifs ont considérablement accru la réactivité de la compagnie des eaux, a indiqué Henry Rotich en soulignant leur potentiel : « Nous pensons que ces efforts pourraient être reproduits dans d’autres pays. »
 
« Si vous donnez aux citoyens la possibilité de contribuer à l’élaboration des lois qui les gouvernent, vous augmentez les chances qu’ils y adhèrent et les considèrent légitimes », a expliqué Edmund Malesky professeur de sciences politiques à Duke University. Et de citer en exemple ses travaux de recherche au Viet Nam, dont il ressort que les entreprises vietnamiennes, lorsqu’elles étaient associées à un processus de consultation sur l’élaboration des réglementations commerciales, étaient plus susceptibles de s’y rallier.
 
Autre facteur majeur de méfiance, a insisté la directrice générale d’Oxfam International : l’impunité entourant la corruption : souvent, « la corruption a pignon sur rue, les gens la voient clairement ». Cette « petite corruption », a précisé Edmund Malesky, peut être réduite à l’aide d’un certain nombre de dispositifs de transparence qui ont fait leurs preuves : publication des budgets locaux, lois sur la liberté d’information, etc. En revanche, il est beaucoup plus difficile selon lui de lutter contre la grande corruption, comme les pratiques de pots-de-vin dans les projets de grande ampleur. Même si, a-t-il ajouté, la Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption de 1997 a permis des progrès dans ce domaine, en ce qu’elle oblige les pays signataires à poursuivre les entreprises qui se rendent coupables d’actes de corruption à l’étranger.
 
Les intervenants n’ont eu de cesse de souligner l’importance, pour les relations entre les citoyens et l’État, d’un engagement sérieux de part et d’autre. « Quand les gens s’organisent sérieusement pour interpeller les pouvoirs publics, les résultats sont là », a affirmé Winnie Byanyima.

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